Aude Barralon, directrice à temps complet

Rencontre avec Aude Barralon, directrice du Théâtre Golovine (Avignon), à l’occasion de sa deuxième saison. Fait assez rare pour ne pas le souligner, il s’agit d’une femme à la tête d’un lieu qui fait sa place sereinement, tranquillement mais certainement.

Aude Barralon, directrice du théâtre Golovine

Aude Barralon, directrice du théâtre Golovine

Aude Barralon ouvre la porte du Théâtre Golovine avec le sourire qui la caractérise et m’accueille dans ce lieu empreint d’une histoire familiale.
Créé il y a 41 ans par Catherine et Georges Golovine, le public connaîtra par la suite Yourik, le fils, qui dirigera le lieu de 2005 à 2014. Il ouvre alors le théâtre aux danses du monde, avec le festival du même nom, dans un premier temps, et ensuite au hip-hop. Aujourd’hui, le théâtre est reconnu comme un lieu de diffusion de la culture hip-hop. Peut-être doit-il cela à son plateau qui se prête convenablement à cette pratique, comme pour rappeler que cette danse, née dans l’espace urbain, peut se satisfaire du plus petit lieu qu’il soit pour son expression (celles et ceux qui connaissent le Golovine peuvent attester que le plateau n’est pas très grand !).

Il y a un an, donc, Yourik Golovine décide de se consacrer pleinement à la création artistique et fait la proposition du poste de directeur à son administratrice, qui oeuvre à ses côtés depuis 3 ans. « J’ai été très heureuse de sa proposition. Cela a été pour moi une énorme marque de confiance« . Ce qui est un événement heureux est quelque peu nuancé lorsqu’elle ajoute, mi-amusée, mi-agacée qu’elle est réellement « seule à la direction, car souvent on me dit « tu passeras le bonjour à Yourik », « certainement que Yourik veille »… mais que les choses soient claires, je ne vois pas Yourik et Yourik ne donne pas son avis et ne vient plus au Théâtre« . On notera au passage que cette nomination s’est accompagnée de l’éviction du théâtre du regroupement des scènes d’Avignon…
La programmation s’appuie sur l’existant. C’est peut-être pour cela que certains peuvent lui reprocher que Yourik est toujours présent. Il n’a jamais été question d’opérer une fracture ou d’effacer l’histoire du théâtre pour Aude, mais au contraire, poursuivre le travail accompli et proposer de nouveaux axes.

Mercredi des Bambini et Mardiff

Pour l’aspect poursuite du travail accompli, on notera les Mardiffs (le premier est programmé le 13 octobre avec Catherine Pruvost), seul atelier chorégraphique de France avec une ouverture au public en situation de handicap. « Il y a une attente pour le public pratiquant, lorsque ces ateliers cessent durant les vacances. Ces Mardiffs sont l’ouverture à la différence avec le but de se mettre sur le terrain de l’égalité. On voit de belles choses instantanées et on assiste à de véritables échanges entre le chorégraphe et le public participant. Ce qui peut être frustrant, pour le chorégraphe, est que lui ne voit pas l’évolution des participants puisqu’il ne vient qu’une seule fois, mais je peux dire que les participants évoluent avec l’appropriation de leur corps« . Ces mardiffs sont uniques.
Les Mercredi des bambini continuent, eux aussi. Cela fait 7 ans que cette formule existe et cela continuera d’exister. « C’est une programmation qui fonctionne. On s’adresse directement aux enfants de 3 à 6 ans. Les propositions sont pluridisciplinaires, cela permet de les éveiller au spectacle. Il y a une contrainte pour la programmation, faire que les propositions plaisent aussi aux parents !« .

Compagnie associée et danse contemporaine

  • Empreintes. Miguel Nosibor ©Yann Marquis

Mais il ne se passe pas uniquement cela, au Golovine. La manifestation Drôle(s) d’Hip-Hop, mené par un collectif à géométrie variable année après année, sera présente à deux reprises sur le plateau avec la Compagnie Havin’Fun (le 22 octobre) et la dernière création de Miguel Nosibor (le 10 novembre). « La Compagnie Havin’fun (Julien Gros) est compagnie associée au théâtre. Cela est un nouvel axe, avec les enjeux d’accompagnement que cela comporte. Mon choix s’est porté sur cette compagnie car le projet m’a intéressé. On suit tout, du processus de création jusqu’à la co-production et une programmation pour le festival Off d’Avignon. Pour l’année prochaine, on lancera un appel à projet pour renouveler l’expérience. »

L’autre axe qu’Aude entend développer est celui d’ouvrir le plateau à la danse contemporaine. A ce propos, on retrouvera Ioulia Plotnikova avec sa création The Word’s Room sur le premier semestre 2016 et un projet commun sera mené avec Emmanuel Sérafini du CDC Les Hivernales, mais chut pour le moment.

Se pose alors la question des contraintes budgétaires pour un lieu. Aude est réaliste quand elle parle de l’équilibre à trouver. « Le théâtre Golovine est une structure aidée, mais peu aidée. On a l’habitude de faire avec peu de moyens. C’est un peu fatigant sur la durée mais on a eu la chance de ne pas subir de baisses. La véritable frustration est de ne pouvoir aider qu’une seule compagnie par an, même si le plateau reste ouvert aux compagnies qui désirent venir en résidence, sous forme d’accueil« . Cet équilibre vient aussi d’une équipe restreinte à l’année : 3 personnes, dont elle, à l’administration et un technicien : « J’ai la chance de travailler avec une équipe en laquelle j’ai totalement confiance. Je m’appuie sur eux. Le travaille sur la programmation se fait en concertation, même si je tranche car il faut bien prendre des décisions, mais la proposition est collective, les choix sont discutés« .

Peut-être lui aurait-il fallut changer de nom de structure pour marquer une coupure avec ses prédécesseurs ? Mais la mue est passée par une nouvelle identité visuelle, la mise en place du volet co-production et une ouverture prochaine à la danse contemporaine.

Lors de la soirée hommage à Georges Golovine, le 29 avril dernier à l’occasion de la Journée mondiale de la danse, Yourik Golovine a évoqué le fait de passer les clés du théâtre à une personne qui n’était pas de la famille mais en laquelle il avait confiance. Le passage de témoin a été acté et entendu par l’auditoire présent au cas où on pouvait en douter, mais Aude Barralon est vraiment seule à la tête de son théâtre.

couverture 2015 web sans texte

Laurent Bourbousson

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