Jean-Claude Gallotta : Olivia Ruiz me fait penser à Edith Piaf

Samedi soir, le Théâtre de l’Olivier (Istres) reçoit le chorégraphe Jean-Claude Gallotta pour Volver, création autour des chansons d’Olivia Ruiz, avec la chanteuse sur scène. Interview.

« Volver » ©Blandine Soulage

Laurent Bourbousson : Volver est votre deuxième collaboration avec Olivia Ruiz. Pouvons-nous revenir sur votre rencontre ?
Jean-Claude Gallotta :
C’est le célèbre chef d’orchestre, Marc Minkowski, qui souhaitait, pour la création de L’amour sorcier, en 2013, une chanteuse populaire, comme décrit par l’auteur, Manuel de Falla. Le choix de Marc s’est porté sur Olivia Ruiz. Je lui ai répondu qu’elle évoluait dans un autre monde et qu’elle était en pleine ascension.
Suite à notre demande, Olivia Ruiz a eu très envie de collaborer avec nous. Elle connaissait mon travail et nous avons donc fait L’amour sorcier ensemble. Elle dansait et chantait déjà dans ce spectacle. Nous nous sommes dit qu’il serait bien de se retrouver, mais dans son univers, ses musiques et son côté rock.

L. B. : Quelle était l’image que vous aviez d’Olivia Ruiz avant de penser ce nouveau spectacle ?
J.-C. G. :
Je suis allé voir Olivia à un concert, et j’ai été étonné ! Je m’attendais plus à de la variété, alors que c’était beaucoup plus rock, plus Bashung, que je ne le pensais. A la fin de son concert, je lui ai fait une sorte de synopsis sur le papier, en lui disant que ce serait bien un peu de raconter son histoire. Je lui ai dit ce que je voyais et ça lui a beaucoup plu. Dans ses chansons, Olivia raconte sa vie par-ci, par-là. J’ai fait comme le Petit-Poucet, j’ai recherché et j’ai retrouvé des éléments qui, mis bout-à-bout, ont formé l’histoire. Elle l’a reprise avec Claude-Henri Buffart (ndrl dramaturge de la compagnie), afin de l’étoffer et de la faire sienne.

L. B. : Il y a ce côté comédie musicale, que vous aimez tant, dans ce spectacle. Quel rapport avez-vous avec ce genre là ?
J.-C. G. :
Les comédies musicales américaines m’ont nourri. C’est de cette façon que j’ai découvert la danse, car je n’étais pas du tout induit dans un univers familier avec cet art. Je n’avais jamais vu de spectacles en direct ! Oui, mes seuls programmes de danse étaient les comédies musicales américaines.
Mais Volver n’est pas vraiment une comédie musicale. C’est plutôt un récit, une sorte d’oratorio. Cependant, nous nous sommes servis du principe, entre le chant, la danse et l’éclat avec la musique.

L. B. : Est-ce que le fait de ne plus être directeur du CCN de Grenoble vous a permis de créer Volver, ou est-ce que vous l’auriez créé de toute manière ?
J.-C. G. :
Oui, sans hésitation. D’une part, le projet est né alors que j’étais directeur du centre, je ne savais pas que mon départ allait être précipité !, et d’autre part, j’avais déjà flirté avec ce genre avec L’homme à tête de chou chanté par Bashung. C’est au moment de cette création que j’ai eu peur, car c’était la première fois qu’il y avait intrusion entre le monde de la danse contemporaine et celui de la comédie musicale. Cela a fonctionné, et même les critiques de danse contemporaine les plus durs ont salué le travail. C’est un peu comme si j’étais adoubé.
Il est vrai qu’Olivia Ruiz est un peu plus connotée variété, mais avec Volver, le public la découvre dans un registre profond. Cette création n’est pas que du divertissement. Même si c’est coloré et joyeux, on parle d’émigration, de choses terribles sur l’humanité, sur la vie.

L. B. : C’est certainement pour cela que ça fonctionne.
J.-C. G. :
Tout ceci est dans ma nature, et c’est toujours ce que j’ai aimé dans l’art, qu’il y ait une profondeur, presque becketienne, jusqu’à l’absurde, pour donner des sentiments, du plaisir, du rythme afin que le spectateur captivé puisse comprendre les choses.

L. B. : Et avec Olivia Ruiz qui se donne entièrement sur scène…
J.-C. G. :
J’en suis bluffé tous les jours. Elle chante et danse pendant une heure et demi. Ce petit bout de femme me fait penser à Edith Piaf, c’est incroyable.

Volver, le samedi 18 mars à 20h30, au Théâtre de l’Olivier (Istres) et le dimanche 19, au Palais des festivals (Cannes) à 20h00.
conception Jean-Claude Gallotta, Olivia Ruiz | chorégraphie Jean-Claude Gallotta assisté de Mathilde Altaraz | texte Olivia Ruiz et Claude-Henri Buffard | dramaturgie Claude-Henri Buffard | avec Olivia Ruiz (chant et danse) | danseurs Agnès Canova, Paul Gouëllo, Ibrahim Guetissi, Georgia Ives, Fuxi Li, Lilou Niang, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger, Béatrice Warrand | musiciens Mathieu Denis, David Hadjadj, Frank Marty, Vincent David, Frédéric Jean | lumières Manuel Bernard | costumes Stéphanie Vaillant et Aïala, assistées d’Anne Jonathan | vidéo Maxime Dos

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