Interview : Ioulia Plotnikova (Cie TanZoya) pour The word’s room

5 mars 2016 /// Les interviews

Ioulia Plotnikova (Cie TanZoya) est une danseuse de caractère. Elle présente sa dernière création The word’s room au Théâtre Golovine (Avignon). Interview.

Ioulia Plotnikova dans The word's room ©Gonzalo Garzo

Ioulia Plotnikova dans The word’s room ©Gonzalo Garzo

A 16 ans, vous entrez à l’université de danse de Saint-Pétersbourg, où vous suivez les classes de danse classique, folklore et de danse sociale (hip-hop). Ensuite, vous poursuivez votre formation au centre de danse de Rick Odums (modern jazz) à Paris et vous faites des rencontres importantes comme celle, notamment, avec Carolyn Carlson.

Oui, c’est une très belle histoire que ma rencontre avec Carolyn. Il était prévu que je travaille avec elle mais à cause de circonstances d’agendas professionnels non compatibles, cela n’a pu se faire. Dans les rencontres importantes pour moi, il y a d’abord celle d’avec Claude Brumachon et la compagnie Brumachon-Lamarche. C’est là que je découvre, en vérité, ce qu’est le mouvement en danse, et c’est ma première claque. Suite à cela, je prends mon premier vrai cours de danse contemporaine avec Carolyn Carlson et je prends une deuxième claque. rires. Je me présente à elle et je lui dis : « Carolyn, je veux travailler avec toi. » Elle m’invite au Ballet du nord (Centre chorégraphique National Roubaix Nord Pas-de-Calais). Je traîne dans la compagnie mais je ne peux les suivre car nous tournons beaucoup avec Claude Brumachon. Et là, un jour, je reçois une lettre d’elle. Elle m’écrit qu’elle voit en moi le devenir d’une grande chorégraphe. J’ai été très flattée car cette lettre était vraiment inattendue. Je n’ai pas pu revenir vers elle car après mon expérience auprès de la compagnie Brumachon-Lamarche, j’ai beaucoup tourné avec James Thierrée. Un jour où je vais au CND (Paris) pour assister à une représentation de la compagnie de Carolyn. Les danseurs de sa compagnie se retrouvent coincés sur la route à cause d’une grève, et Carolyn rassemble les danseurs présents dans le public et nous demande de faire des improvisations. On était plusieurs danseurs venus ce soir là et nous nous sommes retrouvés sur le plateau à danser pour elle et à faire le spectacle. C’est un superbe souvenir.

Il y a cette phrase dans les dossiers de présentation à propos de vous : « Elle appartient à cette génération qui fait abstraction des frontières, et se nourrit de toutes les cultures et esthétiques du monde ».

Elle est vraie. Comme je voyage énormément, je me nourris de la vie quotidienne des gens, de chaque pays que je visite, de leurs cultures, de leurs rituels. De tout cela, il émane une certaine énergie, source d’inspiration pour mes créations. J’aime beaucoup l’humanité, les différences car cet endroit précis est le plus intéressant et surtout là où on apprend le plus. Si j’ai la chance de créer, à l’avenir, pour plusieurs danseurs, j’ai l’intention de mettre toutes les couleurs de personnes possible sur un plateau. Ce sera une vraie richesse.

Vous avez un parcours de danseuse auprès de Blanca Li, Brumachon, Thierrée, Momboye… Depuis 2006, vous êtes aussi chorégraphe. Vous préférez être à quelle place ?

C’est difficile à dire. Si je me sens plus à l’aise dans le rôle d’interprète, parce que je le vis à 200 %, je ressens une nécessité à créer de temps en temps. J’apprends mon rôle de chorégraphe actuellement. Je passe de chorégraphe à scénographe, à interprète, à musicienne… le tout en l’espace de la création. C’est un long travail car il faut avoir de l’expérience. Je ne sais pas si j’ai le talent, ou si je suis chorégraphe même, mais je tente car je souhaite amener quelque chose à la danse contemporaine.

C’est ainsi que vous créez The word’s room. Vous avez travaillé sur la proposition durant combien de temps ?

J’ai commencé à créer en 2012 en même temps que mon entrée dans la Compagnie du Hanneton (James Thieréé). Pour moi, c’était nécessaire car on avait beaucoup de dates, et cela me permettait de m’évader un petit peu afin de ne pas péter les câbles. rires. Sur ces 3 années, j’ai travaillé 4 mois sur la création. J’ai beaucoup appris et je me suis rendue compte que je ne pouvais pas travailler des mois entiers sur quelque chose. J’ai aimé mon rythme : une semaine intensive, suivi d’un mois de break, revenir dessus. Il y a une réflexion sur la justesse du propos qui se pose.

Dans le teaser de votre création, vous nous menez dans l’histoire d’une lutte. Je définirais votre danse, de danse expiatoire (un acte de réparation pour un pêché envers un Dieu), et je remplacerais Dieu par soi-même ?

C’est très juste. Il n’y a pas de rapport à Dieu dans ma chorégraphie. J’ai travaillé sur l’idée que nous nous enfermons dans nos pensées, dans nos cadres de vie avec cette impression que quelqu’un va nous aider pour nous en sortir. Mais, nous pouvons uniquement compter que sur nous-mêmes car c’est nous qui nous donnons la force de nous sortir de nos malheurs. La pièce traite de cela, du travail sur soi, d’être dans le présent et non dans le passé.

Un petit mot sur le collectif dont vous faites partie ?

Oui, il s’agit du collectif L’Horizon, basé à La Rochelle. Axel Landy, le responsable artistique, a rassemblé des artistes d’horizons différents dont il aime le travail. On trouve des musiciens, des auteurs, des metteurs en scène, des chorégraphes, danseurs, photographes et il nous fait travailler ensemble. Chacun se confronte à l’univers de l’autre et ça donne lieu à des performances. C’est une idée géniale, à l’heure où tout le monde crée par-ci, par-là, dans la solitude, et là il nous fait partager notre art. Il s’occupe de nous, nous met à disposition des lieux de répétition. C’est une structure importante pour moi.

The word’s room sera présenté le mardi 8 mars à 19h30 au Théâtre Golovine (Avignon).
Renseignements et réservations : Théâtre Golovine
Le site de la compagnie TanZoya : ici
Celui du Collectif l’Horizon :

Propos recueillis le vendredi 4 mars 2016
Laurent Bourbousson