Nans Martin, chorégraphe du mouvement.

16 février 2016 /// Les interviews

Nans Martin – compagnie les Laboratoires animés – présente Parcelles, à la 38 e édition du festival les Hivernales, projet construit autour de la notion du mouvement, qu’il définit comme étant le résultat de laboratoires questionnant le fait de savoir comment le mouvement naît et ce qui définit la danse que l’on fait. Rencontre.

Parcelles © Nina Flore Hernandez

Parcelles © Nina Flore Hernandez

Surtout ne lui dites pas qu’il a un parcours déjà fort étonnant* car Nans Martin vous répondra que chacun construit le parcours qu’il souhaite. Lorsque nous abordons l’idée qu’il fasse partie de la relève chorégraphique, sa réponse est sans appel : je n’ai pas l’impression d’en faire partie. Je vis mon histoire et j’essaie de construire quelque chose qui se tient en étant le plus cohérent et le plus humble possible par rapport à ce travail, que d’autres [par ailleurs] ont mené avant moi. Je repropose, parce que je pense que c’est à notre génération de reposer des questions qui ont déjà étaient posées et que selon les périodes que l’on traverse, les réponses et l’imaginaire qui se se développe va forcément déférer. Je ne me pose pas la question de savoir qui je suis dans le paysage chorégraphique. Je sens qu’il y a quelque chose qui s’installe chez les chorégraphes avec qui je partage cette expérience. C’est un peu délicat cette question sur la relève, en fait. Peut-être que ça met un poids sur les épaules, alors que nous devrions avoir plus de légèreté au démarrage d’une compagnie. Une chose est sûre, je me sens plus responsable vis à vis des partenaires et des personnes qui travaillent avec moi.

Il est un chorégraphe qui aime prendre le temps de faire les choses. Sa compagnie Les laboratoires animés en est à sa troisième création, ce qui peut paraître paradoxal. Mais de rajouter, qu’il y a toujours cet équilibre à trouver, entre la nécessité de faire des propositions en adéquation avec la temporalité du spectacle vivant et l’enjeu de la visibilité, afin de continuer à exister. Il fabrique une danse dans laquelle le mouvement est primordial. Invité au festival Faits d’hiver (direction Christophe Martin) en janvier dernier pour présenter Parcelles, il fait le constat de voir dans le champ de la danse un focus sur le corps de la part de différentes générations de chorégraphes, comme une nécessité de repartir du corps, de l’écriture, afin de tout reposer. De son regard lucide sur le fait que certains questionnements peuvent éloigner les chorégraphes du public, lui essaie de trouver un juste milieu entre l’exigence et rendre accessible son travail.

Parcelles © Nina Flore Hernandez

Parcelles © Nina Flore Hernandez

Parcelles lui donne l’occasion d’approfondir ce qu’il n’avait pas eu le temps de faire dans sa première pièce Muô, à savoir la question du mouvement, de comment naît-il, qu’est-ce qui définit la danse que l’on fait. Ceci est le cœur du projet. J’ai fait la proposition à Sylvain Ollivier de se confronter à un univers sonore différent à chaque fois. C’est un projet qui est naît en septembre dernier. A deux jours du montage, je me donne la possibilité de l’éprouver dans sa présentation, dans son adresse au public, mais il faut que j’en parle à mon créateur lumières, Sébastien Lefèbvre. Parcelles est un laboratoire et il faut l’avoir en tête lorsque nous le regardons. Il est composé de duos qui permettent de confronter une même proposition. Le duo permet d’avoir une double lecture. C’est une manière de voir aussi pour le danseur et le chorégraphe, que je suis, de voir dans quelle mesure l’autre corps influence ou pas notre parcours et la façon dont on a de dérouler les phrasés chorégraphiques. On a un espace de territoire qui se dessine avec ces trois parcelles. J’ai envie que le spectateur voit le lien entre les 3 facettes d’un même travail.

La création prévue en 2017 s’intitulera D’œil et d’oubli, prolongement des laboratoires de Parcelles, ce qu’il lui permet de retrouver son équipe. Il voit ainsi se construire une relation solide entre eux, entre lui et eux. Un travail de confiance s’installe petit à petit, et ce besoin de construire une équipe solide autour de ses projets lui permet d’être plus serein.

Nans Martin espère avoir la capacité de réinterroger le mouvement avec plus de profondeur à chacune de ses créations, sur la durée. C’est à n’en pas douter, réellement.

Laurent Bourbousson

Notes
*diplômé du CNSMD, il enchaîne avec la formation professionnelle DANCE dirigée par William Forsythe, Angelin Preljocaj, Frédéric Flamand et Wayne Mac Gregor, part en Egypte pour être assistant chorégraphe à à l’Opera House, passe par l’Inde, et reviens à Grasse pour créer une Plateforme Artistique de Recherche Chorégraphique (PARC) qui donne lieu à la naissance de sa compagnie.