Sur les chemins du #OFF17 : Manon Lepomme, l’humour belge

Manon Lepomme revient à Avignon cet été. Après Je vous fais un dessin ?, un assemblage de textes d’auteurs à l’humour sexy, son nouveau spectacle, Non, je n’irai pas chez le psy lui vaut d’être l’étoile montante de l’humour belge. Une bonne occasion de questionner celle qui vient de recevoir le Coq Wallon du Parlement de Wallonie jeudi dernier sur cet humour si particulier. En préparant le #OFF17, interview.

Vous êtes de retour à Avignon après le succès de Je vous fais un dessin ? Votre nouveau spectacle est-il construit de la même façon ?
Manon Lepomme :
Non, je n’irai pas chez le psy est un spectacle 100% création par rapport au premier. Je l’ai écrit avec Marc Andreini et il est mis en scène par Mathieu Debaty, que des belges !

Qu’est-ce qui vous a poussé à venir vous installer à Avignon cet été ?
Manon Lepomme :
Nous avons commencé à tourner le spectacle en octobre dernier, en Belgique, et le succès et les retours que j’ai eu ont fait que je me suis dit “il ne faut pas hésiter, on va faire le festival d’Avignon”. Je pense que c’est une étape incontournable pour ma carrière. À Avignon, il y a énormément de spectacles, donc énormément de programmateurs et de spectateurs. C’est vraiment un mois de vitrine extraordinaire. Je me réjouis de me confronter au public avignonnais avec mon nouveau spectacle. Je suis très impatiente.

Dans Non, je n’irai pas chez le psy, vous montrez-vous telle que vous êtes dans la vie, quelqu’un de survitaminée ?
Manon Lepomme :
Oui, oui, je suis 100% moi. C’est un spectacle dans lequel je suis très nature, très spontanée, très rentre-dedans. Je suis quelqu’un de très énergique. C’est un spectacle avec beaucoup d’autodérision. Je parle de sujets qui me tiennent à cœur. C’est drôle car c’est un spectacle d’humour, mais il y a des moments plus sensibles et plus touchants qui suscitent des questions. Je pense que c’est ce qui fait l’intérêt de cette création. Le metteur en scène a réussi à me calmer afin de ne pas fatiguer les spectateurs rires. Le spectacle alterne les moments rythmés avec des moments plus calmes.

Vous abordez des sujets sensibles comme la maladie d’Alzheimer de vos grands-parents.
Manon Lepomme :
Ce sujet arrive en fin de spectacle mais dès le début de l’écriture, je tenais à en parler parce que j’ai vu mes grands-parents se dégrader mentalement. Nous sommes de plus en plus nombreux à être confrontés à ces situations, c’est compliqué, ce n’est pas facile à gérer et ça fait mal, mais voilà, il faut essayer de voir tout ceci autrement et d’en rire. Je ne ris pas d’eux mais avec eux et j’amuse mes grands-parents.

Est-ce que dans l’écriture du spectacle, il y a eu des bras de fer avec votre co-auteur pour imposer tel ou tel sujet ? Comment avez-vous travaillé à la construction du texte ?
Manon Lepomme :
Ça, c’est fait facilement. Dans un premier temps, j’ai listé tout ce dont j’avais envie de parler. Ensuite nous avons travaillé les textes à deux. Puis, plus on avançait, plus j’arrivais avec des textes qui étaient plus construits car je comprenais comment fonctionnait l’écriture. Quand nous sommes passés à la mise en scène, avec Mathieu Debaty, on s’est rendu compte que nous avions beaucoup trop de textes. Il a fallu les choisir. Le co-auteur, qui me connaît bien, m’a dit “c’est ton spectacle, c’est toi qui décide”. Le choix s’est fait assez naturellement sous leurs yeux bienveillants.

On vous présente comme l’étoile montante de l’humour belge*. Pouvez-vous nous définir l’humour belge et est-ce qu’il y en a vraiment un ?
Manon Lepomme :
Ça c’est sûr, il y a un humour belge. il se caractérise par beaucoup d’autodérision et le côté no limit. L’autodérision est que l’on se moque de nous-mêmes . Pour le côté no limit, c’est que je suis sans filtre lorsque je réagis à ce qui se passe dans la salle. Le no limit et l’autodérision sont les caractéristiques de l’humour belge que chacun accommode à sa sauce.

J’ai lu que vous aviez fait l’académie d’Amay. Les premiers textes que vous avez joué étaient de Devos. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces textes et quels sont les autres humoristes que vous aimez ?
Manon Lepomme :
Ce qui me parle le plus chez Raymond Devos, c’est la capacité de faire des jeux de mots sans que l’on s’en rende compte, c’est ce jeu avec la langue française de manière magistrale. Il y a des messages sur l’absurdité de la vie et sur certaines situations. J’en suis fan, même si mon humour n’est pas celui-ci.
Les humoristes qui m’inspirent… Il y en a une que j’adore par son côté no limit, j’y vais à fond et j’ai peur de rien, c’est Chantal Ladesou ! Elle est parfois à côté de la plaque et elle me fait beaucoup rire. J’ai eu l’occasion de la rencontrer et de travailler avec elle. C’est une personne humainement incroyable et que je porte très haut en estime. Je suis fan, fan, fan ultra-fan de Fabrice Lucchini pour son côté poète. Je pourrai l’écouter des heures. Pierre Desproges également dans un style différent. Ce sont 3 grandes figures qui comptent pour moi et qui représentent mon éclectisme.

De quel avenir rêvez vous ?
Manon Lepomme :
Quand je réfléchis au futur, j’espère pouvoir continuer à vivre de et à tourner mes spectacles. J’aimerai jouer un peu partout en France. Je ne suis pas quelqu’un de très pressée mais je n’aime pas perdre mon temps. Je sais que tout vient à point à qui sait attendre, que c’est à force de patience et surtout de travail que l’on arrive à des sommets, même si mon année 2016-2017 est assez dingue pour le succès de ce spectacle.

*Depuis 3 ans, Le Parlement de Wallonie récompense des talents et met à l’honneur 15 talents wallons qui relèvent du domaine culturel, artisanal, économique, social et environnemental.
Ce jeudi 29 juin, Manon Lepomme a donc reçu des mains du Président du Parlement de Wallonie André Antoine, le précieux coq wallon, saluant ainsi son esprit d’initiative, d’innovation et d’audace dans la catégorie culturelle.

Laurent Bourbousson

Manon Lepomme, Non, je n’irai pas chez le psy, du 7 au 30 juillet 2017, tous les jours à 17h00 au Théâtre de la Tâche d’Encre (Avignon).

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