Les Silences Obligés (LSO) #4

Année chargée pour la Cie 2 temps 3 mouvements, du chorégraphe Nabil Hemaïzia, avec les créations de Les Silences Obligés (LSO) en octobre 2015 au Théâtre de Nîmes, et Du chaos naissent les étoiles pour Montpellier-Danse 2016. On reprend le suivi de création là où tout s’était arrêté l’année dernière (pour mémo : LSO #1, LSO #2 et LSO #3). Lire la suite

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Les Silences Obligés #3

Cela fait un petit moment que les nouvelles du côté du Suivi de Création, pour Les Silences Obligés,se font rares. Et pour cause, Nacim Battou, interprète de ce duo, blessé au genou, a du interrompre les répétitions. La première qui devait avoir lieu au Théâtre de Nîmes, le 22 octobre, fut annulée. Il existera bien une date à Florac, au théâtre de la Genette verte, le 21 novembre 2014, avec Santiago Codon Gras.

Cependant, ce n’est pas pour autant que les échanges avec Nabil Hemaïzia cessèrent. Bien au contraire, ils furent nombreux et je partageais alors de près les réflexions et questions de tous créateurs face au doute. Retour sur ces moments.

Nabil Hemaïzia devant la table de travail sur laquelle les prises de notes ont trouvés place.

Nabil Hemaïzia devant la table de travail sur laquelle les prises de notes ont trouvés place.

Je les avais quitté la semaine précédant leur départ pour Florac, mi-septembre. La suite de la création, qui se passerait au théâtre de la Genette verte, permettrait de finaliser l’écriture chorégraphique, de travailler sur les intentions ainsi que le jeu des danseurs. Je venais de voir quelques 20 minutes de la création. Les pistes étaient bien là et les liaisons de l’histoire à affiner.

Nacim Battou à l'issue de cette répétition

Nacim Battou à l’issue de cette répétition

De retour de Florac, et avant que Nabil Hemaïzia ne parte en tournée au Liban pour Et des poussières… avec le Collectif 2 temps 3 mouvements, nous avons eu l’occasion d’échanger autour de cette semaine passée sur les terres lozériennes. La semaine de résidence avait été fécond : les questionnements se gommaient peu à peu, ce qui permettait une approche plus incisive du sujet ; Nacim Battou travaillait en profondeur son rôle, Nabil se concentrait sur la justesse des interprétations et pouvait alors envisager la scénographie et le travail sur les lumières avec sérénité. Tout ceci allait se construire sur ces envies, ces projections.
De retour du Liban, début octobre, et après la reprise des répétitions, Nacim Battou blessé au genou a du mal à enchaîner les mouvements. Le diagnostic tombe : Nacim ne peut continuer.
Nabil Hemaïzia se retourne vers Santiago Codon Gras, présent dans la création Prêt-à-Penser. Il lui propose la reprise du rôle, mais les questionnements commencent à poindre : comment reprendre un rôle qui était entrain de se construire ?, comment Santiago trouvera sa place dans une création en devenir ? ; le délai est-il alors suffisant pour qu’un nouvel interprète s’empare de ces silences obligés qui constellent la pièce pour en faire son interprétation et sans remettre alors le travail jusqu’ici effectué en question ?
Nabil Hemaïzia se retrouve seul face à ces questions.
Les premières sessions de répétition avec Santiago sont repoussées suite aux inondations que connaît la région du Languedoc-Roussillon. Les jours se suivent et d’autres nouvelles viennent parasiter la tenue du projet.
La décision de ne pas maintenir la première date par faute de temps de travail est prise. Je me sens alors soulagé car les événements concomitants ne permettaient la belle création que seront Les Silences Obligés.

Nous continuerons à suivre la création autour de ce projet qui verra alors le jour sur la saison 2015-2016.

Laurent Bourbousson

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Les Silences Obligés #2

Deuxième semaine de résidence pour Nabil Hemaïzia et Nacim Battou pour Les Silences Obligés, et deuxième volet du Suivi de Création. Pour celles et ceux qui prennent le chemin en cours de route, le premier volet est ici. C’est à Alès, au théâtre Le Cratère, que je les retrouve, une semaine après les avoir laissés à Nîmes.

Losque j’arrive, Nabil et Nacim sont en pause. Mon regard fait le tour de la salle de répétition. Elle est différente de celle du collège Condorcet. On se retrouve dans un studio de danse. Est-il important de le souligner ? Oui, car selon l’espace et l’environnement, le travail fourni est différent. Le collège Condorcet marquait le début de la création. Une semaine à essayer, à tenter un approche du propos par le geste. Au Cratère, cette deuxième semaine marque une urgence, un pallier à passer dans le processus de création. Cette semaine là est une étape décisive. Cela se ressent dans le studio. Plus proche d’une scène, Nabil et Nacim sont ces artistes qui créent, font et défont à volonté un geste, une intention, et effectuent cette recherche dans le studio-laboratoire qui est le leur.

Chacun est donc dans son coin. Nabil joue du piano et m’apprend qu’il a appris tout seul à en jouer et qu’il écrivait des partitions quand il était enfant. Nacim se repose sur son baluchon de fortune. Puis, vient l’heure de la reprise. La sixième Arts du spectacle du Collège Jean Moulin (Alès) va bientôt arriver. Il faut s’échauffer et cet échauffement devient une battle. Nabil et Nacim se jaugent dans cette bataille pour rire, et chacun apprend l’un de l’autre. Je vois se dessiner alors deux styles de hip hop.

Battle entre Nacim et Nabil. Ici, Nacim en pleine action.

Battle entre Nacim et Nabil. Ici, Nacim en pleine action.

La classe du collège arrive, présentations rapides des artistes et les questions fusent. De par leurs interrogations, les collégiens montrent l’intérêt qu’ils portent aux danseurs et au travail qu’ils vont découvrir. L’échange dure près de trente minutes. Puis vient la danse.

Nabil Hemaïzia et Nacim Battou en fin de représentation devant les collégiens

Nabil Hemaïzia et Nacim Battou en fin de représentation devant les collégiens

Une semaine me sépare de la répétition des gestes et des idées dansés. Le travail accompli durant cette semaine a permis à Nabil d’amplifier son propos, de le développer, de laisser tomber certaines idées, d’émettre d’autres interrogations. L’écriture dramaturgique prend forme, les différents tableaux ont pris de la consistance et forment les chapitres d’une histoire.

Nabil Hemaïzia - Nacim Battou

Nabil Hemaïzia – Nacim Battou

Nacim écoute les remarques de Nabil, fait et refait certains gestes en les interprétant et non en les exécutant. La différence est de taille pour la qualité du spectacle. Nabil entre et sort de l’espace scénique. Cela lui permet d’avoir le regard extérieur, qui est nécessaire à tous chorégraphes et metteurs-en-scène dans l’acte de création. Le rendu dure près de 30 minutes. Après la sortie des collégiens, nous nous retrouvons dans le fond du studio et échangeons.

Pour vous, quel est le but de permettre aux écoles de venir voir un moment de la création ?
Nabil : Pour moi, cela me permet de formuler ma pensée, de mettre des mots sur ce que l’on fait et d’expliquer. Cela est difficile de la faire quand tu es enfermé dans ton processus de création.
Nacim : En tant qu’interprète, cela me permet de savoir si je suis dans le bon mouvement, si ce que je fais traduit bien l’intention. Le regard des collégiens, pour le cas présent, est très important car il valide ou non ce geste, ce mouvement, cette expression du visage…

Quel enseignement tirez-vous des deux semaines de résidence effectuées ?
Nabil : Nous sommes en plein processus de création. Je pense que cela va être chaud, mais je suis assez confiant. Maintenant, peut-être que ce que l’on présentera sera fragile, mais cela existera et aura le mérite d’exister.
Nacim : Je suis en flip total. Il faut que j’intègre les intentions, les différents sentiments, que j’en fasse une projection sur scène, que je les visionne. C’est ma façon de procéder, croire en une idée pour la partager et faire qu’elle soit compréhensible par tous. Avec Les Silences Obligés, je m’appuie sur nos histoires personnelles.
Nabil : Je suis face à un dilemme avec cela. Est-ce que j’ai envie de parler de moi ? La réponse est non, mais je me sers de mon vécu dans cette création.

D’ailleurs, le titre de la pièce chorégraphique sera Silences Obligés ou Les Silences Obligés ?
Nabil : Tu n’es pas la première personne à me poser la question. Le spectacle s’appelle Les Silences Obligés. Ils font référence à des silences intimes, aux non-dits qui sont tus soit par pudeur ou par peur de raconter une vérité qui s’avérerait pas terrible à entendre. Ils sont ce que l’on décide de ne pas raconter.

La semaine prochaine vous partez pour Florac. Ensuite, Nabil s’envole pour le Liban avec le Collectif deux temps trois mouvements pour la tournée de Et des poussières… Reprise de la création le 6 octobre et première de Les Silences Obligés le 22 octobre. Question timing, ce n’est pas court ?
Nabil : Il faut que l’on avance au maximum à Florac, il faudrait que toutes les notes, toutes les intentions soient écrites, que le cadre soit fixé pour mieux plonger au coeur de tout cela. Puis il y a aussi la scénographie à mettre en place, les lumières, les sons, j’ai des idées que je vais affiner. La contrainte supplémentaire est que le spectacle, qui sera en audiodescription, doit être fini pour la semaine du 13 octobre pour la retranscription. Demain, on rencontre un groupe de l’Institut ARAMAV (Nîmes) pour travailler sur nos gestes, confronter nos perceptions mutuelles.

Une petite question personnelle. Toute à l’heure, lors de votre échauffement, vous vous êtes livrés à une battle. J’ai eu l’impression de voir la old school vs la nouvelle école du hip hop ?

Nacim Battou

Nacim Battou

Nacim : Tu peux dire la New school. Oui effectivement, on peut dire qu’il y a deux styles de Hip Hop : la old school qui regroupe le break (New-york), le pop (Côte Ouest) et le lock ; la new school, c’est l’héritage de la old revu et ré-interprété et les nouvelles formes qui émergent de la musique, et ce à partir des années 90.

Nabil Hemaïzia

Nabil Hemaïzia

La discussion continue autour de la culture Hip Hop, de ses codes, de sa musique. Une danse chargée du quotidien faite par ses danseurs.

Je les quitte avec la sensation agréable d’assister à une belle aventure. Cette création portée par Nabil Hemaïzia, du Collectif deux temps trois mouvements, permet de mettre en lumière le potentiel artistique de l’autodidacte qu’il se revendique d’être et de nous faire découvrir Nacim Battou.

Laurent Bourbousson

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Les Silences obligés #1

La proposition faite à Nabil Hemaïzia, du Collectif 2 temps 3 mouvements, à l’issue de son festival Off d’Avignon (boudoir du off 1 et boudoir du off 1bis) de le suivre sur sa prochaine création, a retenue toute son attention.
En effet, le double enjeu de ce suivi repose sur le fait que la création Les Silences Obligés se fait en un temps record (7 semaines alors qu’habituellement cela peut s’étendre jusqu’à 10 ou 14 semaines) et que le spectacle sera accessible pour le public aveugle ou malvoyant, en audiodescription réalisée par Accès Culture (mais on reparlera de tout cela plus tard).

Nabil Hemaïzia forme avec Nacim Battou, déjà interprète du percutant Prêt-à-Penser, le duo de cette création qui doit sa naissance à l’invitation de l’association Da Storm, basée à Nîmes, dans le cadre du festival Tout simplement Hip Hop.

En se donnant rendez-vous à la rentrée, ni Nabil, ni moi, ne savons quel chemin prendra ce suivi de création. C’est cette aventure que nous avons décidé de vous faire partager.

Le premier rendez-vous se passe à Nîmes à l’issue de la première semaine de résidence au Collège Condorcet. Je retrouve Nabil et Nacim en pleine séance de répétition.
Cette semaine marque le retour de l’épreuve physique après un mois de vacances. Le corps devant alors se réhabituer à l’effort.
Je m’installe dans un coin de la salle et m’imprègne de l’ambiance générale. Ambiance très studieuse car le compte à rebours est enclenché.

un protège poignet sur le sol

un protège poignet sur le sol

Barres d'échauffement accueillant les tee-shirts lors des répétitions

Barres d’échauffement accueillant les tee-shirts lors des répétitions

Les deux semaines du mois de juin (début de résidence de création) sont loin mais la réflexion a fait son chemin. Le thème est bien là, chacun le fait sien.
Les Silences Obligés nous emmèneront sur les traces des peuples frappés d’exode et du questionnement que cela peut soulever chez les enfants et arrières petits enfants. Faut-il parler ou taire ces histoires et faire de ces silences obligés, une réalité que l’on arrange soi-même, comme une fuite en avant ?

Nabil Hemaïzia me confie prendre appui sur son histoire personnelle pour créer, et Nacim Battou, à son tour, m’indique que son histoire personnelle lui sert pour mieux interpréter ce rôle. Mais lorsque je parle avec eux séparément, je m’aperçois que chacun projette ses propres interrogations et métamorphose, à volonté, leur histoire individuelle pour en faire une histoire universelle.

Les premiers gestes dansés esquissent ce départ, une rencontre quelque part, entre l’ici et l’ailleurs, sur une terre d’accueil. Je suis saisi par l’expression de Nacim Battou. Bien qu’en répétition, il y a une histoire qui est bien visible dans son regard. Ce danseur ne triche pas. Tout comme Nabil Hemaïzia.

Puis tout à coup, un moment intense éclos de cette semaine. Nabil se saisit d’une flûte et se met à jouer sur un fond sonore. Un moment tout en douceur qui raconte le déchirement à une terre, l’adieu aux siens, l’errance dans laquelle se retrouve tout homme loin de chez lui. C’est émouvant. Peut-être un moment à creuser, à fouiller, à interroger pour lui permettre de vivre sur scène…

Nabil Hemaïzia s'essaie à la flûte. Peut-être un instrument que l'on retrouvera dans la création

Nabil Hemaïzia s’essaie à la flûte. Peut-être un instrument que l’on retrouvera dans la création

A l’issue de ces deux heures durant lesquelles les gestes seront répétés et répétés, le propos s’affine, leur hip hop aussi tout comme leurs histoires personnelles. Les Silences Obligés méritent que l’on en parle maintenant.

Laurent Bourbousson

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