Feu! Chatterton entre dans la lumière. Interview de Sébastien Wolf.

18 avril 2018 /// Les interviews
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C’est avant les balances d’un de leur concert que Sébastien Wolf, guitariste et clavieriste du groupe, a pris le temps de s’entretenir avec nous. On évoque la lumière de l’album L’oiseleur, de leurs titres joués en live, de la vie et du bonheur de les entendre. Feu! Chatterton a tout des grands artistes. Il est temps de vous laisser porter par la poésie de ce groupe.  

Le groupe Feu! Chatterton fait partie de ces groupes que l’auditeur est content d’entendre. Le nouvel album est malestueux de par sa poésie, de par sa musique qui s’élève et s’amplifie au rythme du chanté et du phrasé du charismatique Arthur Teboul. Feu! Chatterton est composé d’Antoine Wilson à la basse, de Clément Doumic à la guitare et au clavier, de Raphaël de Pressigny à la batterie et de Sébastien Wolf, guitariste et clavieriste, qui répond à nos questions. 

Feu! Chatterton, les origines

Sébastien, vous faites partie du trio à l’origine du groupe. Pouvez-vous nous rappeler comment est né Feu ! Chatterton ?
Avec Clément Doumic et Arthur Teboul, nous avons fait connaissance au lycée. Alors qu’avec Clément, nous faisions du rock. Arthur écrivait simplement des textes, il ne chantait pas du tout. Après le lycée, nous nous sommes dit que ce serait bien de mettre en notes les textes d’Arthur car ce qu’il écrivait était intéressant. Ce que nous faisions était plus du slam. Le groupe a commencé un peu comme ça, c’était un prototype de Feu! Chatterton. Puis, nous sommes passés à la mélodie pour mettre les textes en musique. Arthur a commencé à chanter. Nous ont rejoints Antoine Wilson et Raphaël de Pressigny et Feu ! Chatterton est né.

Vous sortez votre premier Ep en 2014, le premier album Ici le jour (a tout enseveli) en 2015. Il y a eu une sacrée attente pour découvrir votre deuxième album L’oiseleur, sorti en début d’année.
Ça peut paraître long pour le public mais nous avons fini la tournée du précédent album en décembre 2016. L’Oiseleur était fini en décembre 2017. Nous avons mis un an pour le faire. Il y a toujours du décalage entre les sorties d’albums, les tournées et les enregistrements.

Avec L’oiseleur, on sent une évolution du groupe. Tout le monde parle du côté slam du titre L’Ivresse et après ce que vous venez de livrer, ce titre est une évidence.
Oui, nos influences sont du côté du rap, du hip hop. On a grandi dans les années 90-2000 et à cette époque-là, tu écoutais du rap. Dans les premiers titres que nous avons faits, il y a À l’aube qui est un titre slamé. Sur L’Oiseleur, le titre L’ivresse nous a permis de mélanger le côté slam avec un refrain qui résonne plus chanson. On continue d’écouter beaucoup de rap et on aime ce que font les producteurs sur le travail du son. Le hip hop  français est très productif, inventif.

L’oiseleur, le deuxième opus

Est-ce que vous aviez une certaine appréhension pour ce deuxième opus ?
Au début de l’écriture du disque, il y avait le sentiment de peur de déplaire qui était latent et on s’est très vite rendu compte qu’il fallait le laisser de côté. Pour cela, on a organisé une supercherie : au lieu de se mettre dans des conditions optimales de création que nous aurions pu avoir avec des locations de studios par exemple, on s’est mis dans les mêmes conditions que pour notre premier album. Nous avons loué un petit deux pièces à Paris, nous avons ramené tout notre matériel, comme on faisait quand on était dans nos chambres d’étudiants. Nous avons retrouvé un rythme de citadin, le repos et la sédentarité après notre tournée. C’était un endroit simple, avec notre intimité, dans notre quartier, Paris Est, et cela était important. Ce qui est drôle est que les textes sont empreints du sentiment de calme. Nous éprouvions réellement cette nécessité d’être loin de la rapidité, du monde dans lequel on vit qui se retrouve être à l’opposé de la sagesse, de la paix de l’âme.

Il y a quelque chose de lumineux dans ce nouvel album, même s’il est rempli de réminiscences. Est-ce que vous l’avez voulu comme ceci ?
On n’a pas vraiment réfléchi à cela. Il est vrai que le premier album est empreint d’une mélancolie sombre, plus colérique. Quand on est touché par la perte d’un être cher ou par l’abandon, il y a deux réactions, soit l’énervement, soit l’acceptation. Cet album fait face à des événements tristes que nous acceptons car ces moments continuent de vivre en nous. Il y a une phrase importante dans le titre Souvenir qui pourrait très bien résumer l’album Ton absence m’appartient.
Cet album est fait de pleins de souvenirs, de moments fugaces, insaisissables. Il est une sorte de jardin dans lequel on a pu se recueillir et dans lequel nous avons mis des objets, des symboles de gens, de personnes et d’âmes qui nous ont habités et qui nous touchent. Du coup, il n’est pas sombre mais il est plus apaisé. Pour vous donner une image, c’est un disque qui correspond à une fin d’après-midi, le soleil est dans notre dos et il continue de nous chauffer.

La tournée

Aujourd’hui, vous partez en tournée. J’ai eu l’occasion de vous voir sur scène à La Paloma (Nîmes) pour l’une de vos premières dates. Comment vous êtes-vous préparés au passage en live de l’album ?
La scène est encore autre chose. Nous vivons l’album plus physiquement avec notre manière de l’interpréter. Au moment de l’écriture, les mélodies apparaissent et on tire des fils pour savoir comment les faire évoluer. C’est la chanson qui nous pousse à faire des choses. Par contre, s’il ne se passe rien entre nous 5, on la laisse tomber. Maintenant que nous les jouons tous les soirs et que l’on porte un œil attentif, on les comprend mieux. Chaque chanson offre des choses que nous n’avions pas prévues en studio. Elles nous traversent et il faut vraiment les sentir, se laisser toucher par les choses. Comme pour  le titre Grace, par exemple, il faut avoir les images de la chanson, qu’est-ce que les cheveux violets de Grace peuvent nous évoquer ? Ou encore Anna, qui est-elle ? S’il n’y a pas de stade d’émotions, il ne se passe rien. L’interprétation est importante pour les morceaux.
C’est marrant d’évoquer la date de La Paloma car c’est sur ce concert que l’on a commencé à effleurer la partie interprétation du nouvel album. L’album est très riche en orchestration. Au début des dates, nous avons fait un travail technique un peu particulier. Maintenant, sur scène, on sent que les titres prennent vie. Nous sommes un groupe de scène et on s’est construit autour des concerts, on nous voit vraiment jouer les choses.  

J’allais en arriver à la tracklisting. Comment mixer les titres de l’album précédents avec ceux du nouveau ?
On essaie de créer un film durant le concert. La tracklisting est importante. Elle bouge sur les premiers concerts. En fait, c’est le feeling avec le public qui la construit. On mélange des ambiances et les deux albums se mixent bien. Il faut essayer de trouver des ponts entre les chansons et ça peut prendre un moment mais là nous y sommes arrivés.

Quel est le morceau que le groupe prend le plus plaisir à jouer en concert aujourd’hui ?
Il y avait un morceau que l’on aimait beaucoup jouer sur scène lors de notre première tournée, c’était Bic médium. Le titre faisait 15 minutes. Pour cette nouvelle tournée, le titre Souvenir est un morceau fort en termes d’émotions, pour nous. Il y a aussi Côte Concorde.

Lorsque l’on parle de Feu! Chatterton, il y  a encore des personnes qui vous méconnaissent.
On n’est pas encore très connu. Il y a beaucoup de gens avec lesquels on a à partager. La tournée est importante pour nous.

De retour de concert…
Voici un groupe qu’il ne faut surtout pas rater en concert. Dès les premières notes, l’ambiance Feu! Chatterton est de mise. Elle oscille entre poésie, émotion et rock. La fameuse tracklisting du live tire les fils d’un film que chacun se fera. Des effluves du sud avec Zone Libre ou encore La Mort dans la Pinède, du parfum de femmes de Grace ou d’Anna, ou tout simplement de la mélancolie de Souvenir, chaque oreille fera vivre le moteur de son cinéma intérieur. L’interprètation du titre À l’aube est tout simplement bluffante et bouleversante, tout comme le tire L’Ivresse. Et c’est avec La Malinche que le groupe tire sa révèrence. On aimerait bien les retenir encore un peu, ne pas les laisser partir, ce que Sébastien Wolf a reconnu lors de l’entretien, car eux non plus n’ont pas envie de nous quitter !

Feu! Chatterton à voir à Antibes (06) à l’Anthéa le 19 avril, au Moulin à Marseille (13) le 20, puis à Chamonix Mont Blanc, Bourges, Mulhouse….

Propos reccueillis par Laurent Bourbousson

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