VU #OFF17 : L’identité en questions au Théâtre Golovine

Abdou N’gom, Rafaël Smadja et Olé Khamchanla questionnent l’identité au Théâtre Golovine dans trois propositions différentes. Retour.

Abdou N’gom dans « Entre [deux] 2.0 ©Pascal Vilsans

Entre [deux] 2.0
C’est une récréation que s’offre le chorégraphe Abdou N’gom avec Entre [deux] 2.0, solo créé en 2010. Il réinterroge la question de la négritude dans notre société.
Faiblement éclairé en début de pièce, puis dans un contre-jour, le chorégraphe semble sorti des entrailles de la terre. Il puise dans les racines de la terre nourricière pour se lever et danser jusqu’à l’épuisement de son être. Naître, être et survivre sont les verbes mis en mouvement dans une force qui peut paraître surhumaine.
Tout est métaphore chez Abdou N’gom. La moindre intention questionne le regard multiple que tout un chacun peut porter sur l’autre. C’est un regard sur l’Histoire, sur le passé colonial, sur la question d’être noir, blanc ou autre que le chorégraphe danse. Il pose ainsi autant de réflexions que de rêves possibles pour une recomposition du vivre ensemble.
Il est bouleversant de se rendre compte de la dualité chez l’humain. Sa danse puissante et ciselée lacère les réflexes sociétaux du repli sur soi. Une danse qui pousse à s’ouvrir à l’autre et pointe du doigt malheureusement la nécessité de danser cela en 2017.

Identité en crescendo

Rafaël Smadja dans « Identité en cresendo » ©Jody Carter


Rafaël Smadja partage son idée autour de la question de l’identité. Basée sur un ep de Rocé, la proposition Identité en crescendo oscille entre théâtre et danse. Un tourne disque, des albums, et un double, un petit Pinocchio en bois, sont les éléments du décor dans lequel évolue le chorégraphe.
Tout est question de liaisons, de porosités entre des événements vécus et de regards portés sur celui que nous sommes, que nous souhaitons donner à voir dans cette délicate variation.
Comment se construit l’être humain, de quoi se nourrit-il ? Pour Rafaël Smadja, l’humain se construit par étape, avec l’absolue nécessité de se mettre face à lui-même sans se mentir. C’est alors un être en constante évolution que le public voit se former sur le plateau.
De musique en musique, de mouvement en mouvement, il construit un canevas variable dans lequel il évolue. Le tout étant d’être en parfaite harmonie avec lui-même.
Le danseur-chorégraphe interroge ainsi l’acceptation de l’autre, de son double, en trois tableaux. Le fil, lien indéfectible qui réunit l’ensemble de l’humanité, est porteur de sens chez Rafaël Smadja. Par ce fil qu’il déroule, il nous relie à lui, à nous. L’énergie douce qu’il dégage sur le plateau est celle d’une confiance qu’il met dans nos rencontres futures et de notre perception du monde.

Focus

Emeline Nguyen, Rafaël Smadja, Olé Khamchanla dans « Focus » ©Jessica Farinet


Le chorégraphe et danseur, Olé Khamchanla questionne le rapport aux identités avec 3 interprètes. Emeline Nguyen, Rafaël Smadja et lui-même, unis par une même chanson My Funny Valentine, standard américain 60 que tout un chacun a fredonné, évoluent dans un espace temps propre à chacun.
Chez Olé Khamchanla, le multiculturalisme se danse avec simplicité et sincérité. L’individualité des interprètes éclaire la nécessité d’être un et multiple dans un monde en perpétuel roulement. L’unité du trio s’en trouve renforcé.
Il compose avec la danse de chacun (du hip-hop au contemporain, en passant par le butô) un langage universel avec autant d’escales nécessaire pour apprécier la culture de chacun. La mixité du langage chorégraphique fait de Focus un acte rassembleur pour nous écouter vivre et prêter attention à chacun de nous.

Jusqu’au 30 juillet, au Théâtre Golovine.
à 11h00 : jour pair
Identité en crescendo
Chorégraphie & mise en scène : Rafael Smadja • Création lumière : Stéphane Avenas • Oeil complice :Thô Anothaï, Jann Gallois, Loredane Straschnov • Musiques : Archie Shepp, Pharoah Sanders, Rocé

à 11h00 : jour impair
Entre [deux] 2.0
Chorégraphie & danse : Abdou N’gom • Regard extérieur : Kirsten Debrock • Conception plastique : Claire Rolland • Création lumière & régie générale : Lise Poyol • Création & arrangements musique : Damien Traversaz

à 15h00
Focus
Chorégraphie : Olé Khamchanla • Interprétation : Olé Khamchanla, Emeline Nguyen, Rafaël Smadja • Création lumière : Lise Poyol • Musiques : Ella Fitzgerald, Chet Baker (My Funny Valentine), Mùm (We have a map of the piano)

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