[VU] InKarné, le beau duo de la compagnie Deraïdenz

3 juin 2021 /// Les retours
4.7 3 votes
Évaluation de l'article

Léa Guillec et la compagnie Deraïdenz signent un spectacle pour une danseuse et une marionnette. Envoûtant, déroutant et beau comme la fin d’un cycle qui invite au début d’un autre, Inkarné en devient obsessionnel. Retour.

Depuis leur spectacle Nyctalopes, la compagnie Deraidenz n’a de cesse de surprendre son public. Si leur univers est devenu une marque de fabrique, leur écriture scénique s’enrichie au fur et à mesure de leurs projets. Les souffrances de Job d’Hanokh Levin, création d’avant le premier confinement, s’avérait être une brillante adaptation de cette œuvre théâtrale. Les corps des comédien·ne·s se mêlaient aux squelettes des marionnettes et le public participait à une multiplication d’êtres au service d’un moment de théâtre jubilatoire.

Avec Inkarné, changement de cap ! Créé pour des espaces où la pierre devient un décor brut et naturel, ce spectacle envoûte tel un rituel où le sacré vient troubler la perception du réel.

InKarné, le duo danseuse-marionnette

Echappée de notre esprit, InKarné prend la forme de cette danseuse sortie de nulle part. Elle est là, présente devant les yeux du public, habite son espace, sa demeure dans laquelle elle nous accueille. Fugaces temps légers, les gestes harmonieux et fluides deviennent secousses et spasmes pour des temps incertains.

Évoluant sur un terrain composé de teintes rouges, allant du ton clair au plus profond, l’être dansant parcourt ce qui s’apparente alors à une mappemonde déroulée au sol. Le geste est le mot de ce corps dénué de paroles. Il raconte le cycle de la vie, avec ses joies et ses peines, et devient une offrande faite au monde.

Une marionnette-danseuse plus vraie que nature

Sur une musique composée par Baptiste Szilina, l’interprète Marion Gassin partage son espace avec sa marionnette. Elle est un étrange double venant perturber le réel. Leur danse fait état du monde dans lequel chacun plonge, s’embourbe pour en sortir grandit ou courir à sa perte.

La marionnette-danseuse est bien plus qu’une extension d’un corps, elle vit, son corps s’anime et l’on pourrait presque deviner sa respiration à travers le soulèvement de sa poitrine. La matière organique devient alors le jeu de ces êtres et leur dualité devient unité pour une vie plus intense.

InKarné prend donc forme dans cet instant d’une poésie profonde. Une poésie où la douleur et la tristesse côtoient l’euphorie et la transe de se sentir vivant. Bien vivant, dans l’état du monde que nous connaissons. Et Léa Guillec signe une mise en scène pour un corps dansant, une première chez Deraïdenz qui prend des allures de Sacre du Printemps.

Laurent Bourbousson
Visuels : Serge Gutwirth
Spectacle vu le samedi 23 mai 2021, Chapelle du Miracle (Avignon)

Générique

Interprète Marion Gassin | Mise en Scène et Direction de projet Léa Guillec | Construction Marionnette et Composition Baptiste Zsilina | Mixage Musique Arthur Bohl et Baptiste Zsilina | Musiciens Hugo Boulanger, Eric Chanas, Soraya Chaubert, Etienne Beauny, Alexis Borrely, Baptiste Zsilina, Antoine, Van Zijde, Dorian Mignerat, Lucien Craviatto, Jana Thoman | Création Décor Barbara Fougnon et Salvatorè Pascapé avec Sarah Rieu, assistés par DERAÏDENZ et de magnifiques bénévoles | Création costumes DERAÏDENZ et Salvatore Pascapè | Photo Serge Gutwirth | Vidéo Léna Kaercher

La création Les Souffrances de Job sera jouée, durant le Off21, à La Scierie (lire le retour sur Les souffrances de Job de Hanokh Levin).

Parcourir le site de la compagnie : ici

4.7 3 votes
Évaluation de l'article
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x