Alexandre Delimoges : « Le monde de la télé réalité donne l’impression que tout est facile »

Alexandre Delimoges est le directeur de l’École du One Man Show à Paris. J’ai profité de son passage à Avignon durant le Off pour lui poser cette question qui me revient toujours en tête en juillet avec les affiches d’humoristes au gré des rues : comment devient-on un bon humoriste ? Rencontre avec un homme ultra réaliste.

Alexandre Delimoges ©droits réservés

« L’École du One Man Show est né en 1993. On doit sa création à William Pasquier, mon acolyte de jeu à l’époque. Sylvie Joly était l’une des metteures en scène pour humoristes. Elle nous a d’ailleurs mis en scène en même temps que 4 solos dont celui de Pierre Palmade » annonce Alexandre Delimoges en préambule à la discussion. Puis d’ajouter, « à cette époque, il y avait le constat d’une grosse difficulté à professionnaliser les humoristes. Sylvie Joly et la directrice du Point Virgule (Marie-Caroline Burnat, ndlr) nous ont dit : c’est vrai, il y en marre de voir 50 jeunes humoristes débarqués pour n’en prendre qu’un. Sylvie et William ont alors créé, avec l’aide de Marie-Caroline, cette école et l’aventure a débuté en 1994, au Point Virgule. »
C’est au Théâtre Le Bout, dans le IXème arrondissement à Paris, que l’on retrouve cette école depuis 1999, avec toujours cette idée de professionnaliser l’humoriste et le monde de l’humour en général, car jusque là, « on était soit un comédien classique avec un penchant pour l’humour, soit on voulait être directement humoriste et on manquait de formation spécifique », souligne Alexandre.

Théâtre Le Bout à Paris dans le IXème arrondissement


L’enseignement, dispensé à l’Ecole du One, est basé sur « des techniques traditionnelles du comédien à savoir, un travail sur le jeu, la sincérité, la conviction, ainsi que des méthodes et techniques classiques de travail sur la voix, la posture…, le tout associé à des spécificités liées à l’humour : la rythmique, le sens de l’écoute, que l’on soit dans le stand up ou non, et enfin les techniques d’écriture qui sont tout ce qui fait la dramaturgie d’un sketch, clarté, rythme et humour. La combinaison est de travailler de façon classique en y ajoutant la spécificité du one man show », résume le directeur.
Lui enseigne le côté théorique du métier avec l’insertion professionnelle, les contrats, les festivals, comment commencer, avoir un producteur ou pas… « Pour les autres professeurs, tous sont des comédiens classiques au départ. Soit ils pratiquent, soit ils sont auteurs pour la télévision, comme Damien Lecamp qui est talentueux. »

Élèves du Big Show ©droits réservés


Le mois de juin sonne l’heure des représentations pour les élèves qui finissent leur cursus. « Tous nos élèves sortent de l’École avec un CV filmé. La finalité du cursus est qu’au bout de 2 ans, en étant en cours intensif, à 14h par semaine, ils doivent avoir leur one. Pour ce qui est des cours du soir et des formules professionnelles, cela se fait en 3 ans. La moitié de nos élèves, qui suivent ces modules loisirs, basculent au bout d’un an dans le cursus intensif. Pour beaucoup, faire de la scène était leur première idée il y a 20 ans, et à 40 ans, se décident à prendre le virage et se lancent. »
Mais Alexandre Delimoges dresse un constat assez réaliste sur et avec celles et ceux qui poussent la porte de l’école. « L’entrée à l’école se fait sur auditions avec 25% de rejet. Nous procédons à un bilan d’évaluation à chaque fin trimestre pour savoir si les techniques sont assimilées, si un travail a été fourni. C’est ainsi que des personnes quittent l’année en cours de route car les résultats ne sont pas concluants. Certains s’arrêtent d’eux-mêmes. Nous sommes assez lucides avec eux. Une chose est certaine, si on ne se donne pas à 100%, cela est très peu concluant. Même si on se donne à 100%, cela ne peut l’être… »

Élèves du Big Show ©droits réservés


Les élèves de cette École s’essaient à la scène dès leur deuxième année de cursus. Ils intègrent ainsi la troupe du Big Show. Les spectacles sont de véritables baptêmes de feu sous les projecteurs à raison de 2 fois par semaine, toute l’année.
« À chaque soirée, le public couronne le meilleur. Chaque gagnant remet son titre en jeu chaque semaine. Cela leur permet de faire face à l’insuccès, ce qui apprend beaucoup. On les confronte réellement à la réalité. Je préfère qu’ils fassent cela au lieu d’aller sur des scènes ouvertes d’un niveau si bas qu’ils vont avoir la sensation d’être des stars et d’attendre que le producteur arrive tout en étant une star d’une mauvaise scène ouverte. »

3 questions à Alexandre Delimoges

Est-ce que ces scènes ouvertes, dont vous faites état, ne mettent pas à mal l’univers du one man show ?
Ce ne sont pas tellement les scènes ouvertes qui mettent à mal l’univers du one. Ce serait plutôt le monde de la télé réalité qui donne l’impression que tout est facile. On a tellement un manque d’espoir dans cette société que certains se disent pourquoi pas faire humoriste, c’est facile !
Et il y a aussi le facteur famille. Il y a 20 ans, on était contre sa famille et on faisait du one man show. Alors que maintenant, c’est la famille qui amène le gosse et qui nous dit il est génial.
Pour revenir aux scènes ouvertes, je trouve cela très bien. Il faut les utiliser pour tester, roder, etc, mais certainement pas pour se faire connaître. On ne va pas espérer créer la surprise auprès des producteurs quand on teste un truc. La plupart des scènes ouvertes font preuve d’amateurisme. Dans un de mes cours, je donne le nom de celles à faire en début de carrière, au milieu et lorsque l’on est connu, quitte à les faire sous un faux nom au début. Anne Roumanoff est encore aujourd’hui sur des scènes ouvertes d’une dizaine de places, toutes les semaines. Elle teste. Il y a des gens qui s’en servent intelligemment. Mais des personnes que l’on retrouve 10 ans plus tard avec le même sketch car elles ont été connus sur une scène ouverte, non, ce n’est pas possible ! On teste 3 fois un sketch pour savoir si ça marche puis on passe à autre chose, et on va très vite au Point Virgule pour montrer son boulot.

Comment devient-on un bon humoriste ?
Ce serait la règle des 3 T : Travail-Ténacité-Talent.
Si on parle du bon humoriste, c’est-à-dire celui qui écrit et qui joue, c’est qu’il ait une bonne technique et qu’il écrive bien. Nous ne lui donnerons pas, à l’École, le talent car il se révèle par le travail. Un bon humoriste est bon dans la technique car il sait utiliser son corps, c’est quelqu’un qui joue bien car il sait être dans une situation qui est invisible, et enfin quelqu’un qui écrit bien sur des sujets intéressants. Voilà pour le travail.
Ensuite, il faut savoir que rien ne se passe avant 2, 3 ou 5 ans pour les humoristes. il faut une certaine ténacité pour faire ce métier. Anne Cangelosi, l’une de nos professeurs, a fait preuve d’une certaine ténacité à ses débuts et aujourd’hui, elle connaît une réel succès avec son personnage de Mémé Casse-bonbons.
Enfin, j’ajouterai le talent mais au départ on n’en sait rien ! L’excellent humoriste est celui qui a du talent dès le départ mais qui a compris les deux autres. Baptiste Lecaplain est un exemple, Bérengère Krief, une de nos élèves, est une bosseuse tenace, talentueuse et travailleuse. Puis, il y en a certains, moins doués au départ, qui travaillent énormément et qui explosent par leur talent et qui dureront.

Est-ce un monde de requins ?
Il y a des familles d’humoristes et certaines s’entraident. Il y a des acteurs qui sont encore là et qui donnent de leur temps pour aider. Il y a des gens prêts à tout pour poursuivre et certains souhaitent écraser pour arriver. Mais notre philosophie est celle de donner des conseils et être persévérant par le travail pour y arriver.

Laurent Bourbousson

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Retrouvez Le Big Show, à partir du 15 septembre, les vendredi à 21h et les samedis à 19h,
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Le site de l’École du One Man Show

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