Edito

#2016_1

Il n’y a pas d’issue
Ce serait trop facile

Richard-Le-Trois de François Chaffin

Commencer un édito par ces mots ne laisse rien augurer de bon !

François Chaffin (auteur) a écrit ces mots en 2013. J’ai vu cette pièce lors du festival Off d’Avignon de cette même année. Et aujourd’hui, Richard-Le-Trois me revient en force à l’esprit. François Chaffin déconstruit l’image de Richard III pour faire apparaître le monstre ivre de pouvoir, dont le monde est constitué aujourd’hui. Oui, car tout est question de pouvoir dans notre société. Et souvent le pouvoir est accompagné de destruction.

Il est temps d’ouvrir les yeux et de regarder le monde bien en face.

Une fois la constatation faite, que faisons-nous ? C’est au citoyen de se mobiliser, non pas pour partir se faire justice lui-même, mais pour réfléchir en commun à ce que nous désirons, si désir il y a encore, ou bien aspirons, si le tous ensemble aspire encore à quelque chose.
Pour ce faire, il est de temps de prendre toute la mesure du mot citoyen afin de se sortir de cette crise de citoyenneté. Mais cela va appeler à quelques sacrifices.

Se parler, se regarder, échanger, discuter. Voilà des verbes bien spoliés aujourd’hui.

Ceci est très compliqué. Il semble qu’aujourd’hui, le gouffre de la fracture sociale est tel qu’il semble insurmontable, et la parole des anti-, des pro- s’est radicalisée, ce qui ne facilite pas le fameux contrat social dont tout un chacun est signataire. Les crispations, les frustrations, les envies de chacun ont relégué ces verbes simples à mettre en action à de lointaines utopies. Et pourtant, ne serait-ce pas là, le secret de notre avenir, partir d’une utopie pour faire éclore un nouveau projet de société ?

Et si tout devenait réalisable avec le monde de la culture, là même où celui de la politique échoue. La culture n’est pas un gros mot. Elle est synonyme de créativité, de curiosité et peut propulser le verbe fédérer au sein de la société.

Mais ne nous mentons pas, l’année sera compliquée. Les compagnies de théâtre vont voir se redessiner un contour nouveau avec de nouveaux territoires à arpenter (les nouvelles régions) avec de nouvelles directions à la tête des institutions, les nouveaux conseillers régionaux qu’il va falloir aller rencontrer… Elles rencontreront forcément la problématique de la diffusion au sein de leur région d’implantation, ajoutée à celle d’être programmé hors région si l’on n’est pas un metteur en scène bankable
Il y aussi les lieux de de diffusion qui vont devoir faire avec la baisse de subventions, qui se répercutera sur les programmations. Si on ajoute une certaine uniformité dans les propositions faites au public, qui est de plus en plus prégnante, uniformité peu encline à la créativité, à la découverte de nouveaux metteurs en scène, à la diversité des esthétiques.

Tout ceci appelle à tout un chacun d’être alerte, curieux de tout et de s’engager dans un projet collectif.

Collectif, oui. J’ai assisté à la sortie de résidence de la Compagnie Tandaim, en octobre dernier, pour leur projet IN/TWO, à la Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon. Le spectateur prenait place dans une boite qui occupait l’espace public. Face à lui, un comédien qui lui livrait une histoire. Il m’a fait le récit de son histoire ordinaire, celle de croiser un sans domicile fixe tous les jours, sans le regarder, puis un jour, prendre le temps d’échanger, de se parler. Son histoire s’est terminée. Il m’a donné un caillou, entouré d’un papier. Et sur ce papier, était écrit cette phrase, qui pourrait être la morale de l’histoire.
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Partager, découvrir, créer, fédérer, échanger, s’amuser, voici les quelques verbes que je vous souhaite de conjuguer cette année.

Laurent Bourbousson
02-01-2016

Parce que en date du 20 novembre 2015

Apres cette semaine vertigineuse, tout le monde sait que rien ne sera plus comme avant, même si nous continuons à vivre droit, la tête haute, tout en faisant semblant de.

Parce que ça fait mal, les nuits sont plus courtes et la réponse au pourquoi des actes, s’il doit y en avoir une ou plusieurs face à l’irrationnel des ces attentats, ne contentera pas l’humain touché dans son plus profond sentiment de vie. Parce que nous savons aujourd’hui que cela peut se reproduire à nouveau, il est urgent d’interroger le citoyen que nous sommes dans ce monde.

Parce que ça fait mal, et qu’apparemment nous sommes sommes des êtres doués de raison, il est urgent de se mettre face à la complexité de notre monde. Car effectivement, la binarité tant voulue par certain, n’est plus à l’ordre du jour. Il n’est pas question ici de faire un cours de géopolitique, encore moins de partir en guerre afin de débusquer ceux qui ont laisser faire jusqu’ici, ceux qui ont commis ces crimes horribles.

Parce que ça fait mal, le monde, du moins la France ne sera plus comme avant car nous avons tous été atteints par cette vague d’une violence extrême. Les fonctions régaliennes de l’Etat Français ont été mises à mal au plus proche de ce en quoi notre vivre-ensemble repose.
Parce que cela fait mal, il est impensable de regarder sans une certaine nausée cette image prise à l’intérieur du Bataclan qui circulait le surlendemain des attentats sur les réseaux sociaux. L’ère de la communication, à vitesse grand V, ne laisse plus le temps à l’internaute de comprendre, d’analyser, les événements et encore moins à savoir si le partage de telles ou telles informations peut heurter. Tout ceci pour être à l’affût d’un clic ou d’un j’aime.
Parce que ça fait mal, il est indispensable de savoir comment nous voulons vivre. Le comment interroge même alors la complexité du monde politique, du monde social, du monde économique auquel nous prenons part.

Je pense à certains films vus, tel que Wadja, l’histoire de cette petite fille de 12 ans, vivant à Ryiad dans un milieu conservateur, tout en portant jean, baskets et écoutant du rock, avec pour seule envie d’acheter un vélo, moyen de locomotion réservé uniquement aux hommes dans le royaume wahhabite, ou encore aux Chats persans, qui raconte l’histoire de jeunes qui veulent monter un groupe de rock en Iran, où la musique est bannit.
Je pense au formidable concert de Ibrahim Maalouf, programmé début d’octobre à la scène nationale La Garance. Ce fut un moment de partage, d’écoute, durant lequel il a permis à un auditoire d’entendre, de découvrir, sa musique inspirée d’Oum Kalthoum mais aussi, du joueur syrien Samir Homsi.
Et surtout, parce que j’ai mal, je me raccroche au spectacle vivant qui questionne et apporte, par certaines propositions, des réflexions sur notre époque, sur notre vivre-ensemble. Certains textes me reviennent en tête, Froid de Lars Noren, Femme non-rééducable de Stefano Massimi, Afropéennes d’après Blues pour Elise et Femme in the city de Léonora Miano, Discours à la nation de Ascanio Celestini (dont vous pouvez écouter le spectacle ici), La Menzogna de Pippo Delbono, certaines propositions chorégraphiques aussi, telles que Sac au dos de Florent Mahoukou et Andréya Ouamba, ou encore Soit le puits était profond, soit ils tombaient très lentement, car ils eurent le temps de regarder tout autour de Christian Rizzo… la liste pourrait être longue…

Je pense alors aux metteurs en scène, chorégraphes, performeurs, musiciens…, à tous ceux pour qui le verbe créer va prendre automatiquement une autre couleur, un autre goût à partir d’aujourd’hui.
Et aussi, parce que, pour ne plus avoir mal, il va falloir se redresser, cher citoyen, mais se redresser avec justesse, en ne pas cédant à la facilité, mais faire montre que oui, nous sommes des êtres doués de raison, ne pas faire l’amalgame de tout et réfléchir, penser et complexifier le Je que nous sommes dans notre universalité pour continuer à vivre-ensemble.

Alors oui, ceci ne sont que des mots qui me permettront peut-être de mieux dormir demain, de dire qu’il est bon d’écouter encore et toujours de la musique, de sortir, de vivre et de dire fuck (seul mot vulgaire que je me fais plaisir d’écrire) à l’obscurantisme de tous bords.

Laurent Bourbousson

Saison 2

Une année vient de s’écouler, une année à tâtonner, à essayer, à chercher, croire trouver, ce qui s’approcherait le plus de ce que j’avais imaginé en me lançant dans cette folle aventure !

Quand je relis l’édito saison 1, je constate que la passion, ma passion pour le spectacle vivant, est toujours là, intacte. Les passerelles promises, entre les acteurs du spectacle vivant et vous, visiteurs, semblent se tisser au gré des rencontres grâce au média vidéo (un grand merci à Stéphanie et Christian, ils se reconnaîtront).

Depuis la création du blog, les rubriques ont évoluées. On retrouve désormais : l’atelier, les interviews, les rencontres, Vu,lu,entendu, suivi de création, et Festival Off d’Avignon. L’agenda rencontre un vif succès et vous pouvez y apporter vos dates ! Chacune de ces rubriques répond à sa singularité et spécificité, tout en se complétant.

La danse et théâtre se partagent l’ensemble des articles. Deux des arts qui me tiennent à cœur, l’un pour l’avoir pratiqué et écrit sur ; et l’autre, pour y avoir travaillé !

Je serai bientôt rejoint par deux compères pour une nouvelle rubrique.

Bref, Ouvert aux publics semble prendre sa vitesse de croisière !

Laurent Bourbousson

Edito saison 1 

C’est OUVERT !

Tout commence par l’histoire d’une passion, pas une passion éphémère, celle d’un coup de tête, mais plutôt une passion du style «je suis tombé dedans quand j’étais petit», une passion qui vous colle à la peau…

Et s’installe alors, naturellement, l’envie de faire découvrir et de partager cette passion, ma passion : celle du spectacle vivant !

Ensuite, vient le désir fort de créer un lien, une « passerelle » entre ce monde et tout un chacun.

Mais c’est un pari à tenter, celui de vous amener dans une visite guidée et de vous donner envie de découvrir les coulisses et l’envers du décor du monde du spectacle vivant et celui de la culture en général !

Je vous imagine alors, souris à la main, prêt à entrer dans L’ATELIER où, les « mains dans le cambouis », je vous attends pour comprendre comment le monde de la culture fonctionne ; je vous vois prêt à faire la connaissance des ouvriers du spectacle vivant d’ici et d’ailleurs auxquels je tire LE PORTRAIT ; prêt à avoir LE CLIC afin de découvrir et de voir, dans leur intégralité, des spectacles et de se laisser surprendre ; prêt à compléter votre AGENDA des sorties ; et pour finir, prêt A LIRE, un café à la main, des articles et autres papiers de presse, histoire de « faire sérieux ».

Je serai votre phare dans la tempête, votre homme à tout faire, Bob le bricoleur, le Tony Danza de la culture, l’éclaireur… Bref, je serai moi pour vous apporter un regard décalé sur un monde qui peut parfois paraître flou, hermétique, voire incompréhensible.

Et comme le blog est fait pour tous…

il lui fallait un nom simple, qui soit en rapport avec les scènes, théâtres et autres salles dans lesquelles on peut aller voir un spectacle, un concert, écouter une lecture ; un nom qui permette d’entrer et sortir en un tour de souris… Roulements de tambour…. « OUVERTAUXPUBLICS ». Aux publics – au pluriel – car j’ai l’intime conviction que les scènes sont ouvertes à tous, à celles et ceux qui sont à des milles et des milles de tout cela, à celles et ceux qui ont envie de découvrir mais qui n’osent pas, ou qui par manque de temps ou d’habitude ne franchissent pas le cap, mais aussi bien sûr à celles et ceux qui ont déjà l’habitude de fréquenter ces lieux.

On fait le pari ? Alors, suivez-moi et laissez-vous entraîner….

Je déclare ce blog  OUVERT AUX PUBLICS !

Laurent Bourbousson

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Une réflexion au sujet de « Edito »

  1. Cher laurent !
    Bravo ! Ca c’est ce qu’on appelle une sacrément belle découverte ! Enfin un blog intelligent sur le spectacle, un blog qui informe et qui nous apprend… et en prime un blog qui transmet le plaisir et l’envie d’y aller(voir ces spectacles), de rencontrer, de voir et d’écouter…. Un blog qui te ressemble, c’est doux, passionné, bien veillant, humain quoi, et ça fait du bien…enfin de l’humain qui parle de l’humain… on ne pouvait pas trouver meilleure alliance pour parler du spectacle vivant …. »Vivant », grace à toi ce mot accolé au spectacle prend enfin tout son sens : celui des petittes compagnies, celles qui ont des « couilles » qui prennent des risques et qui inventent inlassablement au grès du temps et des subventions et budgets désespérants… , celui enfin de ceux qui créent pour les vivants, les « bons » vivants, les « vrais » vivants …. et ça fait chaud au coeur !…. Merci pour eux, .. merci pour nous !… A tout bientôt !

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