Les Billets de Francis

Sous forme de Billet, Francis Braun a livré ses Impressions tout au long du Festival d’Avignon.

Dessin de Francis Braun

Dessin de Francis Braun : « Le tutu a été un costume récurrent tout au long du festival ».

Impressions#1 : Krystian Lupa

Impressions#2 : Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo

Impressions#3 : Isabelle Huppert

Impressions#4 : Les Idiots

Impressions#5 : All Bovarys

Impressions#6 : Théâtre Dromesko

Impressions#7 : Angelin Preljocaj

Impressions#8 : Fatou Cissé

Impressions#9 : Samuel Achache

Impressions#10 : Eric Reinhardt-Feu! Chatterton

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Impressions#10 : Eric Reinhardt-Feu! Chatterton

Festival d’Avignon. Cour du Musée Calvet
Lecture de L’AMOUR ET LES FORÊTS.

Feu! Chatterton. Je ne connaissais pas. C’est une révélation. Un peu Bashung, un peu Noir Désir, un peu Arthur H…..mais tellement lui.
C’est une présence, ce sont des regards, des yeux et des gestes, des mouvements aussi. C’est à la fois présence et retrait, c’est la poésie du regard, l’insolite des yeux perdus loin devant lui, ce sont ses mains qui rythment un Gainsbourg éloigné.
Benjamin Clementine, Antony and the Johnson et maintenant Feu! Chatterton.
Un groupe soudé par le désir de donner autre chose qu’un simple concert. Ils racontent des histoires.

Éric Reinhardt est là avec eux et on sent qu’il les adore. Il les mets en avant, il les adore.
Belle et énorme osmose. Ils se renvoient la balle… Il dit, ils chantent, il danse, ils disent.
Le texte est beau…Sur un écart d’une vie amoureuse, sur un homme pervers narcissique.
Pas aimable l’auteur mais digne et sévère. Il est bien. Droit et absolument direct avec ses mots scandés et imposés. Belle présence.
C’est une lecture/concert et c’est un tout. Une belle réussite car tout s’imbrique à merveille.

Eric Reinhardt et Arthur de Feu! Chatterton - ©Francis Braun

Eric Reinhardt et Arthur de Feu! Chatterton – ©Francis Braun

Enfin une pépite dans ce Festival. Et puis, à ceux qui me demandent comment choisir les spectacles… et bien faites comme moi, allez-y au feeling ! Je ne connaissais pas et cependant, j’ai pris des places. Ce fut ainsi pour Macaigne, Philippe Quesne, Kristian Lupa, Pippo Delbono à l’époque. ..
Faut suivre son instinct.

Quel bonheur d’avoir été là. Cela va sans dire, je vais lire Éric Reinhardt et écouter ces fous merveilleux.
La belle écriture et les belles paroles, un écrivain qui bouge aux sons et des musiciens qui racontent les Vosges dans la cour belle du Musée Calvet… un peu de bonheur et c’est bon.

Francis Braun

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Impressions#9 : Samuel Achache

Fugue de Samuel Achache. Festival d’Avignon. Cloître très beau des Célestins.

©Francis Braun

©Francis Braun


Quand on arrive au Cloître très beau des Célestins, on se dit qu’il y a quelques années, un metteur en scène avait déjà posé un décor sur sol de neige. Quelqu’un du nom de Philippe Quesne qui nous parlait de La Mélancolie des Dragons.
Impossible de ne pas y penser dans le premier quart d’heure de la représentation. Décalage et absurdité font bon menage. Nous sommes dans le même registre avec en plus, la musique et les chants recurants.
Il fait très froid et les protagonistes cherchent… ils cherchent l’introuvable comme ceux qui cherchaient le parc d’attractions de Philippe.

Dans la diction et la façon de parler haut et fort, là aussi, on pense à quelqu’un d’autre. Vincent Macaigne bien sûr.
C’est un savant talent que de faire cohabiter ces deux mondes, mais Samuel Achache y arrive. Il y arrive pendant la majeure partie de la représentation, mais à un moment, l’intensité s’évanouit et nous nous évanouissons dans l’ennui avec lui.
C’est l’absurdité et l’impossibilité de trouver l’amour qui les guide. Il fait chaud au Pôle Nord et parfois nous éclatons de rire. Les larons sont hilarants. Leur humour à froid est décapant.
Dans ce Festival où le sérieux est de rigueur, c’est une bouffée d’air frais même si les références théâtrales nous laissent réticents.

Au Pôle nord, le rire est grinçant… peut être un peu gelé. En tout cas, il est décalé, cinglant.
Une baignoire sur la scène, lieu de tous les excès devient un espace de jeu incroyable et c’est un immense plaisir que d’y voir ce grand comédien l’utiliser ainsi… une baignoire qui est, devient le centre du monde.
Il faut bien avoir des parents… Maman Quesne, Papa Macaigne.
Ce sont des références que j’aime bien, mais bon…faudrait s’en détacher maintenant.

Francis Braun

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Impressions#8 : Fatou Cissé

Ce lieu magique. Cloître des Carmes. Festival d’Avignon. LE BAL DU CERCLE. FATOU CISSE.

©Francis Braun

©Francis Braun


Je me demande ce que ce spectacle fait au Festival d’Avignon. C’est un spectacle de music hall. Je n’ai rien contre le music-hall… j’aime même beaucoup… mais là, je ne comprends pas. Cela ressemble à un spectacle de fin d’année.
Certes, les danseurs dansent.
Certes, ils bougent bien. Mais où est le sens de cette heure de gesticulation rythmée et lassante ?
Certes il y a comme un défilé de mode. Mais que les costumes sont laids…
Quel est le sens ? Et pourquoi programmer un tel spectacle au festival d’Avignon ?

Francis Braun

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Impressions#7 : Angelin Preljocal

ANGELIN PRELJOCAJ – RETOUR A BERRATHAM.

Retour à Berratham - ©FrancisBraun

Retour à Berratham – ©FrancisBraun

Encore une fois, il semble que le décorateur -cette fois c’est le passionnant Adel Abdessemed- a mis des barrières. Barrières métalliques transparentes certes, mais à nouveau le Mur du Palais a été occulté. Il y a eu cette palissade de bois peinte pour Le Roi Lear, il y avait ce mur métallique pour La Mouette de Arthur Nauziciel..
Le rétrécissement du plateau est aujourd’hui hui une habitude récurente. C’est dommage. Ce mur doit faire peur.
Vilar disait au peintre Mario Prassinos qu’il mettait toujours des drapeaux autour de la scène. C’était essentiellement pour retenir le son sur la scène.. jamais pour cacher le Mur.
Angelin Preljocaj, Laurent Mauvigner et Adel Abdessemed: trois pointures pour une reussite espérée.
On pense à ses précédents spectacles, on est obligés de penser à Marguerite Duras, aux Editions de Minuit. ..Laurent Mauvigner y est édité, nous sommes dans ce registre.. ..on pense au Musées ou Adel Abdessemed a exposé « ses Christs barbelerisés ».
Tout y est. Mais ici, dans la Cour, ces éléments sont dissonants, il n’y a qu’une juxtaposition de talents. Il n’y a pas d’intégration, il n’y a pas d’osmose. Il y a des disciplines qui ne s’épousent pas, il y a des chemins parallèles.
Chacun parcours son parcours sans pour autant se rejoindre.
Le texte lancinant ne semble n’être qu’une reprise satirique de M.D. Cet opéra tragique ne fait qu’osciller entre poème épique et tragédie grecque contemporaine. Une fausse intensité empruntée et éphémère.
Après la guerre, ne reste que l’après guerre…la guerre et ses après. Et ses paroles scandées… et des danses parfois magnifiques. Je dis parfois, et c’est toujours lorsqu’il n’y a plus de texte.
West side story, Duras dansée. ..
Des houhous, des sifflets, des spectateurs en colère et certains applaudissent.
Il n’y aura eu dans la Cour monopolisée que des tentatives sans succès.

Francis Braun

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Impressions#6 : Théâtre Dromesko

Théâtre Dromesko. Villeneuve les Avignon. festival d’Avignon off. Le jour du grand jour.
Poétique. Imagé. Insolite. Situations. Peintures.
Sculptures. Successivement des tableaux. Musique. Enfants de Pipo Delbono. Enfants de Tadeuz Kantor. Nicky de Saint Phale.
Voilà les mots qui me viennent à l’esprit après ce spectacle.

Détail du décor Le jour du grand jour ©Francis Braun

Détail du décor Le jour du grand jour ©Francis Braun


Dissidents de Zingaro. Souvenir magnifique de La Voliere Dromesko. Il y a plus de 20 ans. Toujours des animaux. Le héron. Le cochon. Le poney.
Une famille saltimbanque. Gypsy. Âme russe. Pénombre. Tristesse et joie mêlées.
Sérénade. Tzigane.
Spectacle absolument réussi. Et je pense que si on n’a pas les références théâtrales d’un spectateur assidu, on trouve cela tout à fait extraordinaire.
Humblement, j’y au vu beaucoup de références. Mais ce n’est pas grave… un grand plaisir… Des images gravées.

Francis Braun

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Impressions#5 : All Bovarys

ALL BOVARYS. Festival Off d’Avignon.

Comment dire que Clara Le Picard est Madame Bovary et comment dire que sa mère est sa conscience rassurante. Comment dire qu’elle a besoin de 4 cautions playmobilisées pour mener à bien son projet artistique.
Bovary universelle et intemporelle. Un trio (mère. fille. homme pianiste) qui tente de transmettre un passé…
Transmission d’une Maman qui était héroïne et comédienne sans être Putain (Bonjour Jean Eustache) qui incarne une icône mythique d’une autre époque. L’auteur serait-elle Madame Bovary elle même ? Cherche t-elle de la moderniser, en la rendant intemporelle…
Elle tente de subventionner son projet avec Kiss Kiss bang bang et pense vraiment y arriver en nous faisant chanter, tous ensemble, un hymne plein d’espoir… Que serra serra… what ever will be, will be…
Une tentative réalisée avec une authenticité évidente… un peu didactique et vraiment sincère.

All Bovarys ©FrancisBraun

All Bovarys ©FrancisBraun


Francis Braun

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Impressions#4 : Les Idiots

Les Idiots. Festival d’Avignon. Cour du Lycée Saint Joseph.

Il y a sur scène des hommes et des femmes différents indisciplinés qui jouent aux Idiots ou qu’ils le sont. Il y a un point de départ : Le film de Lars von Trier.
Confusion des genres. Ils agissent en dehors et dans une société délimitée par des rouleaux de Scotch que les comédiens collent sur le sol. Qui jouent quoi, jeu de rôles multiples. Disciplinés ou révoltés sous les dogmes que l’on peut lire sur des écrans posés de part et d’autre de la scène avant que le spectacle ne commence. Chacun devra révéler en public sa vraie nature, en fait, ce qu’il est vraiment.
Un bordel sur scène avec, en direct, les coulisses. ..ils se déshabillent, s’habillent , fument ou se démaquillent.
Ils jouent à faire l’idiot pour dénoncer. Dénoncer Poutine, la politique, les agissements.
Être ou ne pas être son propre idiot ou le miroir de l’autre. ..Tutu, turlututu, chapeau pointu au son du Lac des Cygnes.

Dessin de Francis Braun

Dessin de Francis Braun

Dire que le Russe peut être un autre, peut être différent avant d’être jugé par le Tribunal.
C’est à la fois criant de vérité et une formidable mascarade débridée.
Constat sociologique et utopique. Les comédiens s’acharnent jusqu’à la limite de leur identité.
C’est un grand bordel où la dérision violente la réalité., mais soudain, à la fin, de vrais trisomiques montent sur scène, tous de TUTUS vêtus .. Une grande claque dans la gueule..et la réalité ne dépasse plus la fiction. On est dans le vrai et c’est terrible. L’utopie devient tangible. Tout est vrai. Ils ne sont plus Idiots. Ils deviennent. Ils sont.

Francis Braun

Les Idiots ©Francis Braun

Les Idiots ©Francis Braun

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Impressions#3 : Isabelle Huppert

Festival d’Avignon. Sade. Le Vice et la Vertu. Isabelle Huppert. Cour d’honneur.

Le Mistral était Sade tant il lui a fait du mal.
Les cheveux, l’oreillette, les pages du cahier bruyantes à un point tel qu’elle les tourne avec une rage contenue.
Quand elle arrive sur scène, on se souvient de ses hurlements lorsqu’elle jouait Médée avec Jean-Quentin Châtelain. On a un peu peur.
Sa présence est impressionnante. Frêle, mince et les bras écartés, elle est fluette et immense. Elle flotte comme sur la proue d’un navire. Flamboyante vierge écartelée, mais qui s’impose comme personne.
Incroyable décalage. Elle est juchée sur des compensées dorées. Minuscule dans la violence du vent. Géante écarlate.
Elle se violente en étant le violentée.
Le vent l’assassine et il semble que le texte lui échappe. Il semble qu’elle ne le connaisse pas à fond. Elle butte. Elle s’écorche, hésite et continue. C’est un combat venteux et elle n’y arrive pas. Les lumières différentes, blanches ou jaunes l’illumine mais son regard souriant demande des excuses. Elle propose un rictus et elle souffre énormément de ces éléments contraires.
Sade est sadique et tout au long c’est un éprouvant champ de bataille. Les mots et le texte, les gestes empêchés, les cheveux roux vénitiens dans les yeux…

Isabelle Huppert dans la cour d'honneur ©FrancisBraun

Isabelle Huppert dans la cour d’honneur ©FrancisBraun


Pourquoi tout cet echec programmé ? Ils savaient ce Mistral. Il fallait changer ce qui était prévu. Il fallait lui attacher les cheveux, lui offrir un tourneur de page ou l’allonger sur un divan…
Il aurait fallu qu’elle connaisse plus son texte.
Il fallait qu’elle ne soit pas l’otage de la force du vent.
Même les idoles ne sont pas toujours vainqueur. Même les icônes peuvent faillir…0h quel dommage cette lutte vaine. Ce texte sexué, ces mots crus dans sa bouche de pucelle, le rouge sang de sa robe violée. ..ce n’est pas tout à fait de sa faute. Quoique. ..
C’est un hasard, ou peut-être une vengeance du passé mais il y a souvent du vent dans la Cour lors des lectures. C’est peut être pour mesurer la force du texte et la grandeur des comédiens. ..Serge Merlin s’était envolé avec grace, force et genie…Valerie Dreville et Michael Lonsdale en étaient ressortis vainqueurs..Isabelle Huppert hier soir…c’était Sadique….
(C’est drôle, je ne parle que d’elle…pas du texte qu’elle tente de dire…mais c’est ainsi)

Francis Braun

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Impressions#2 : ENE-LIIS SEMPER et TIIT OJASOO

Festival d’Avignon. Gymnase Aubanel. Hier soir.
NO51 MA FEMME M’A FAIT UNE SCÈNE ET À DÉCHIRÉ TOUTES LES PHOTOS tel est le titre.
Ça commence dans le silence impressionnant avec un mec obsessionnel et paniqué, hystérique et sous l’emprise de tocs récurrents. Dans une chambre d’hôtel. Il est obsédé par des rites compulsifs. Il a perdu toutes ses photos de vacances. Lui et ses enfants… lui, tout au long de la journée il a photographié sa famille… et les photos ne sont plus là.
Soudainement. Changement total. (Ne rien dire la dessus car ce serait trop dévoiler!)
Une dizaine de personnages envahissent la scène, mélangeant ainsi rêve et réalité. …jeu de rôles et selfies. Selfies et mises en scène. Qui prend la place de qui ? Qui est vrai, qui est-il, que fait-elle ?
C’est à hurler de rire..c’est aussi désespérant quand même.
Et puis, c’est dingue. ça se bouscule, ça se violente, ça devient un champ de bataille, ça devient le lieu de tous les excès. … ça se prend en photo, les photos sont projetées sur les murs. C’est Nan Goldin, c’est Mapplethorpe, c’est Francis Bacon… c’est qui est qui, c’est qui sera qui ?

NO51 MA FEMME M'A FAIT UNE SCÈNE ET A EFFACÉ TOUTES NOS PHOTOS DE VACANCES - ©FrancisBraun

NO51 MA FEMME M’A FAIT UNE SCÈNE ET A EFFACÉ TOUTES NOS PHOTOS DE VACANCES – ©FrancisBraun


C’est une folie des corps et des mélanges, c’est sexe and rock, c’est un désastre absurde. c’est incroyable. C’est une réalité dont le fantasme en est le rêve. On ne sait plus, no limit
On pourrait penser à Alain Platel aussi. Ce mélange de genres, ces horizons confondus. Ces larmes amères car c’est certainement effrayant ce qui s’est passé…
Je te prends en photo, tu me prends en photo, nous nous prenons en photo. Lequel de nous deux montrera son cul, ses cuisses, ses baisers ?…
Les photos sont déchirées, sa femme en vrai n’est pas là. La mer à tout emporté.
Ne reste qu’une énorme et incroyablement accumulation de corps…
Putain que cette compagnie ubuesque et « Nan Goldinincarnée » est formidable ! Cette troupe qui se serait arrêtée dans un hôtel dirigé par Philippe Quesne.
J’ai adoré.

Francis Braun

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