Habiter la frontière #1

C’est durant le festival d’Avignon 2014 que Patrick Servius, chorégraphe et directeur de la compagnie Le Rêve de la Soie, m’a parlé du projet Rhizome, projet d’envergure pour la compagnie puisqu’il naît en 2015 pour se poursuivre en 2016.
Rhizome sera composé de 2 mouvements : Habiter la frontière de Patricia Guannel et 3 rives de Patrick Servius. Suivre cette création a été alors une évidence car elle appelle à ouvrir notre champ de perception.

Habiter la frontière de Patricia Guannel

C’est du haut de ses 20 ans de carrière en tant que danseuse, auprès de différentes compagnies dont celle du Rêve de la soie, que Patricia Guannel chorégraphie pour la première fois. Un travail méticuleux qui lui ressemble. Faire bien du premier coup, semble être sa devise. Faire comme elle veut le faire, semble plus juste. C’est durant son master 2, passé l’année dernière à Nice, ayant pour sujet L’espace sensible en danse, du cours à l’atelier, que ce quelque chose a germé. Elle n’arrivait pas à nommer cette envie, à mettre des mots sur ce qui était celle de chorégraphier.
Elle va être, alors, son propre cobaye et expérimenter ses propres observations dans le fait d’amener le public, d’un espace à un autre, d’un état à l’autre, par l’intermédiaire d’outils.

Patricia Guannel chorégraphie le sensible dans une période où tout doit aller vite.
Retour sur cette première sortie de résidence.

Le rendez-vous a été pris, cinq jours avant la réelle Découverte dansée à Klap Maison pour la danse. Patrick Servius, Patricia Guannel et Paolo Cafiero sont en pleine session de travail et c’est dans la pénombre que je prends place dans le petit studio de Klap.

Décor sur le fond du plateau. ©LB

Décor sur le fond du plateau. ©LB

Patricia Guannel cherche le geste juste. Il faut que tout soit juste du premier coup. Une perfectionniste en quelque sorte qui relève que « c’est assez compliqué de ne pas arriver à réaliser ses idées précises. »
Effectivement, elle fera et refera ce geste qui semble imperceptible mais qui signifie beaucoup, ce moment où elle passe de l’autre côté de la bâche. Oui, car Habiter la frontière traite, non pas de question identitaire (quoique) mais, de la résonance de la danse au travers et à travers différents matériaux.

Si Patricia Guannel est seule sur scène, la lumière semble être son double. Paolo Cafiero, à la lumière, interprète avec ses outils techniques la chorégraphie. Il est le prolongement de la chorégraphe. Pendant que Patricia cherche la justesse d’une idée, lui règle ses lumières, variantes délicates, pour mieux soutenir l’avancée chorégraphique. C’est un peu une écriture à deux qui se joue, avec le regard extérieur de Patrick Servius.

Patricia Guannel et Patrick Servius. ©LB

Patricia Guannel et Patrick Servius. ©LB


Trouver le bon rythme, la bonne énergie, autant de détails qui doivent être posés afin de donner la bonne interprétation au geste. Patricia se sert de moments d’improvisations pour faire jaillir un mouvement, le liant, afin de traduire la bonne intention.
L’écriture finale sera la prochaine étape afin de sceller le cadre de la proposition, tout en se laissant de la place pour respirer au moment de la représentation. Ce qui est intéressant dans cette démarche est le fait de se donner du temps, de ne pas fermer les pistes de réflexion. Toutes tourneront autour du fait d’Habiter la frontière, la frontière de la transdisciplinarité.

Patricia Guannel. ©PatrickServius

Patricia Guannel. ©PatrickServius

Cette première création de Patricia Guannel s’inscrit dans un processus d’intériorisation, cherchant du côté du sensible, de l’émotion et d’inviter le public à se laisser entraîner dans un odyssée. Pari qu’elle se destine à réussir car durant près de trois heures, mes yeux ont scrutés les mouvements qui m’ont invité à un voyage immobile. Son travail est d’une réelle tension sensible.

Lors de cette Découverte dansée, le jour j, les mots, tels que sensible, délicat, lui sont venus jusqu’aux oreilles. Le public lui a permis de questionner son travail, d’affirmer des points de vue, de savoir là où il fallait préciser les intentions. Tout ceci continu à germer dans l’esprit de Patricia qui donne à la compagnie, un nouveau langage, une nouvelle direction, peut-être, de ce que sera 3 rives.

Habiter la frontière, de Patricia Guannel, sera créée au cours du dernier trimestre 2015. La création de 3 rives débute au cours du second trimestre, pour une création en 2016.

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