[VU] Soirée double : Paola Stella Minni & Konstatinos Rizos + Hamdi Dridi : écrire des partitions chorégraphiques

11 mars 2019 /// Les retours

Soirée double au Théâtre de la Vignette (Montpellier) dans le cadre de la programmation de la saison Montpellier Danse. Retour.

Tous les trois ont suivi le Master exerce de l’ICI-CCN de Montpellier.
Les deux propositions donnent la couleur des créations en Occitanie, celle où la recherche est au cœur de la réflexion chorégraphique. Elles racontent aussi l’héritage de l’actuelle et des précédentes directions de la formation. Deux propositions, donc, qui différent par leur traitement mais qui réjouissent le public.

PA.KO.DOBLE de Paola Stella Minni et Konstatinos Rizos

©Marie Sol Kim

En fond de scène, deux postérieurs s’offrent au public (le mot cul aurait été préférable, mais la bienséance…). Une danse d’un certain érotisme émane de ce duo fantasque. À force d’observation, la partie du corps ainsi exposée devient invisible. La délicatesse des mouvements et la relation entre les deux corps forment un ballet virevoltant. Cette entrée en matière laisse place à l’apparition des deux corps nus, dont la partie face est recouverte d’un tissu.
Jouant sur l’absence du corps, le duo, qui s’est formé lors de leur master EXER.CE ICI-CCN de Montpellier, convoque l’esprit du Duende, force métaphysique chère aux espagnols.
Le tout prend une tournure de concert rock, chère à Paola Stella Minni et Kostantinos Rizos. S’ensuit l’exercice de style délicat des postures des toréros, rappelant les postures dignes des tableaux de Géricault. La dernière partie, l’apparition d’un dragon processionnel chinois d’un rouge éclatant, couleur dominante de la proposition, hypnotise par sa beauté.
De franches rigolades en pensées philosophiques sur la valeur de la peur dans la vie, qui serait le moteur de nos expériences à vivre, PA. KO. Doble ressemble à un triptyque dont chaque partie pourrait avoir sa propre vie.
Le duo a de quoi séduire, irriter et amuser durant cette traversée qui s’avère dense par son propos.

I listen (you) see de Hamdi Dridi

Il y a des parcours que l’on aime bien suivre à Ouvert aux publics. Celui d’Hamdi Dridi en fait partie et sa dernière création ne fait que confirmer que l’on a bien raison.

©Isabela Fernandes De Santana

À l’entrée public, les trois danseurs sont déjà présents sur le plateau. Ils sont en train « de faire » sans se préoccuper des dires et des rires des personnes qui regagnent la salle. Un bruit de rue et des sons de musiques échappés d’un poste radio se font entendre par intermittence. Puis la lumière salle baisse et le trio poursuit son travail.
En plaçant au cœur de sa dernière création les gestes des ouvriers tunisiens, Hamdi Dridi donne au public le soin de laisser son imaginaire se mettre en place et de peindre un arrière décor qu’il choisira. On pourrait être à Tunis, sur un chantier avec eux, que cela s’avérerait logique. Chacun travaille à sa guise dans les tâches qui leur sont données de faire. Construire, casser, détruire, poncer, l’écriture chorégraphique rejoint celle du geste du maçon, de l’ouvrier. 
En véritable chef de chantier, Hamdi Dridi donne le tempo à la cadence du travailleur-danseur. La musique qui résonne, comme elle résonnerait dans un lieu où tout reste à construire, donne à cette pièce un goût de nostalgie dans laquelle le passé advient par touche. 
L’adresse humoristique au public, en fin de proposition, permet de donner de la respiration à l’ensemble. On aimerait que celle-ci arrive plus avant pour sceller la relation plateau-salle.
Dans son précédent solo, Tu meur(s) de terre, Hamdi Dridi rendait hommage à son père. Ici, il fait référence à celui disparu au cours d’une scène d’une certaine intensité. Lors de notre interview pour la webrevue (voir Je danse et alors !) , il nous disait l’importance de son travail sur le son, et dans I listen (you) see tout trouve sens.

Son écriture chorégraphique s’affine et se précise dans son exécution avec cette dernière création. Elle gagne en maturité, et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous assistons à cela. 

Laurent Bourbousson

Générique

Soirée double des 30 et 31 janvier 2018, au Théâtre La Vignette (Montpellier) dans le cadre de la programmation de Montpellier Danse.
PA.KO.DOBLE
Création et interprétation Paola Stella Minni & Konstantinos Rizos | Création lumière Marie Sol Kim | Collaboration artistique Geoffrey Badel, Silvia Romanelli

I LISTEN (YOU) SEE
Création Hamdi Dridi | Interprétation Hamdi Dridi, Houcem Bouakroucha, Feteh Khiari | Création lumière Carlos Molina