Impressions#4 : Les Idiots

Les Idiots. Festival d’Avignon. Cour du Lycée Saint Joseph.

Il y a sur scène des hommes et des femmes différents indisciplinés qui jouent aux Idiots ou qu’ils le sont. Il y a un point de départ : Le film de Lars von Trier.
Confusion des genres. Ils agissent en dehors et dans une société délimitée par des rouleaux de Scotch que les comédiens collent sur le sol. Qui jouent quoi, jeu de rôles multiples. Disciplinés ou révoltés sous les dogmes que l’on peut lire sur des écrans posés de part et d’autre de la scène avant que le spectacle ne commence. Chacun devra révéler en public sa vraie nature, en fait, ce qu’il est vraiment.
Un bordel sur scène avec, en direct, les coulisses. ..ils se déshabillent, s’habillent , fument ou se démaquillent.
Ils jouent à faire l’idiot pour dénoncer. Dénoncer Poutine, la politique, les agissements.
Être ou ne pas être son propre idiot ou le miroir de l’autre. ..Tutu, turlututu, chapeau pointu au son du Lac des Cygnes.

Dessin de Francis Braun

Dessin de Francis Braun

Dire que le Russe peut être un autre, peut être différent avant d’être jugé par le Tribunal.
C’est à la fois criant de vérité et une formidable mascarade débridée.
Constat sociologique et utopique. Les comédiens s’acharnent jusqu’à la limite de leur identité.
C’est un grand bordel où la dérision violente la réalité., mais soudain, à la fin, de vrais trisomiques montent sur scène, tous de TUTUS vêtus .. Une grande claque dans la gueule..et la réalité ne dépasse plus la fiction. On est dans le vrai et c’est terrible. L’utopie devient tangible. Tout est vrai. Ils ne sont plus Idiots. Ils deviennent. Ils sont.

Francis Braun

Les Idiots ©Francis Braun

Les Idiots ©Francis Braun

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Impressions#1 : Krystian Lupa

©wycinka_crdl

©wycinka_crdl

Pendant la représentation de WYCINKA HOLZFÄLLEN, à La Fabrica, j’ai noté ce que Krystian Lupa a dit. Il a dit que l’écrivain « Sarah Kane est morte ».
Triste constat pour le Théâtre. Triste constat que d’apprendre un suicide/échec/catastrophe d’un dramaturge. Le Théâtre est en deuil.
On apprend aussi que Joana s’est suicidée. Celle, qui au début de la pièce, est interviewée et donne des leçons de grande humilité. Savoir marcher, c’est ce qu’elle essaie d’apprendre… apprendre aux autres à marcher. Marcher pour suivre son enterrement peut-être et marcher pour se suicider aussi.
Je pensais à Patrice Chéreau.
J’ai associé Kristian Lupa à Patrice Chéreau et son film Ceux qui m’aiment prendront le train.
Kristian Lup, même s’il est au premier étage en chef d’orchestre (bonjour Tandeuz Kantor (souvenir) lorsque de noir vêtu sur scène il accompagnait ses artistes) dirige ses comédiens comme un cinéaste intrusif. Il est dedans, dans, devant et derrière eux, comme une caméra pernicieuse. Il les filme de l’extérieur vers leur intérieur, comme si leur propre miroir allait se briser sur le miroir de l’autre.
Leurs échanges sont aussi polis qu’ils sont violents. On peut parler à un sourd, mais on ne peut pas parler à quelqu’un qui se bouche les oreilles
La violence de leurs échanges au son du Boléro de Ravel…
On pense à Hanna Schygulla, à Fassbinder, à Fanny Ardant, Chéreau toujours, à Mariennbad, à Warlikowski, au train de Katie Mitchell…
Kristian Lupa en est LEUR MAÎTRE. C’est un immense.
C’est une intrusion dans le monde du Théâtre, dans un microcosme intellectuel, comme dans une confrérie, dans un salon d’échanges. C’est une infiltration scanner, une transfusion de rancoeurs. C’est une déchirure de communication, c’est l’envie de détestation, c’est la rancoeur et la jalousie, ce sont les regrets et l’amertume…
C’est un chef d’oeuvre. Et puis, la Ville en fond de décor, parfois ces arbres… c’est aussi Tchekov et la forêt, c’est tellement de beauté, de suspensions, ce sont 4h30 qui pourraient ne pas finir…

Francis Braun

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