Impressions#3 : Isabelle Huppert

Festival d’Avignon. Sade. Le Vice et la Vertu. Isabelle Huppert. Cour d’honneur.

Le Mistral était Sade tant il lui a fait du mal.
Les cheveux, l’oreillette, les pages du cahier bruyantes à un point tel qu’elle les tourne avec une rage contenue.
Quand elle arrive sur scène, on se souvient de ses hurlements lorsqu’elle jouait Médée avec Jean-Quentin Châtelain. On a un peu peur.
Sa présence est impressionnante. Frêle, mince et les bras écartés, elle est fluette et immense. Elle flotte comme sur la proue d’un navire. Flamboyante vierge écartelée, mais qui s’impose comme personne.
Incroyable décalage. Elle est juchée sur des compensées dorées. Minuscule dans la violence du vent. Géante écarlate.
Elle se violente en étant le violentée.
Le vent l’assassine et il semble que le texte lui échappe. Il semble qu’elle ne le connaisse pas à fond. Elle butte. Elle s’écorche, hésite et continue. C’est un combat venteux et elle n’y arrive pas. Les lumières différentes, blanches ou jaunes l’illumine mais son regard souriant demande des excuses. Elle propose un rictus et elle souffre énormément de ces éléments contraires.
Sade est sadique et tout au long c’est un éprouvant champ de bataille. Les mots et le texte, les gestes empêchés, les cheveux roux vénitiens dans les yeux…

Isabelle Huppert dans la cour d'honneur ©FrancisBraun

Isabelle Huppert dans la cour d’honneur ©FrancisBraun


Pourquoi tout cet echec programmé ? Ils savaient ce Mistral. Il fallait changer ce qui était prévu. Il fallait lui attacher les cheveux, lui offrir un tourneur de page ou l’allonger sur un divan…
Il aurait fallu qu’elle connaisse plus son texte.
Il fallait qu’elle ne soit pas l’otage de la force du vent.
Même les idoles ne sont pas toujours vainqueur. Même les icônes peuvent faillir…0h quel dommage cette lutte vaine. Ce texte sexué, ces mots crus dans sa bouche de pucelle, le rouge sang de sa robe violée. ..ce n’est pas tout à fait de sa faute. Quoique. ..
C’est un hasard, ou peut-être une vengeance du passé mais il y a souvent du vent dans la Cour lors des lectures. C’est peut être pour mesurer la force du texte et la grandeur des comédiens. ..Serge Merlin s’était envolé avec grace, force et genie…Valerie Dreville et Michael Lonsdale en étaient ressortis vainqueurs..Isabelle Huppert hier soir…c’était Sadique….
(C’est drôle, je ne parle que d’elle…pas du texte qu’elle tente de dire…mais c’est ainsi)

Francis Braun

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