Vu dans le OFF 2015 : Hansel et Gretel, Chienne de vie, King du Ring, Pirogue

La Plateforme-Spectacles by Surikat prod est présente au Festival Off d’Avignon avec 4 spectacles. Tour d’horizon des compagnies émergentes défendues par Damien Baillet.

Hansel et Gretel (ou pourquoi j’ai arrêté de manger des enfants.). Compagnie La Grande Horloge

©SupaKriss

©SupaKriss


Ce spectacle est le premier One-Woman Show du genre pour enfants auquel on peut assister. Fani Carenco manie le style avec aisance. Elle est la sorcière du conte Hansel et Gretel et nous raconte l’histoire vue et réécrite par celle qu’elle incarne, la sorcière. Elle s’est certainement amusé à revisiter cette histoire car cela donne des répliques truculentes et des rencontres improbables (celle, notamment, lorsque Hansel échange des conseils avec le petit de la famille Poucet). Elle dévoile même le vrai prénom des enfants (l’allusion sur le fait de préserver leur anonymat est formidable).
La réussite de ce Hansel et Gretel tient en l’écriture de Fani Carenco qui place le conte au XXIe siècle, à ce que son public, jeune et moins jeune, rient et s’amusent, et surtout à son jeu de sorcière déchue, une réelle réussite pour conclure.

Chienne de vie/Life is a bitch. Collectif Le Bleu d’Armand

©Carla Neff

©Carla Neff


Le Collectif Le Bleu d’Armand s’amuse avec les dérives de la violence quotidienne, celles qui s’insinuent dans les dires, dans les agissements, sans que l’on s’en rende vraiment compte. On pourrait dire juste ceci, mais il y a autre chose dans cette proposition qui provoque bien des malaises au sein du public.
Les 4 comédiens du Collectif portent cette comédie acide et manient l’art du funambule, à savoir être toujours sur le fil. Ils démontrent à quel point les violences, quelles soient d’ordre verbale ou physique, sont partout et deviennent omniprésentes. On fini par croire qu’être doué de méchanceté est une qualité intrinsèque à notre société.
Anna Pabst (le bouc-émissaire de la représentation à laquelle j’ai assisté – en début de spectacle, une personne du public tire au sort un nom (on remarquera ici qu’involontairement une personne neutre devient complice de ce qui va se passer sur le plateau)), Nolwenn Doth, Zoé Agez-Lohr et Julien Perrier forment ce quartet qui n’a pas froid aux yeux et aux oreilles. Ils vont démonter, à travers différents tableaux, tous les mécanismes qui font de notre société, une société individualiste qui conduit à tous les excès.
Entendre rire le public sur certaines blagues fait froid dans le dos et d’espérer que tout ceci n’est pas pris pour argent comptant, car nos 4 amis jouent pour montrer le côté obscur de nos âmes.

King du ring. Cie Corps de Passage

©Estelle Monnier

©Estelle Monnier


Majestueuse Adeline Walter pour ce monologue écrit par Rémi Checchetto et mis en scène par Alexia Vidal. King du Ring traite de l’Amérique de Muhammad Ali, de ses combats contre son pays, de ce qu’il est devenu (à savoir ce monstre sacré de la boxe), de sa propre reconnaissance, de ses colères.
Adeline Walter nous fait oublier sa corpulence fluette et incarne Muhammad Ali avec rage et force, celles identiques que le boxeur a pu connaître sur un ring. C’est un véritable match de boxe qu’elle entreprend durant 1h30. Elle égraine les années de la vie de ce champion de boxe. Elle fait croiser l’histoire des victoires du boxeur avec l’histoire des Etats-Unis, celle de l’apartheid, de la guerre du Vietnam, de la période trouble, avec notamment l’assassinat de Martin Luther King…
Les rounds défilent, elle est toujours droite sur son ring, tire sur le fil d’une vie jusqu’à incarner l’image du héros rattrapé par la maladie de Parkinson. La vidéo donne du souffle au propos, une vision interne de son état d’Homme.
Le texte est riche, voir, par certains endroits, un peu trop ce qui fait que l’écoute est moins attentive à certains moments. Il serait peut-être utile de resserrer le tout car ce King du Ring est un bijou.

Pirogue. Collectif Le Bleu d’Armand

©Anne Julien

©Anne Julien


Le Collectif Bleu d’Armand présente Pirogue, une fable autour de la fracture masculin/féminin. Les imaginer descendre le Niger et ne faire cas que de leur petites préoccupations, à savoir : est-ce que les hommes peuvent vivre sans les femmes ?, que peuvent faire les femmes pour faire enrager les hommes ? et autres questionnements futiles, montrent à quel point les occidentaux sont auto-centrés sur des questions récurrentes que nous ne sommes pas prêts à évacuer.
Cette fable est une invitation au voyage qui peut vous faire voyager ou vous laisser sur la rive du Niger. Que vous soyez d’un côté ou de l’autre, vous verrez des occidentaux sur une pirogue et vous rirez d’eux, et un peu de vous.

Hansel et Gretel (ou pourquoi j’ai arrêté de manger des enfants.). Compagnie La Grande Horloge. Théâtre l’Alibi. Jusqu’au 26 juillet à 11h15
Chienne de vie/Life is a bitch. Collectif Le Bleu d’Armand. Théâtre des Carmes. Jusqu’au 26 juillet à 12h00
King du ring. Cie Corps de Passage. Artéphile. Jusqu’au 26 juillet à 17h15
Pirogue. Collectif Le Bleu d’Armand. Théâtre de la Rotonde. Jusqu’au 26 juillet à 18h00

Laurent Bourbousson

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Vu dans le OFF2015 : MU – Saisons 1 et 2 – Marinette Dozeville

Vu à la Condition des soies durant le #OFF15, Mu – Saisons 1 et 2 de Marinette Dozeville est à découvrir à La Caserne des Pompiers durant le #OFF16. Attention danseuse talentueuse.

MU – Saison 1 / La Femme manteau

MU-Saison1 ©Alain Julien

MU-Saison1 ©Alain Julien

Cachée sous un manteau de fourrure, Marinette Dozeville est la chose. Elle se mouve, éclairée par un faible rai de lumière. La lenteur, dans l’exécution de ses gestes, engourdit la perception. Les poils du manteau se hérissent, un à un, appelant à la fantasmagorie.
Capter à ce point le regard et l’attention sont assez rares dans un monde qui ne demande qu’à aller encore plus vite. Et si pour une fois, nous étions stopper dans notre course et convier à revisiter des images de notre inconscient collectif, afin de nous muer, à notre tour, en des créatures hybrides.
C’est le pari que fait Marinette Dozeville à travers sa danse. On pense effectivement à la mutation génétique, aux images des dessins animés des Studios Ghibli, à Nijinski aussi. Tout ceci paraît sans fil conducteur et pourtant. L’écriture chorégraphique est savante. De son manteau-carapace, elle devient cette danseuse qui expérimente, joue, avec les possibilités que le manteau offre. Une seconde peau pour mieux se cacher ou réapparaître au gré du temps. Elle convoque les images de la danse et invente son langage.
Son solo se termine comme il a commencé, au sol, sous son manteau-carapace. Elle revient à la terre, lieu de toutes les naissances et de toutes les morts.

Mu – Saison 2 / Vénus Anatomique

Mu, saison 2 ©Alain Julien

Mu, saison 2 ©Alain Julien

Nue mais habillée par un mapping vidéo, elle revisite les Vénus anatomiques de Clemente Susini du Musée d’histoire naturelle de Florence.
Marinette Dozeville nous raconte leurs histoires personnelles, leurs beautés, leurs forces, leurs luttes. Les images projetées sur son corps et les rapides coups de stroboscope font passer du réel au rêve. Un rire éclate, raconte la folie du monde. Et sa danse se dévoile. Elle se jette à corps perdu dans ces Vénus, elle les représente toutes.
Bestiale, féroce, sa danse est tout cela. Une véritable fureur l’anime, celle de vivre, de faire exploser les interdits.

Marinette Dozeville dévoile son talent à travers ces deux soli organiques. Une danse qui cherche au plus profond de ses racines pour mieux expier les fautes humaines.

Mu – Saison 1 & 2, jusqu’au 25 juillet, à 10h, à la Condition des soies.

Laurent Bourbousson

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Boudoir du Off#12 : Vincent Franchi

Le metteur en scène, Vincent Franchi, lève le voile sur sa dernière création, Femme non-rééducable [mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa], présentée au festival Off 2015 (Avignon) au Théâtre du Balcon.
C’est l’un des spectacles qui faudra avoir vu avant dimanche soir.

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#1 : La rencontre avec le texte – Les comédiens

#2 : La scénographie

#3 : La définition du mot journaliste

Interview enregistré le jeudi 23 juillet, dans le hall du Théâtre du Balcon.

Femme non-rééducable [mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa], ts les jours à 14h00, au Théâtre du Balcon.

Laurent Bourbousson

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Vu dans le Off 2015 : Gros

Il y a des rencontres qui marquent. Francky Corcoy fait partie de celles-ci. Il était d’une très belle présence dans le spectacle Le Boxeur, il est lumineux dans GROS.

GROS raconte l’histoire de notre société, celle qui met en marge toute personne qui ne rentrerait pas dans des cadres pré-établis. Pré-établis par qui ? Par les diktats du bien-être, de la mode et de l’uniformisation, certainement. Et Francky Corcoy se bat avec ce cadre bien trop étroit pour que l’universalité y trouve sa place.
Il se bat donc, avec sa gestuelle hip-hop, contre lui et contre la société.
Contre lui car il faut bien s’accepter tel que l’on est (ou naît !), tel que l’on devient. Comment se faire accepter des autres lorsque l’on ne s’accepte pas soi ? Francky Corcoy se joue de son ventre avec une sincérité désarmante. Il nous montre son corps, cette enveloppe charnelle qui fait de lui ce danseur. Tout commence par l’apprentissage de ses contours, semble-t-il nous induire. Et, il a bien raison.

GROS - ©Ghostographic

GROS – ©Ghostographic

D’un coup d’un seul, le regard du public se modifie. Ceux qui riaient en début de proposition, prennent conscience de ce qui se joue sur le plateau : accepter l’autre, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit maigre, beau, laid, gros, handicapé, etc.., l’autre est tout autant humain que soi.
L’apport de la vidéo permet de mettre des images sur l’intérieur d’un corps qui demande à se nourrir et sur les fameuses cases dans lesquelles les gens sont classifiés (genre, poids, taille, sexualité, culture…). Francky Corcoy se retrouve assailli des mots qui reviennent sans cesse dans son esprit car entendu par la société. Une pression de l’extérieur est certaine, et sans nul doute, nous participons à celle-ci.
C’est avec beaucoup d’humour, qu’il se montre en pleine lumière, comme étonnée de ce qu’il vient de réaliser : danser comme John Travolta sous une boule à facettes. Le voir danser en pleine lumière lui rend justice. Il est lumineux, radieux et sa beauté est bien réelle.

GROS ne donne aucune leçon, si ce n’est celle de faire un travail sur notre perception de l’autre, celui que nous croisons tous les jours, à savoir notre semblable.

Gros, ts les jours jusqu’au 26 juillet, à 16h20, Théâtre du centre.

Laurent Bourbousson

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Vu dans le OFF 2015 : Noir de boue et d’obus

Chantal Loïal retrace un pan d’histoire encore trop méconnu des manuels scolaires, celui des conscrits français, tirailleurs sénégalais, volontaires des Antilles-Guyane au sein de la première Guerre Mondiale.

Ils sont 4, 4 soldats jetés au milieu du marasme sanglant que représente la Guerre de 1914-1918. Ils rampent, se cachent, marchent en rythme. Ces 4 soldats nous livrent leur histoire intime. Histoires de camps, histoires de tranchées, pour une rencontre des cultures qui a pu, qui a peut-être, ou bien qui n’a pas existé.
Une fois dépassée l’idée de l’hommage peut rendre Noir de boue et d’obus à ces hommes, il faut bien prendre en compte tous les contours et enjeux de l’arrachement de ces hommes à leurs terres, pour servir les besoins de l’hexagone.
Leurs patries, quelle soit antillaise, guadeloupéenne ou encore d’Afrique du sud, colonies françaises, ont été un vivier de richesses et de mains d’œuvres (si l’on peut employer ce mot dans ce cas précis) pour combattre l’ennemi dont il n’était pas menacé directement.

NOIR DE BOUE ET D'OBUS, photo by Patrick Berger

NOIR DE BOUE ET D’OBUS, photo by Patrick Berger

C’est de façon brutale que tout se passe. Le froid, la faim, l’isolement, l’abnégation de l’autre (on parle le Moyadi) et la folie font parti du quotidien de ces soldats. Ceci n’est pas de tirer à boulets rouges sur l’état-major de l’époque que de souligner ceci, mais juste de dire, de montrer, de regarder en face la réalité. Oui, ces hommes ont été arrachés à leurs terres, oui, ces hommes ont combattus pour la France, oui, il est temps de se les rappeler à notre mémoire.
Les rares moments de joie vécus dans les tranchées sont la réception d’un courrier, les denrées, les danses, les chants, que l’on se partage pour faire vivre son chez-soi chez l’autre, comme une ouverture vers le monde et montrer l’absurdité de toute guerre.

Chantal Loïal fait ce travail de mémoire autour des cultures d’Outre-Mer, oubliées de notre hexagone, et ravive le vivre-ensemble qui nous échappe. Le public ne peut que vous en remercier.

Noir de boue et d’obus, ts les jours, à 14h30, au Théâtre Golovine.

Laurent Bourbousson

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Vu dans le OFF 2015 : 3949 veuillez patienter…

Retour sur un spectacle total, à la croisée du théâtre, de la danse, du récit, de l’art vidéo, le tout porté par un seul interprète : Alexandre Blondel.

3949 veuillez patienter... ©Sébastien Gaudronneau

3949 veuillez patienter… ©Sébastien Gaudronneau

Alexandre Blondel donne corps à ce personnage créé par l’auteur Christian Caro. Le public suit, pendant une heure, le parcours de celui qui devient l’employé modèle de cette agence pôle emploi, dans laquelle il a été recruté pour devenir homme de ménage.
De son entretien d’embauche, de ses premiers jours au travail, de la vie en groupe, du travail d’équipe, tout est montré dans cette agence, dont le décor appelle la vidéo comme support. Il observe, nettoie, scrute, nettoie, parle à ses collègues, nettoie, devient le confident, nettoie.

Sa danse des premiers jours de travail, au sein de cette administration du Service Public, appelle à l’aliénation. Aliénation aux mouvements, aliénation de l’être à effectuer une tache répétitive. Heureux d’avoir ce travail, il s’emploie à effectuer ses taches méticuleusement, jusqu’à l’épuisement. Qui ne s’est pas endormi dans son bain, après une journée de travail harassante, pour se réveiller dans une eau glacée, ou bien, qui ne s’est pas plongé les oreilles sous l’eau, pour s’extraire du monde ambiant pour mieux se retrouver ? Cette image du visage projeté sur le fond de scène, avec son regard fixe, happe le public et nous nous retrouvons acquis à sa cause. Judicieux moment qui agit comme une catharsis. Nous ne ferons plus machine arrière et l’on va suivre notre homme dans son quotidien avec empathie, malheureusement pour nous.

L’utilisation de la vidéo permet la multiplication des points de vue et procure la sensation de vertige dans lequel le personnage se précipite. Le récit énoncé tout au long de la proposition ainsi que le monologue de notre homme à tout faire font de 3949, un témoignage vivant des mœurs et coutumes au sein d’une agence pôle emploi.
Le manichéisme du marché de l’emploi (beaucoup d’offres pour autant voir plus de demandeurs) et celui du traitement des dossiers (formidable zone de confidentialité qui sert de confessionnal) projettent une vision claire et sincère de l’incapacité de cette administration à la gestion humaine.
Cela est sans compter sur notre « super-héros du nettoyage » ou alors notre Robin des bois de l’administration qui va s’immiscer dans les méandres de l’administration.

Dévoiler la descente, de cet employé, dans la matrice de Pôle emploi serait gâcher cette performance qui tire du côté du thriller psychologique. L’emploi de ce terme, emprunté au genre cinématographique, semble être le meilleur compliment que l’on puisse faire à cette proposition réussie et aboutie de la compagnie Carna, qui étonne par la maîtrise parfaite de toutes disciplines empruntées au spectacle vivant, à l’art vidéo et cinématographique.

3949 veuillez patienter de la compagnie Carna, jusqu’au 21 juillet 2015, à 18h30. Théâtre Golovine.
Retourvez le boudoir du Off d’Alexandre Blondel, ici
Laurent Bourbousson

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Boudoir du Off#11 : Collectif 8

Gaële Boghossian et Paulo Correia, du Collectif 8, présentent au Théâtre du Chêne Noir, Alice de Lewis Carroll, une adaptation de l’univers de l’auteur au plus près de son esprit. Rencontre.

00:03 : Alice. L’adaptation
02:35 : La création vidéo
05:51 : La création des masques
08:29 : La création musicale
10:08 : Le choix des textes chantés

Interview enregistré au Théâtre du Chêne Noir, le samedi 18 juillet.
Laurent Bourbousson

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Boudoir du Off#10 : Michel Kelemenis

Rencontre avec Michel Kelemenis à l’occasion de la venue de sa compagnie pour My Way, programmé au Festival Contre-courant, dans le cadre des tournées CCAS. Il a une double casquette depuis la création de Klap-Maison pour la danse, chorégraphe, d’une part, et directeur, d’autre part.
Discussion autour de l’importance des tournées CCAS pour le spectacle vivant et autour de son retour dans les salles avec la création de La Barbe Bleue, en octobre prochain.

00:03 : My Way – La tournée
03:02 : My Way – L’histoire
06:30 : Klap Maison pour la danse
09:53 : Michel Kelemenis, le chorégraphe

Tournée My Way : du 29 juillet au 6 août
Création de La Barbe Bleue : 13 et 14 novembre – GTP Aix-en-Provence, à retrouver les 19 et 20 janvier 2016 au Merlan – Marseille.

Interview enregistré le vendredi 10 juillet 2015
Laurent Bourbousson

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Vu dans le OFF 2015 : Le Poisson combattant de F. Melquiot

Robert Bouvier descend des gradins. Il entre dans son cube blanc, lieu de la représentation. Il prend possession de cet espace, le transforme au gré des mots de Fabrice Melquiot. Le poisson combattant décrit les états, les questionnements et les errances après une séparation.

Il décide de tout lui laisser à elle. Parce que sa fille. Il lui laisse la maison, mais ne supporte pas sa main compatissante qui se pose sur son épaule comme pour lui signifier qu’il lui faut du courage.
Du courage de partir, alors qu’ils ne s’aimaient plus, mais ils auraient pu faire semblant pour la petite.
La petite, le dernier soir, lui dire au revoir. Lui expliquer. Rien ne lui dire. Regarder le poisson combattant. Son poisson qui nage à l’horizontal. Puis le matin au réveil, le retrouver sur le sol. La maison dort. Prendre ses affaires, prendre le poisson pour ne pas faire souffrir la petite de cette absence et partir.
De la maison familiale, à la chambre d’hôtel, en passant par la maison de sa mère, on suit cet homme dans son périple, celui qui l’amène jusqu’à trouver le bon endroit pour l’enterrement du poisson combattant, qui n’a pas survécu à la séparation des parents.

Le poisson combattant

Le poisson combattant

Dans une mise en scène qui place le comédien au centre du dispositif, Fabrice Melquiot illumine le talent de Robert Bouvier qui porte l’histoire de cet homme déchu par sa femme. Déchu de son rôle d’amant, déchu de son rôle de père, déchu de sa vie.
Vers quoi alors s’achemine le corps aimant si ce n’est vers la rupture ? L’idée qu’un corps amoureux soit un terroriste des corps laisse envisager une réponse à notre homme qui recherche dans sa solitude, une ligne de vie.
Afin de trouver des éléments de réponse, il convoque l’adolescent et le petit enfant qu’il a été. L’utilisation de la vidéo, qui peut devenir envahissante, illustre la profusion de mots qui pose la question existentielle qui l’anime : qu’est-ce que vivre en somme ?, et permet, cependant, une ouverture pour mieux avancer vers l’horizon. Mais se pose la question de son utilisation quasi permanente.

Robert Bouvier traverse les différents états qui animent ce personnage d’un bout à l’autre de la pièce. Il incarne à merveille l’image du comédien. Que ce doit être jubilatoire pour lui que de nous raconter la vie de cet homme pour redevenir, en fin de pièce, Robert Bouvier, comédien de son état.

Le Poisson combattant de Fabrice Melquiot. Ts les jours au Girasole, à 19h15.

Laurent Bourbousson

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Boudoir du Off #8 : Alexandre Blondel

3949 veuillez patienter… de la compagnie Carna est à la croisée de différentes disciplines, dépassant le cadre du théâtre-danse. Rencontre avec Alexandre Blondel pour parler de cette proposition qui est, à la fois, surprenante et très aboutie.

00:03 : L’origine du projet 3949 et son origine
03:05 : L’écriture chorégraphique
05:18 : La scénographie
06:05 : Le parcours d’Alexandre Blondel
07:58 : Le futur projet

Interview enregistré au Théâtre Golovine
Laurent Bourbousson

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