Aux portes de l’oubli – 1

C’est une éblouissante écriture chorégraphique qui caractérise le travail de Sébastien Ly – Compagnie Kerman. Son projet en cours Aux portes de l’oubli verra le jour en octobre 2017 dans le cadre du festival Question de danse, à Klap – Maison pour la danse (Marseille). Une sortie de résidence avait lieu pour l’ouverture de ce festival en octobre dernier.

Aux portes de l’oubli ©Sem Brundu

4 octobre 2016. Thomas Demay, Léa Lansade, Sébastien Ly, Lisa Robert et Cécile Robin Prévallée présentaient une sortie de résidence, premier temps de travail, autour du projet Aux portes de l’oubli.
Lundi 12 décembre, il est temps pour moi de poser des mots sur ce que j’ai vécu pour, d’une certaine façon, vivre les souvenirs dans ma mémoire. Oui, c’est cela, je me sers des mots faire faire vivre mes souvenirs, encore et toujours.

La réflexion et l’écriture chorégraphique de Sébastien Ly se construisent sur ce postulat : inscrire notre rapport singulier au passé dans l’instant présent, et faire de ce moment, un moment pluriel unique, puisque nous le partageons tous ici et maintenant.
Il immerge ainsi le public dans son propre rapport au passé avant son entrée dans la salle. Chacun devait inscrire sur un papier un mot en souvenir d’un grand-parent, personnes défuntes pour certains, vivantes pour d’autres. C’est avec une certaine nostalgie que l’entrée dans la salle se fait et chacun de parler de son rapport affectif à l’être convoqué, alors que rien ne prédestinait à s’en remémorer les traits aujourd’hui.

Lorsque je me « replonge » dans mes notes prises lors de la représentation, des gestes se dessinent, des mouvements s’inscrivent et perdurent dans mon esprit. Une certaine fragilité de l’être émane de tout cela.
Il y a ce mouvement spécifique qui est récurrent et qui devient hypnotique : la tête qui plonge vers le sol, dans un tourbillon. Ce mouvement est accompagné d’une voix, que je ne défini plus aujourd’hui (est-elle féminine, masculine ?). Il y a également ces lignes brisées, ces corps qui s’effleurent peuplant l’imaginaire de la représentation dans mon souvenir.
Sébastien Ly possède cette force, celle de trouver les mots qui provoquent le geste afin de le faire vivre jusqu’au bout, et même lorsqu’il n’est plus.

Aux portes de l’oubli ©Sem Brundu


Il y a aussi une certaine volonté d’écrire la danse. Le travail, fait sur les mots, procure au danseur un état lui signifiant le geste à accomplir. Sébastien place la danse dans l’instant et en fait une description minutieuse pour l’inscrire ici et maintenant. On souhaite alors l’enregistrer pour ne pas oublier le moindre geste, la moindre parole. Tout devient délicat et l’éphémère, qui caractérise la danse, rend le tout précieux.
Le mouvement est ainsi développé en temps réel. Il est la matérialisation d’un mot, d’un sentiment, d’une émotion, et bouleverse alors la perception que l’on peut avoir de la danse.
Le chorégraphe prend son temps pour développer son rapport à cet art et nous invite à pénétrer dans son périmètre de création.
En convoquant le souvenir de tout un chacun pour en faire une surface dansée, il sème en chaque personne du public une graine qui grandit bien après ce moment partagé.

Thomas Demay, Léa Lansade, Lisa Robert, Cécile Robin Prévallée et Sébastien Ly vont poursuivre leur création et j’ai alors proposé à Sébastien d’en suivre le processus.
Le postulat est simple, du souvenir et des images qu’il me reste de ce 4 octobre, il devra me créer de nouvelles images et alimenter un nouveau souvenir qui, peut-être, viendront atténuer le précédent ou l’enrichir. Un exercice pour ne pas clore Les portes de l’oubli et vivre une pièce chorégraphique comme en un songe dialogué avant sa création en octobre 2018.

Ni lui, ni moi, ne savons comment cela évoluera. L’éphémère, le fragile, le mouvement, les mots vont essayer de se répondre et d’entrer dans une résonance délicate, comme à l’image de ce que l’écriture chorégraphique de Sébastien Ly a ouvert.

Aux portes de l’oubli a été vu le mardi 4 octobre 2016 à Klap-Maison pour la danse (Marseille) dans le cadre de Question de danse.
Laurent Bourbousson

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