VU : Le dépeupleur de Samuel Beckett

13 novembre 2016 /// Les retours

Double-VU pour Le dépeupleur de Samuel Beckett avec Serge Merlin, mis en scène par Alain Françon, au Théâtre des Halles.

Serge Merlin dans "Le dépeupleur" ©iFou pour LePôlemédia

Serge Merlin dans « Le dépeupleur » ©iFou pour LePôlemédia

Serge Merlin. Une pièce de Samuel Beckett. Le dépeupleur.
Un texte très difficile. A la fois d’une extrême figuration et d’une abstraction illimitée.
Serge Merlin, lui, immense acteur, ce soir est devenu presque une caricature de Sarah Bernhardt.
Lui, incroyable comédien, diseur de texte, magnifique présence dans le mistral terrible au Palais des Papes, avec Michaël Lonsdale, Valérie Dreville, Serge Maggiani et Redjep Mitrovitsa en 2008… méconnaissable ce soir… tel un acteur du 19ème et ce sourire d’enfant lorsqu’il salue en fin de spectacle. Ici, le mot TROP prends tous son sens… trop joué, sur-exposé, sur interprété, trop maniéré.
Imaginons, et serait-ce alors une négation de ce que l’on vient de voir, imaginons un instant, Jean-Quentin Chatelain, dirigé par Claude Régy…
Je ne devrais pas avoir cette pensée car Serge Merlin prend un colossal plaisir dans son clownesque vert manteau, il est dans un monde extravagant, dans l’absurde vision Beckettienne… il est le fou visionnaire qui regarde l’impossibilité du monde.
Impressionnant oui, bien sûr, mais « le sur-jeu » nous éloigne du cercle et des niches en haut des escaliers.
Il en est le descripteur, le diseur, l’acteur, le décodeur… on ne comprends pas tout, nous devrions le lire, nous sortons déroutés, peut-être déçus. ..il est un enfant âgé, il est possédé……cependant….souvenons nous de Amélie Poulain….
Francis Braun

Sebastiao Salgado - Serra Pelada Goldmine, Brazil, 1986

Sebastiao Salgado – Serra Pelada Goldmine, Brazil, 1986

Dureté et âpreté sont les adjectifs qui s’imposent lorsque les lumières se rallument dans la salle du Théâtre des Halles. L’absurde et parfois le comique qui peuvent transparaître dans les textes de Beckett ont laissé place ici à ce que l’humanité se fait à elle-même. La dureté des propos, celle de vouloir atteindre un meilleur sans jamais le pouvoir, laisse ce goût âpre qui appelle une défaite. Sans concession, Serge Merlin parle de ces sédentaires et de ces niches creusées dans le cercle, lieu de vie en vase clos qui peut ravir certains.
Tel un démiurge, il brandit une baguette, que l’on souhaiterait magique, amenant le public à travers les couloirs étroits, décrivant des scènes de sexes et de désespoir dignes de Dante. Son jeu, sur le fil, peut sembler parfois désuet, de par le ton maniéré et son élocution compatissante. De fulgurantes Harmoniiies et la voix basse et grave ravivent l’intérêt que peut porter l’assemblée à son guide.
Ce texte, à tiroirs, emprunte bien des détours alambiqués et perd l’auditeur dans le flot de paroles. Serge Merlin franchit, alors, le 4ème mur, s’installant au premier rang pour regarder sa création. Il interpelle les communs pour attester de ce qui se passe dans ce cylindre. La lumière joue ainsi avec l’ambiance du texte. C’est dans une pénombre ou dans un rond lumineux que le créateur apparaît ou disparaît à loisir.
C’est avec ce dernier geste, celui de rassembler les êtres du cercle afin d’inclure le public à l’intérieur, que Serge Merlin s’enfonce dans un noir absolu. Il laisse le choix à chacun de se frayer un chemin dans l’obscurité. Pour le meilleur et pour le pire.
Laurent Bourbousson

Le dépeupleur de S. Beckett, mes d’Alain Françon, avec Seerge Merlin, a été vu le 11 novembre 2016 au Théâtre des Halles ( Avignon)