38e édition du Festival des Hivernales : la belle programmation de celui qui n’est pas nommé

Avec une extension du Festival les Hivernales Polder-colloque autour de la performance, des jeunes chorégraphes, des expositions, HiverÔmomes, HiverÔclites… l’équipe du Centre de Développement Chorégraphique d’Avignon (Les Hivernales) a présenté un programme riche sans nommer celui qui l’a pensé. Lire la suite

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Emmanuel Serafini, directeur du CDC Les Hivernales d’Avignon

Rencontre avec Emmanuel Serafini autour des trois lettres qui l’animent, de sa fonction de directeur, de sa relation avec les artistes et de programmation.

CDC Les Hivernales… Pourrais-tu nous dire ce que signifient ces trois lettres ?

CDC n’est pas la Caisse des Dépôts et Consignations, ce que l’on pourrait croire – rires. Mais le CDC des Hivernales se traduit par Centre de Développement Chorégraphique. De tous les labels créés par le Ministère de la Culture et de la Communication, c’est certainement celui que je préfère. Lorsque j’ai candidaté au poste de directeur, j’ai défendu ces 3 lettres : C pour le centre – être au centre de, diffuser -, D pour le développement – autour de projets, de festivals, et même aider au développement de l’artiste – et enfin le dernier C pour chorégraphique – à partir des danses, les académiques (contemporaine et classique) et les non-académiques (hip-hop, orientale, folklorique…). Oui, c’est cela un centre de développement des danses !
Ce qui est formidable, avec cet outil, c’est que mon équipe et moi-même sommes chargés de développer des actions autour des danses. Ceci est une de nos missions, missions établies par la circulaire du 30 août 2010 (1).

Reprendre la direction des Hivernales après Amélie Grand, comment l’envisage-t-on ?

Déjà, il faut rendre hommage au travail formidable qu’Amélie Grand et son équipe ont mené durant toutes ces années. Le passé prestigieux acquis grâce à la longévité extraordinaire du festival Les Hivernales est emblématique. Mais en même temps, le festival est la force et la faiblesse du CDC car pour beaucoup, les hivernales se résument à 7 jours de festival l’hiver et 15 jours de festival l’été. Avec les directives de la circulaire, nos missions sont consignées : nous réaffirmons notre place de diffusion et développons d’autres actions envers les publics. Les anciennes actions mises en place par Amélie Grand nous ont servi de socle et nous avons recomposé avec l’existant. Il était hors de question de faire table rase du passé mais plutôt modifier l’intérieur et apporter des réajustements pour permettre au CDC de sortir de son déficit.

Effectivement, à ton arrivée, un bruit courait autour de la situation financière désastreuse des Hivernales…

Lorsque j’ai été nommé à la direction du CDC, en 2009, la situation économique était très fragile. Il y avait un déficit chronique de la structure. Les pouvoirs publics ne faisaient rien et encore une fois, l’équipe d’Amélie Grand a tout fait pour éviter l’effondrement et chaque dépense a été faite en direction de l’artistique. A mon arrivée, les demandes de la part des pouvoirs publics sont claires : il faut licencier. Or, cela va l’encontre des missions car pour développer, il faut une équipe solide. Donc, mon premier travail est de garder une équipe, ce que j’arrive à faire. Il a fallut se battre, se renouveler pour montrer notre existence, pour sortir de notre délicate situation. Fin 2013, grâce aux efforts de l’équipe, grâce aux efforts des artistes qui se sont investis dans des projets et qui n’ont pas été tout à fait rémunérés à la hauteur de leurs demandes, la structure est sortie de la mauvaise impasse. Redresser une structure, cela prend du temps et ce temps est incompressible.

Tu dis : Nous développons des actions envers les publics. Quelles sont ces actions et surtout quels sont les publics visés?

Lorsque j’ai pris mes fonctions, je me suis rendu à l’évidence que pour le public des hivernales, le cdc se résumait aux festivals puis plus rien. Nous avons entrepris un travail autour des publics à capter : celui de l’université, des lycéens, des collégiens et des primaires aussi. Le volet Education artistique est important. Nous avons pensé et créé les dispositifs Temps danse et La danse c’est classe ! pour les maternelles. Ils émanent d’un projet collectif apporté au CDC par Régine Bramnik, directrice de l’Ecole Persil (Avignon). Ces dispositifs sont rendus visibles au début du mois de juin, au moment de la restitution des travaux chorégraphiques des classes participantes.
Ensuite, il a le public adulte. Nous avons créé le fameux Lundi au Soleil. Fameux car c’est un moment atypique. On voit des choses que l’on ne reverra certainement plus. L’objectif de ces rencontres pour le chorégraphe est d’expliciter au mieux son processus de création au public. Je ne dis pas que c’est participatif, mais cela permet au public de dire ce qu’il ressent. Je pense que nous avons réussi à créer une connivence avec le public.
Ensuite, il nous faut diffuser les relations avec le public et cela se gagne avec les différentes collaborations que nous avons avec les scènes d’Avignon les entités culturelles avignonnaises et d’autres festivals que les nôtres. Et là, je m’inscris dans la lignée d’Amélie Grand qui disait que les Hivernales étaient comme les branches d’un arbre, elles poussent là où il y a de la lumière. Pour moi, c’est une volonté de survie.

Lors des ateliers pour le dispositif La danse c'est classe !

Lors des ateliers pour le dispositif La danse c’est classe !

(1) : Circulaire label réseau 31 août 2010

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