#2016_2

Pour comprendre le mensonge, il sera peut-être nécessaire, comme un voyage dantesque, voir avant tout le mensonge qui est dehors, pour joindre, avec le temps, après tant d’études, le vrai mensonge, celui que nous portons en nous. « Se donner une attitude ». Un pays qui plus que tout, se donne une attitude, couvrant mensonge sur mensonge, qui conserve cachée sa profonde violence.
Pippo Delbono
Extrait du dossier de presse La Menzogna

Ces quelques phrases, extraites du dossier de presse du spectacle La Menzogna de Pippo Delbono, questionne la violence des rapports humains, de la place des pouvoirs politiques et médiatiques à travers une affaire qui a ébranlé toute l’Italie, à savoir l’incendie de l’usine du groupe ThyssenKrupp, à Turin, qui a causé 7 décès d’ouvriers.
Le théâtre de Pippo Delbono est l’illustration du monde dans lequel nous vivons, même si certains éléments peuvent parfois échapper à la compréhension. Mais comprenons-nous tous le monde ?

Questionner le monde, s’emparer d’un écrit, donner du sens à un fait d’actualité afin d’en faire un spectacle semble être la lourde tâche des artistes. Et il n’est plus rare de croiser dans des titres de spectacles, des noms ou des marques connus : Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, de Michel Vinaver, mise en scène de Christian Schiaretti, par exemple, ou encore Mon Cœur, un projet de Pauline Bureau autour de l’affaire Mediator, pour les derniers en date.
C’est avec l’aide d’un miroir grossissant que l’artiste apporte une nouvelle façon de regarder, de scruter un versant de ce qui aurait échapper à la compréhension. Il semble alors que le spectacle vivant puisse être le seul vecteur à apporter un éclairage sur des faits sociétaux, politiques et économiques. Bien des spectacles et bien des festivals sont les témoignages d’un engagement artistique, culturel et politique, d’un côté de la part des créateurs et des programmateurs de l’autre.

Mais qu’advient-il si l’un et l’autre en sont empêchés ? Que devient la création artistique et quelle place à l’exigence ?

La question qui peut se poser est de savoir si le metteur en scène, chorégraphe, performeur…, l’artiste !, peut aller au bout de son engagement et de son exigence à créer, et quelles sont les limites pour la direction d’une structure à prendre des risques au nom du public qu’elle accueille, au nom du cahier des charges qu’elle doit tenir ou encore au nom des subventions attendues de la part des collectivités. C’est alors que surgit, dans le débat de la création et de la programmation, le politique (à découvrir le dossier Culture : quand élus et professions culturelles se marchent sur les pieds dans la Gazette des communes).
Tout ceci laisse augurer une place de choix à la violence car toutes les décisions en seront accompagnées. Elle sera d’ordre moral, mental, verbal, ordinaire en somme, pour permettre une éviction, un choix de politique culturelle au détriment d’un autre, le tout fait à la face des compagnies.

Et quid de la place de l’artiste dans tout cela ?

L’artiste se trouve pris en étau dans ces questions qui peuvent pervertir sa création. Il lui sera reproché de ne pas être dans un réseau, d’être parfois un peu trop consensuel ou alors d’avoir un peu trop d’audace, de s’entendre dire que son spectacle n’est pas pour le public du programmateur, que son choix est trop engagé pour le dit public…
Cependant, les artistes interrogent notre lien à la société, à l’autre. Chacun a sa raison de faire du spectacle vivant, pour faire entendre sa parole. Ils sont la caution de ce que nous sommes faits, ce que nous pouvons espérer et ce pourquoi nous devons vivre. Ils nous donnent des clés, soit poétique, cynique ou bien triviale, du quotidien que nous vivons, celui sans fard et sans mensonge.

Les artistes nous permettent de tirer un enseignement pour penser et éprouver le monde autrement que par le flux d’informations sans fin auquel nous sommes soumis. Et la fiction peut devancer la réalité, parfois. Le cas du film Made in France en est certainement une preuve concrète : “Made in France” ne sortira pas au cinéma : “Je n’en veux pas aux salles”, dit Nicolas Boukhrief – article paru sur Télérama.fr – 07/01/2016.

Laurent Bourbousson

Share

2 réflexions au sujet de « #2016_2 »

    • il s’agit d’une interrogation de la place de l’artiste dans la société (ce qu’il peut amener pour nourrir la réflexion du public) et de sa relation avec le programmateur et le politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *