[VU] Ecce (H)omo de Paul/a Pi

15 février 2019 /// Les retours

Avec Ecce (H)omo, Paul/a Pi donne corps aux cinq soli de la chorégraphe et danseuse allemande Dore Hoyer. Un exercice de style à la maîtrise parfaite.

D’abord le noir. Et ce grand silence qui précède la danse.

Il porte un pantalon et chemise jean et pourtant un paysage très oriental et baroque en même temps, d’une grande élégance, se crée : la musique se prête à ces mains qui volètent, ces bras largement ouverts,  ces petits pas précieux sur la pointe des pieds.
Paul/a, sans fioriture, ni bavardage, donne et se donne. Quoi ? Qui ? Des pièces d’une danseuse et chorégraphe allemande, Dore Hoyer, suicidée le 31 décembre 1967, soit cinq soli dont Paul est amoureux et qu’un chorégraphe allemand Martin Nachbar lui a transmis. Le premier danse « la Vanité », le second, « le Désir » explique ensuite, dans le noir, Paul/a Pi avec son léger accent brésilien. Portugais, allemand, français, les langues tanguent, le genre aussi (masculin, féminin ?), ainsi que la propriété artistique. Car plus les soli se multiplient, plus on sent que l’interprète danse celui/celle qu’il est : « j’aime bien brouiller les pistes », sourit le danseur, se mettant quelques poils d’une fausse barbe entre deux soli.
Viendront alors dans une gestuelle assez masculine, « la Haine », puis « l’Angoisse ». Ces jambes et ces mains qui tremblent, ces bras qui cachent le visage, ces tête et yeux au ciel, ces boitements , ces implorations, appartiennent-ils à l’artiste expressionniste quinquagénaire Dore Hoyer ou à Paul, si jeune homme ?
Dans « l’Amour » et ses mains-oiseaux, ses très doux déplacements à genoux, ses torsions du bassin sans plus aucun angle, mais arrondis, ses mains en prière, on sent que Paul/a se sent très bien dans cette danse de plus en plus féminine.

Pas plus que les anges, l’amour, la douceur, la sincérité n’ont de sexe.

Danièle Carraz
Photographie : Magalie Mobetie

Générique

Ecce (H)omo a été vue dans le cadre du Festival Les Hivernales.
d’après une chorégraphie originale de Dore Hoyer (musique : Dimitri Wiatowitsch) – © Deutsches Tanzarchiv Köln
Chorégraphie et interprétation Paul/a Pi | Regard extérieur, accompagnement et scénographie Pauline Brun | Dramaturgie et costume Pauline Le Boulba | Création lumière Florian Leduc | Transmission des danses Martin Nachbar | Production Latitudes Prod