[ITW] Janice Szczypawka, une et multiple

24 février 2026 /// Les interviews
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Janice Szczypawka a certes une seule vie mais celle-ci est en est faite de mille ! Comédienne, metteuse en scène, autrice et plasticienne, elle est tout à la fois. Son parcours s’explique par sa formation en arts plastiques et art contemporain avant de faire du théâtre. Partie prenante du Collectif franco-luxembourgeois Le Gueuloir, elle est à la direction de sa compagnie Kruk basée en région Grand Est. Voici pour la présentation succincte.

Du journal intime au théâtre

Lorsqu’on lui demande comment elle passe à l’écriture, elle puise alors dans ses souvenirs : “À l’âge de 10 ans, j’ai commencé l’écriture d’un journal intime. Si cela paraît sans importance, j’ai tenu ce journal de manière assez rigoureuse. J’ai donc beaucoup écrit depuis mes dix ans, des choses personnelles, ce qui m’a permis de m’ouvrir pleinement à l’écriture.

L’écriture, celle dédiée au théâtre, vient avec la création de sa compagnie et embraye alors à toute berzingue. “J’ai passé le concours du Théâtre 13 Jeune Metteur en Scène. Et pour ce concours, j’ai présenté un spectacle d’après mon texte, qui s’appelle Ni Couronne, ni plaque.” Alors que certain·e·s auraient pris appui sur un texte existant, Janice va droit au but. L’essence même de sa compagnie repose sur 3 piliers :  écrire, jouer et mettre en scène. 

Une écriture du réel teintée de poésie

L’essence de son écriture, elle la trouve dans les rencontres qu’elle organise autour d’un sujet. Elle se pose ainsi en tant que réelle enquêtrice sociologue.  “Mon premier spectacle, Ni Couronne, ni plaque portait sur les pompes funèbres. J’ai mis en parallèle mon rapport intime à la mort avec les paroles des employés d’une entreprise de pompes funèbres.” Elle enquête ainsi durant un an, par intermittence, au sein de cette entreprise, rencontre tous les corps de métier et se rend même au salon funéraire. “ J’ai effectué beaucoup d’enregistrements et j’ai retranscris toutes les paroles.” Ensuite, pour les besoins de la scène, elle travaille le rythme, garde les anecdotes, et transforme ses récits en théâtre du réel.
Son deuxième spectacle, Florès, elle le doit à une rencontre magique dirions-nous avec une ancienne danseuse de Cabaret, qui a dansé toute sa vie d’abord au théâtre du Châtelet, puis à l’Alcazar, un ancien cabaret à Paris. “ Quand je l’ai rencontrée, elle m’a raconté sa vie. Après avoir fait le deuil de son mari pendant 17 ans, elle a toujours été la maîtresse d’hommes avec lesquels elle a eu des histoires. Et c’est à 80 ans qu’elle a retrouvé le désir, en étant avec un homme de 20 ans de moins qu’elle, à qui elle mentait sur son âge.” Ici aussi, à travers la vieillesse, elle aborde son rapport à la mort.

Pour son troisième spectacle Les Gosses, la voici qu’elle confronte ses journaux intimes de l’époque aux dires des enfants de classes de CM2. Elle se frotte à son enfance puisqu’elle ira même enquêter auprès des élèves de l’école de son village. 

J’ai pris appui sur les problématiques que je pose dans mon journal intime de mes 10 ans afin de voir comment les enfants pensent aujourd’hui. Je suis allée dans différentes écoles qui sont très différentes économiquement et sociologiquement parlant. Cela met en exergue que leurs imaginaires sont indus à leur milieu social dans lequel ils évoluent.” Le déterminisme social a vraiment la dent dure et on pense alors fortement à La Reproduction chère à Bourdieu. Avec cette création, Janice pose la question à la fin de la pièce : “Comment ne pas mourir avant d’être morte ?” et relie encore et toujours son rapport à la mort avec ses sujets d’étude.

La scène, un formidable terrain de jeu

Pour porter Les Gosses à la scène, Janice s’est entourée d’une collaboratrice à la mise en scène et dramaturgie, et d’un collaborateur artistique pour l’aspect chorégraphique. Mais comment cela se matérialise concrètement sur le plateau ?  “Il y a une porte sur le plateau vide. Je toque à la porte, j’entre. Puis j’installe, au fur et à mesure de l’histoire, le décor. Je dessine et j’écris au sol à la craie et également sur la porte. J’utilise également des chaises de couleur. Je convie également ma poupée d’enfance, et on bascule dans un autre univers. Le cadre de la salle de classe éclate”. Ses yeux pétillent à l’évocation de ce qui se déroule au plateau. On s’engouffre alors dans nos représentations imaginaires dans un monde où se croisent tous les arts.
Pour découvrir la pièce, l’occasion se présentera en 2026. En septembre, ce sera du côté du Festival de la Mascarade à Nogent-l’Artaud et en octobre, les 15 et 17, au Théâtre les 3T à Paris.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédit photos : © Yoyo Xia Qing

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