Interview : A l’Artéphile Théâtre, la curiosité anime le lieu

Anne Cabarbaye-Mange et Alexandre Mange dirigent l’Artéphile Théâtre à Avignon. Entre un cycle musique classique et un cycle lecture-concert, ce duo va titiller la curiosité du public sur cette saison. Une nouvelle aventure s’ouvre à eux, et cela tombe plutôt bien, Ouvert aux publics aime les nouvelles aventures. Interview.
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C’est cet été, en toute fin de festival Off, que le rendez-vous avait été pris, comme ça à la volée, à la sortie de la représentation de Freaks de la Compagnie O’Navio (le VU est à retrouver ici). Anne Cabarbaye-Mange et Alexandre Mange sont à la direction du lieu. On évoque, ici, la ligne artistique et l’esprit du lieu. Leur recette tient en 4 mots : curiosité, liberté, envie et plaisir. Et cela fait le plus grand bien.

Sur la couverture de votre programme de saison, ou plutôt demie-saison, est inscrit #1 alors que l’année dernière vous programmiez déjà. Quel mystère entoure ce #1 ?
Alexandre Mange : L’année dernière était une demie-saison non officielle car nous avons eu l’autorisation d’ouvrir le lieu qu’à partir de décembre 2015. La saison a été une saison d’intronisation, alors que celle-ci est une vraie saison travaillée et construite depuis une année.

Cette saison est construite sur 2 axes : un cycle musique classique avec les solistes de l’Orchestre Régional Avignon Provence (ORAP) et un cycle lecture-concert animé par la Compagnie Point C. Etait-ce une volonté de travailler avec des musiciens et une compagnie du territoire ?
A.M. : Oui, forcément. Si durant le festival, on ouvre le lieu au national, durant l’année, nous avons à cœur de promouvoir des artistes locaux. Notre rencontre avec la Compagnie Point C s’est faite suite à notre premier festival (ndlr 2015). Nous avions programmé la pièce Mon amour fou de et avec Roxane Kasperski. Elle nous a présenté Laure Vallès de la Compagnie Point C. De cette rencontre, il s’est mis à mûrir plein de projets avec Laure. C’est comme ça qu’est né le cycle de lecture-concert que nous avons mis en route l’année dernière et que nous continuons cette année.

Comment avez-vous construit le cycle musique classique ?
A.M. : Il y a 4-5 ans, nous sommes allés voir à Rennes un ensemble baroque clavecin, violon, viole de gambe. Je n’avais jamais vu de concerts classiques comme ça. C’était prenant. On a toujours eu envie de renouveler cette expérience. L’année dernière, nous avons programmé le spectacle Tango et Arpèges, avec Denise Pitruzzello, Jorge Crudo, Cordelia Palm et Aliénor Girard-Guigas. Après ce spectacle, nous avons discuté avec Cordelia Palm et Fabrice Durand, alto solo dans la formation des solistes de l’ORAP, et nous nous sommes dit qu’il serait bien de créer un cycle musique classique. Nous souhaitions retrouver les émotions de ce concert vu il y a 4-5 ans et sortir la musique classique de son carcan. Eux aussi souhaitaient ceci. Tout c’est ainsi mis en marche. Ici, ils peuvent faire appel à leur créativité et leur fantaisie. On leur laisse entièrement carte blanche dans leur proposition.

Vous avez débuté ce cycle avec Gershwin. Le programme a été élaboré par les solistes ?
Anne Cabarbaye-Mange : On en a discuté dans un premier temps. Le but était de commencer cette nouvelle saison avec une musique extrêmement vivante et gaie, que beaucoup de gens connaissent et qui est très abordable. Au fur et à mesure de la saison, on va sur des choses moins connues, sauf pour les personnes férues de musique classique. On espère poursuivre sur de la musique classique contemporaine. Nous nous retrouvons donc autour de ce projet commun avec cette question du comment faire venir un public qui ne va pas forcément a l’Opéra avec des musiciens tel que les musiciens de l’ORAP ?

A.M. : C’était aussi un de leur désir de jouer des partitions de musique contemporaine. C’est à l’étude pour la saison prochaine. L’idée est aussi de voir comment le public va réagir à ce cycle. On aimerait ensuite l’amener vers des découvertes, vers le hors du commun. Les musiciens ont à cœur de jouer du contemporain.

Ce que l’on ressent dans vos propos et votre programmation, c’est cette envie de faire découvrir au public de nouvelles choses, d’aiguiser la curiosité de tout un chacun…
A.M. : On a la force de faire les choses que l’on a envie de faire. Nous n’avons pas la contrainte du public pour l’instant car nous sommes neufs. On débute cette année, tout est à construire. On peut aller vers ce que l’on aime. Je ne sais pas comment on réagira ensuite, mais si l’on a le public en agissant comme ça, on continuera ainsi car il aimera faire des découvertes.
A. C.-M. : On souhaite avant tout s’entourer de personnes qui sont enthousiastes et passionnées… qui sont également instinctives. Toutes font des propositions qui représentent ce qu’elles sont, avec leur passion, leur énergie et un grand talent. C’est en ce sens que diriger ce lieu est très motivant. Tous nous surprennent, nous apprennent des choses et on s’enrichit mutuellement. C’est ce que nous souhaitons partager avec le public. On fait les choses de façon simple, peut être pas conventionnelle, pas très codé, mais cela nous représente.

Comment vous sentez vous dans le paysage culturel avignonnais ?
A.M. : Tout ce à quoi on s’attache, c’est à rester nous-mêmes et à être nous-mêmes. Donc, le paysage avignonnais culturel est ce qu’il est, on ne regarde pas ce qui se fait et comment s’est fait ailleurs. On ne se positionne pas dans un créneau particulier. Ce qui nous anime est le fait d’être très curieux. L’année dernière, lors des lectures concerts nous avions beaucoup de monde lorsque les auteurs étaient connus. Et nous nous sommes aperçus que les gens n’ont pas la curiosité d’aller voir ce qu’ils ne connaissent pas, au contraire de nous qui sommes animés par cet esprit de curiosité. On est ravi de découvrir certains auteurs. Ce sera encore le cas cette année avec la compagnie Point C.

On retrouve également dans la programmation le groupe TESS & BEN²…
A.M. : Pour ce concert également, c’est encore l’histoire d’une rencontre. Nous avions reçu l’année Louis Guillermin, contrebassiste. Il joue avec Tess et Ben. Nous avons été invités à les voir lors d’un concert au Théâtre de l’Oulle et toute l’équipe a adoré. Ils nous ont demandé de les accueillir pour répéter, nous avons accepté et nous leur avons proposé cette date.

Il y a réellement un ton de liberté dans votre programmation.
A. C.-M. : On a toujours vécu notre vie de cette façon.
A.M. : C’est notre grande force de ne pas avoir tous les codes de programmateur. On fait ce que l’on a envie de faire et ce que l’on croit bien. C’est une chance. On apprend tout sur le tas. On est curieux et on aime apprendre.

Comment se prépare le festival off 2017 ?
A. C.-M. : Ça se prépare bien ! On construit le festival à l’identique de nos saisons, autour de l’écriture contemporaine et de la création contemporaine. On lit tous les textes, on les relie entre eux. En saison, on souhaite titiller la curiosité des personnes avec les cycles de musique classique, car les musiciens expliqueront la musique jouée, et avec le cycle de lecture-concert, avec des textes doux mais engagés. Pour le festival, on s’attache à la ligne non manichéenne d’un texte afin de laisser le choix au public d’en retirer quelque chose, que ce soit juste du bonheur ou une compréhension du monde qui l’entoure. Ça se fait avec le même enthousiasme. Et le prochain festival sera bien.
A.M. : On attend qu’un spectacle procure de l’émotion, qu’il ne nous laisse pas indemnes, qu’il ne nous laisse pas en paix après l’avoir vu. On recherche dans un spectacle qu’il nous amène de la réflexion, des questionnements, tout en restant dans la création contemporaine. Pour le festival, on veut faire travailler le cerveau. Mais que ce ne soit pas dénué d’humour. On recherche une certaine universalité, dans nos propositions.

Pour découvrir toute la programmation de l’Artéphile Théâtre, le site du théâtre se trouve ici
Première date du cycle lecture-concert, ce vendredi à 19h30, La peau du Personnage d’André Benedetto, avec Laure Vallès et Arny Berry.

Laurent Bourbousson

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