Numéro 1 : VOYAGE AVEC PATRICK SERVIUS

Le Numéro 1 de LA REVUE, OUVERT AUX PUBLICS est sorti. Avec Patrick Servius, Doog Mc’Hell, Rita Cioffi, Soldièse, Isabelle Martin-Bridot, Sébastien Ly et les rubriques de Delphine Michelangeli, de Francis Braun et de Bernard Gaurier

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Vu : Habiter la frontière, la tectonique des plaques émotionnelles

Patricia Guannel (Cie Le rêve de la soie) a présenté, à Klap-Maison pour la danse (Marseille), sa première création. Habiter la frontière questionne la complexité de l’existence humaine. Critique. Lire la suite

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Habiter la frontière #2

Patricia Guannel a présenté, à Klap Maison pour la danse fin juillet, la sortie de résidence de sa première création Habiter la frontière. Présentée à un public restreint, composé d’intimes et d’amis, sa création prendra son envol à l’occasion de Question de danse, les 19 et 20 octobre prochains, à Klap. Retour sur les mois passés, entre questionnements et la complexité de l’écriture chorégraphique.

Nous nous étions vus en février dernier. Patricia mettait les mouvements sur sa création en devenir. Elle se révélait en tant que chorégraphe d’une proposition du sensible.
De l’eau à couler sous les ponts depuis et nous voila en juin, à l’heure où elle va pénétrer, à nouveau, dans la boîte noire de Klap pour la finalisation de son travail. Tout ce temps passé lui a permis de collecter les retours, de se questionner sur cet objet chorégraphique, de déplacer ses interrogations au sein même de son travail.

De par ses mots, elle montre à quel point il est complexe de passer de l’idée à l’écriture. Elle a visionné sa sortie de résidence un petit temps après, lorsque les conseils et autres retours se taris. C’est à ce moment que la question de « qu’est-ce que je propose au public ? » s’est imposée de façon abrupte. « La vidéo m’a totalement déprimée, se remémore-t-elle. Je me suis dit que je n’avais pas réussi à aller là où je voulais emmener le public ».
Si le travail de la pensée philosophique autour de la notion de frontière est aboutie, il reste cependant à poser les mouvements, les images, sur ce qui restera imprimer sur la rétine du spectateur. « Le corps doit entrer dans la proposition, dit-elle » et son regard se perd dans sa pensée. Les mots ont du mal à laisser percevoir le mouvement. Mais elle ne s’inquiète pas pour autant car elle dispose d’un mois pour tout retravailler.

Patricia a cette lucidité et cette force de retraverser ce qu’elle a construit. Sa pensée devient une dynamique essentielle à sa proposition. Cela permet de mettre le spectateur dans l’état de celui d’accepter ce qui lui est proposé. Pour ce faire, elle travaille sur la danse (son écriture) de chaque moment. Elle questionne son attente pour mieux y répondre en mouvement. Elle pense aussi à réinjecter dans l’espace de danse des éléments, éléments qui pourrait être les frontières que chacun peut traverser.

Si Habiter la frontière est un solo, le travail effectué autour de la lumière, lui donne le statut d’interprète. Ceci complexifie le travail d’écriture chorégraphique tout en le façonnant. Et c’est effectivement un travail d’écoute, de tentatives et de confiance qui s’établit entre elle et Paolo Cafiero. Il traduit la pensée et les attentes de Patricia, avec l’aide de Patrick Servius (chorégraphe de la compagnie le Rêve de la Soie), et l’habille de ses lumières dont lui seul à le secret. Ici aussi, le travail est méticuleux et sensible.

Tout au long du processus, et jusqu’à la date de la création, Patrick Servius posera un regard extérieur sur la création. Il n’influencera pas et tentera seulement de lui renvoyer ce qu’il voit, ce qui se joue sur le plateau pour lui, sans jugement. Il sera le public, ce public susceptible de recevoir une proposition chorégraphique.

Ce qui est sûr aujourd’hui, est que Patricia Guannel inscrit sa démarche dans ce qui l’affecte et l’atteint. Elle réalise avec sa première écriture chorégraphique ce qui paraissait, peut-être difficile à cerner dans son dialogue, à enfanter l’Être.
Lors de sa présentation de sortie de résidence, l’intime présenté s’est mue en un discours universel. Bien que certains éléments scéniques étaient absents, le public vivait une expérience du sensible le mettant face à lui-même, le tout dans une danse énergique caractérisant la personnalité de Patricia Guannel, la chorégraphe. Habiter la frontière scanne les individus, sonde les interstices dans lesquels on peut se cacher, jusqu’à un certain point, mais cela sera à découvrir en octobre.

Après les mots, les images. Retour sur le processus de création par Patrick Servius.

Sortie de résidence, le 24 juillet 2015.
Création les 19 et 20 octobre 2015 , à Klap Maison pour la danse, dans le cadre de « Question de danse ».

Laurent Bourbousson

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Habiter la frontière #1

C’est durant le festival d’Avignon 2014 que Patrick Servius, chorégraphe et directeur de la compagnie Le Rêve de la Soie, m’a parlé du projet Rhizome, projet d’envergure pour la compagnie puisqu’il naît en 2015 pour se poursuivre en 2016.
Rhizome sera composé de 2 mouvements : Habiter la frontière de Patricia Guannel et 3 rives de Patrick Servius. Suivre cette création a été alors une évidence car elle appelle à ouvrir notre champ de perception.

Habiter la frontière de Patricia Guannel

C’est du haut de ses 20 ans de carrière en tant que danseuse, auprès de différentes compagnies dont celle du Rêve de la soie, que Patricia Guannel chorégraphie pour la première fois. Un travail méticuleux qui lui ressemble. Faire bien du premier coup, semble être sa devise. Faire comme elle veut le faire, semble plus juste. C’est durant son master 2, passé l’année dernière à Nice, ayant pour sujet L’espace sensible en danse, du cours à l’atelier, que ce quelque chose a germé. Elle n’arrivait pas à nommer cette envie, à mettre des mots sur ce qui était celle de chorégraphier.
Elle va être, alors, son propre cobaye et expérimenter ses propres observations dans le fait d’amener le public, d’un espace à un autre, d’un état à l’autre, par l’intermédiaire d’outils.

Patricia Guannel chorégraphie le sensible dans une période où tout doit aller vite.
Retour sur cette première sortie de résidence.

Le rendez-vous a été pris, cinq jours avant la réelle Découverte dansée à Klap Maison pour la danse. Patrick Servius, Patricia Guannel et Paolo Cafiero sont en pleine session de travail et c’est dans la pénombre que je prends place dans le petit studio de Klap.

Décor sur le fond du plateau. ©LB

Décor sur le fond du plateau. ©LB

Patricia Guannel cherche le geste juste. Il faut que tout soit juste du premier coup. Une perfectionniste en quelque sorte qui relève que « c’est assez compliqué de ne pas arriver à réaliser ses idées précises. »
Effectivement, elle fera et refera ce geste qui semble imperceptible mais qui signifie beaucoup, ce moment où elle passe de l’autre côté de la bâche. Oui, car Habiter la frontière traite, non pas de question identitaire (quoique) mais, de la résonance de la danse au travers et à travers différents matériaux.

Si Patricia Guannel est seule sur scène, la lumière semble être son double. Paolo Cafiero, à la lumière, interprète avec ses outils techniques la chorégraphie. Il est le prolongement de la chorégraphe. Pendant que Patricia cherche la justesse d’une idée, lui règle ses lumières, variantes délicates, pour mieux soutenir l’avancée chorégraphique. C’est un peu une écriture à deux qui se joue, avec le regard extérieur de Patrick Servius.

Patricia Guannel et Patrick Servius. ©LB

Patricia Guannel et Patrick Servius. ©LB


Trouver le bon rythme, la bonne énergie, autant de détails qui doivent être posés afin de donner la bonne interprétation au geste. Patricia se sert de moments d’improvisations pour faire jaillir un mouvement, le liant, afin de traduire la bonne intention.
L’écriture finale sera la prochaine étape afin de sceller le cadre de la proposition, tout en se laissant de la place pour respirer au moment de la représentation. Ce qui est intéressant dans cette démarche est le fait de se donner du temps, de ne pas fermer les pistes de réflexion. Toutes tourneront autour du fait d’Habiter la frontière, la frontière de la transdisciplinarité.

Patricia Guannel. ©PatrickServius

Patricia Guannel. ©PatrickServius

Cette première création de Patricia Guannel s’inscrit dans un processus d’intériorisation, cherchant du côté du sensible, de l’émotion et d’inviter le public à se laisser entraîner dans un odyssée. Pari qu’elle se destine à réussir car durant près de trois heures, mes yeux ont scrutés les mouvements qui m’ont invité à un voyage immobile. Son travail est d’une réelle tension sensible.

Lors de cette Découverte dansée, le jour j, les mots, tels que sensible, délicat, lui sont venus jusqu’aux oreilles. Le public lui a permis de questionner son travail, d’affirmer des points de vue, de savoir là où il fallait préciser les intentions. Tout ceci continu à germer dans l’esprit de Patricia qui donne à la compagnie, un nouveau langage, une nouvelle direction, peut-être, de ce que sera 3 rives.

Habiter la frontière, de Patricia Guannel, sera créée au cours du dernier trimestre 2015. La création de 3 rives débute au cours du second trimestre, pour une création en 2016.

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