Vu #OFF16 : Só20, la passion selon Claudio Bernardo

Claudio Bernardo (compagnie As palavras) revisite son écriture chorégraphique avec Só20, un solo en forme de partage. Profondément bouleversant. Retour.

Claudio Bernardo dans Só20 @ Jean-Luc Tanghe

Claudio Bernardo dans Só20 @ Jean-Luc Tanghe

Nul besoin de connaître l’oeuvre chorégraphique de Claudio Bernardo pour se laisser submerger par l’aura qui se dégage par le simple fait de sa présence sur le plateau. Avec Só20, il est seul face au public et se laisse aller à la confidence et au partage. Oscillant entre théâtre et danse, il interprète son propre rôle et réinterprète, avec force et amour sans limite, certains moments marquants de ses créations.

Si la vidéo est quelque fois surutilisée dans certaines pièces pour combler le vide, ici, les images d’archives des solos agissent comme un miroir et efface l’espace-temps entre le geste fait ici et maintenant et celui d’il y a quelques années. Elle fait écho aux souvenirs riches d’une vie artistique et sont le témoignage de l’écriture du geste.

Claudio Bernardo parle autant qu’il ne danse. Il cite Thérése d’Avila qui s’est donnée entière à Dieu. Le parrallèle est troublant car ses mots laissent deviner que lui aussi s’est donné entièrement à cet art, si éphémère, qu’est la danse. C’est ainsi qu’il donne au public l’occasion de saisir l’évanescence du geste lorsqu’il exécute un phrasé chorégraphique sur le devant du plateau.
Sa danse converse avec les mots d’auteurs (Rilke, Kafka, Bobin…), source d’inspiration et de réflexion, donnant à ses réinterprétations tout le sensible dont elles regorgent.

Les nombreuses couvertures, qui jonchent le plateau, sont autant de souvenirs intimes que professionnels. C’est avec précaution qu’il les plie, une à une, pour mieux se dévoiler.
Ses premières images de danse viennent de ses 6 ans, lors de danse improvisée avec des adultes. Elles deviendront nombreuses, témoignage de son parcours qui le ménera à Bruxelles, pour intégrer l’école Mudra de Maurice Béjart. Sa passion donnera raison à sa volonté d’être chorégraphe (épisode savoureux du solo), métier pour lequel il n’a de cesse de créer autour du sensible, de l’intensité et de la force du geste.

Rares sont les chorégraphes qui parlent avec sincérité de leur amour pour leur art. Claudio Bernardo le fait divinement et revisite sa danse avec ce corps qui a conservé la mémoire de l’écriture chorégraphique. Cet acte dansé est bien plus qu’un don de soi, il est un abandon total à l’autre, fait avec amour. Profondément bouleversant.

Só20 de Claudio Bernardo – As palabras. Au CDC les hivernales (Avignon), jusqu’au 20 juillet.

Laurent Bourbousson.

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