Vu dans le OFF 2015 : Noir de boue et d’obus

Chantal Loïal retrace un pan d’histoire encore trop méconnu des manuels scolaires, celui des conscrits français, tirailleurs sénégalais, volontaires des Antilles-Guyane au sein de la première Guerre Mondiale.

Ils sont 4, 4 soldats jetés au milieu du marasme sanglant que représente la Guerre de 1914-1918. Ils rampent, se cachent, marchent en rythme. Ces 4 soldats nous livrent leur histoire intime. Histoires de camps, histoires de tranchées, pour une rencontre des cultures qui a pu, qui a peut-être, ou bien qui n’a pas existé.
Une fois dépassée l’idée de l’hommage peut rendre Noir de boue et d’obus à ces hommes, il faut bien prendre en compte tous les contours et enjeux de l’arrachement de ces hommes à leurs terres, pour servir les besoins de l’hexagone.
Leurs patries, quelle soit antillaise, guadeloupéenne ou encore d’Afrique du sud, colonies françaises, ont été un vivier de richesses et de mains d’œuvres (si l’on peut employer ce mot dans ce cas précis) pour combattre l’ennemi dont il n’était pas menacé directement.

NOIR DE BOUE ET D'OBUS, photo by Patrick Berger

NOIR DE BOUE ET D’OBUS, photo by Patrick Berger

C’est de façon brutale que tout se passe. Le froid, la faim, l’isolement, l’abnégation de l’autre (on parle le Moyadi) et la folie font parti du quotidien de ces soldats. Ceci n’est pas de tirer à boulets rouges sur l’état-major de l’époque que de souligner ceci, mais juste de dire, de montrer, de regarder en face la réalité. Oui, ces hommes ont été arrachés à leurs terres, oui, ces hommes ont combattus pour la France, oui, il est temps de se les rappeler à notre mémoire.
Les rares moments de joie vécus dans les tranchées sont la réception d’un courrier, les denrées, les danses, les chants, que l’on se partage pour faire vivre son chez-soi chez l’autre, comme une ouverture vers le monde et montrer l’absurdité de toute guerre.

Chantal Loïal fait ce travail de mémoire autour des cultures d’Outre-Mer, oubliées de notre hexagone, et ravive le vivre-ensemble qui nous échappe. Le public ne peut que vous en remercier.

Noir de boue et d’obus, ts les jours, à 14h30, au Théâtre Golovine.

Laurent Bourbousson

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Vu dans le OFF 2015 : 3949 veuillez patienter…

Retour sur un spectacle total, à la croisée du théâtre, de la danse, du récit, de l’art vidéo, le tout porté par un seul interprète : Alexandre Blondel.

3949 veuillez patienter... ©Sébastien Gaudronneau

3949 veuillez patienter… ©Sébastien Gaudronneau

Alexandre Blondel donne corps à ce personnage créé par l’auteur Christian Caro. Le public suit, pendant une heure, le parcours de celui qui devient l’employé modèle de cette agence pôle emploi, dans laquelle il a été recruté pour devenir homme de ménage.
De son entretien d’embauche, de ses premiers jours au travail, de la vie en groupe, du travail d’équipe, tout est montré dans cette agence, dont le décor appelle la vidéo comme support. Il observe, nettoie, scrute, nettoie, parle à ses collègues, nettoie, devient le confident, nettoie.

Sa danse des premiers jours de travail, au sein de cette administration du Service Public, appelle à l’aliénation. Aliénation aux mouvements, aliénation de l’être à effectuer une tache répétitive. Heureux d’avoir ce travail, il s’emploie à effectuer ses taches méticuleusement, jusqu’à l’épuisement. Qui ne s’est pas endormi dans son bain, après une journée de travail harassante, pour se réveiller dans une eau glacée, ou bien, qui ne s’est pas plongé les oreilles sous l’eau, pour s’extraire du monde ambiant pour mieux se retrouver ? Cette image du visage projeté sur le fond de scène, avec son regard fixe, happe le public et nous nous retrouvons acquis à sa cause. Judicieux moment qui agit comme une catharsis. Nous ne ferons plus machine arrière et l’on va suivre notre homme dans son quotidien avec empathie, malheureusement pour nous.

L’utilisation de la vidéo permet la multiplication des points de vue et procure la sensation de vertige dans lequel le personnage se précipite. Le récit énoncé tout au long de la proposition ainsi que le monologue de notre homme à tout faire font de 3949, un témoignage vivant des mœurs et coutumes au sein d’une agence pôle emploi.
Le manichéisme du marché de l’emploi (beaucoup d’offres pour autant voir plus de demandeurs) et celui du traitement des dossiers (formidable zone de confidentialité qui sert de confessionnal) projettent une vision claire et sincère de l’incapacité de cette administration à la gestion humaine.
Cela est sans compter sur notre « super-héros du nettoyage » ou alors notre Robin des bois de l’administration qui va s’immiscer dans les méandres de l’administration.

Dévoiler la descente, de cet employé, dans la matrice de Pôle emploi serait gâcher cette performance qui tire du côté du thriller psychologique. L’emploi de ce terme, emprunté au genre cinématographique, semble être le meilleur compliment que l’on puisse faire à cette proposition réussie et aboutie de la compagnie Carna, qui étonne par la maîtrise parfaite de toutes disciplines empruntées au spectacle vivant, à l’art vidéo et cinématographique.

3949 veuillez patienter de la compagnie Carna, jusqu’au 21 juillet 2015, à 18h30. Théâtre Golovine.
Retourvez le boudoir du Off d’Alexandre Blondel, ici
Laurent Bourbousson

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Boudoir du Off #8 : Alexandre Blondel

3949 veuillez patienter… de la compagnie Carna est à la croisée de différentes disciplines, dépassant le cadre du théâtre-danse. Rencontre avec Alexandre Blondel pour parler de cette proposition qui est, à la fois, surprenante et très aboutie.

00:03 : L’origine du projet 3949 et son origine
03:05 : L’écriture chorégraphique
05:18 : La scénographie
06:05 : Le parcours d’Alexandre Blondel
07:58 : Le futur projet

Interview enregistré au Théâtre Golovine
Laurent Bourbousson

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