Interview : Jann Gallois pour Quintette

24 février 2018 /// Les interviews
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Ce soir, Jann Gallois présente sa dernière création Quintette, dans le cadre de la 40e édition du festival Les Hivernales (Avignon). Interview avec la chorégraphe autour de son travail, de l’absurdité, de ses projets et de Lazare.

QUINTETTE

Vous présentez au Festival les Hivernales Quintette, votre dernière création. Depuis la création de votre compagnie Burnout, en 2012, vous avez créé des solos, un duo, un trio et maintenant un quintette. Était-ce une nécessité de passer à une pièce de groupe ?
Oui, parce que c’est un travail très différent et que c’était le moment de fédérer une vraie compagnie et d’avoir une vraie vie de groupe autour de moi. C’est aussi nécessaire que je transmette ma gestuelle, accumulée pendant les 5 ans de ma recherche durant lesquels je me sentais un peu seule.
Étant la cinquième pièce que je crée, c’est un clin d’oeil que de l’appeler Quintette et par symbole aussi car j’aime bien le chiffre 5.
La pièce traite de la façon comment on considère l’autre et comment on se considère par rapport à l’autre, elle ne pouvait avoir lieu qu’avec plusieurs interprètes. Un groupe de 5 était à la fois équilibré et totalement déséquilibré pour traiter de cette thématique.

Comment avez-vous rencontré les interprètes de cette pièce ?
Je les ai rencontrés par audition. Cela s’est passé sur 3 grosses journées avec des danseurs à la fois français et étrangers. Mon choix s’est arrêté sur Maria Fonseca, Erik Lobelius, Amaury Réot et Aure Wachter. Ils viennent d’un peu partout : Suède, Portugal, Bruxelles et d’Annecy en France.
Les auditions n’ont pas été une mince affaire, s’en était angoissant. C’est un vrai exercice que de choisir des interprètes sur audition. On se demande si c’est le bon choix que l’on fait : pourquoi lui et pas un autre ? Il s’avère que j’ai été très bien guidée par mon instinct parce que l’équipe est superbe, nous avons très vite vibré dans les mêmes fréquences et nous sommes soudés.

Dans les présentations qui sont faites de vous, on dit que vous venez du hip-hop. Lorsque l’on regarde des captations de vos créations, on se dit qu’il y a autre chose. N’est-ce pas réducteur de vous définir par le hip-hop ?
Réducteur, oui si on m’attache seulement au hip-hop car ce n’est pas que ça. Mais je me bats pour que l’on ne mette pas du tout d’étiquette sur ce que je fais, que l’on décrive que c’est simplement de la danse. Même si on qualifie que je fais de la danse contemporaine, par rapport à ceux qui ont une vraie formation de danseur contemporain académique, je ne m’identifie pas à eux.
Effectivement, je viens du hip-hop, mon corps à commencer à bouger par là, c’est la technique que j’ai acquise pour maîtriser mon corps. Je me suis très vite détachée des codes du hip-hop car ce qui m’intéressait était d’être dans la recherche du mouvement. Et donc inévitablement, lorsque l’on est dans la recherche, on est dans le contemporain car si on trouve quelque chose, on trouve des choses qui n’ont pas été faites auparavant.
Le terme réducteur est très péjoratif car je respecte vraiment le hip-hop. C’est un vrai plaisir pour moi de replonger dans l’époque des battles, dans le milieu underground.
Je préfère dire que ce que je fais est simplement de la danse.

On pourrait dire que vous faites de la danse née d’un croisement de différentes disciplines ?
Oui, c’est ça !

UN TRAVAIL SUR L’ABSURDE

On peut voir sur la toile un film qui vous met en situation. Il s’agit de Looking for an ideal un condensé humoristique dans lequel vous cherchez votre place dans un théâtre vide.
Rires. J’aime bien les situations absurdes et j’aime montrer le comportement souvent absurde de l’humain qui n’est jamais satisfait de sa place. C’était une petite vidéo, faite pour le plaisir. Ce n’est pas vraiment un solo comme j’ai pu en créer d’autres.

Est-ce que l’on peut parler de votre rencontre avec Lazare cet été, durant le festival d’Avignon, pour l’Éclosion des gorilles au coeur d’artichaut, un duo fou, né d’une rencontre improbable.
Ça a été une vraie expérience. La première fois que nous nous sommes rencontrés, avec Lazare, avant d’accepter le projet, on a eu la même réaction : je me suis demandée : pourquoi lui, et lui, pourquoi elle. Et ça nous a fait tellement rire de voir nos différences, que nous nous sommes dits qu’il y avait vraiment quelque chose à faire sur le décalage et sur l’esprit du mariage forcé. Ça nous intéressait de parler des contrastes. Nous avons joué à fond sur l’absurdité de cette rencontre : la rencontre de deux êtres que tout semble opposer et qui trouvent finalement leur harmonie dans quelque chose d’impalpable.
Les Sujets à vif sont aussi l’exercice d’une rencontre et de pondre un propos pour une forme artistique en très peu de temps. Nous avions 15 jours pour faire connaissance de l’humain, de l’artiste et se mettre d’accord sur ce que l’on allait faire. Cela a été une vraie expérience très enrichissante. Nous sommes restés très amis tous les deux.

PROJETS

La presse a réservé un bon accueil à Quintette. On sent une bienveillance à votre égard. Comment vivez-vous tout cela ?
C’est une très bonne question. Je le vis avec beaucoup de recul car j’ai parfaitement conscience que rien n’est acquis. Même si je sens qu’il y a des regards sur ce que je fais, ce qui est un honneur, j’ai conscience que tout peut s’arrêter demain et que d’une création à l’autre, on peut ne pas être totalement convaincant et convaincu soi-même en tant qu’artiste. Tous ces regards sont une vraie récompense, qui est et qui reste fragile. C’est là, j’en suis contente, mais je ne m’attache pas.

Quels sont vos projets ?
Je travaille en ce moment à une création avec le Japon qui verra le jour en septembre et qui sera en tournée à partir d’octobre 2018, dans le cadre de Japonisme 2018 : les âmes en résonance.
Je prépare une prochaine pièce, pour 2019, dans le cadre de mon association avec le Théâtre de Chaillot. Ce sera une production Chaillot et Burnout.
Et puis, je mène d’autres projets plus humains. Ce qui m’intéresse dans la danse, est de rendre sa pratique artistique universelle. Je fais beaucoup d’ateliers avec des malvoyants, des enfants issus de populations immigrées, ainsi que des personnes en situation d’hospitalisation. Il y a beaucoup de projets qui se construisent autour de cela et qui m’occupent énormément. Pour moi, il est fondamental d’être proche des gens.

Photo : Laurent Philippe
Propos reccueillis par Laurent Bourbousson

Quintette est à découvrir dans le cadre du Festival Les Hivernales, samedi 24 février 2018 à 20h30, salle Benoît XII. Renseignements : 04 28 70 21 82.
Chorégraphie et mise en scène Jann Gallois / Interprétation Maria Fonseca, Jann Gallois, Erik Lobelius, Amaury Réot, Aure Wachter / Création lumière Cyril Mulon / Vidéo mapping Alexandre Bouvier / Création costumes Marie-Cécile Viault / Regard complice Frédéric Le Van

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