ITW : 48 heures en scène !, une résidence tremplin

30 mai 2017 /// Les interviews

48h en scène ! est le projet de 6 personnes. Juliette Hecquet, Laura Wilson, Jeanne Delisle, Esther Destrès, Baptiste Vareille et Eliot Trovero ont créé, l’année dernière, la première édition de ce tremplin dédié aux jeunes compagnies théâtrales. Dès le 2 juin, 6 compagnies vivront durant 3 jours en totale immersion au Théâtre de Verre (Paris, 19ème). Eliot Trovero nous dit tout sur cette deuxième édition.

48h en scène ! est votre projet d’études. Pouvez-vous nous expliquer d’où vient l’idée du concept de cette aventure théâtrale ?
Tout est parti du projet de fin de licence en médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. Nous étions six jeunes affamés de nouvelles expériences, prêts à relever le défi. Très vite nos ambitions et notre implication ont dépassé le cadre universitaire, et avec ce concept qui nous était venu assez naturellement, on sentait qu’on tenait quelque chose. Inspiré des 48h project au cinéma, notre projet théâtral a comme difficulté supplémentaire de créer une véritable résidence créative pendant 48 heures, où il faut nourrir et loger les artistes.

Aujourd’hui, vous vous apprêtez à vivre la deuxième édition. Est-ce que la première édition a fait éclore des questionnements que vous n’aviez pas anticipés et comment appréhendez-vous celle-ci ?
Nous sommes extrêmement excités ! Evidemment et heureusement, la première édition a soulevé pleins de questions. Bon déjà le thème de l’année dernière, « la contrainte », a révélé de nombreuses interrogations sur la jeune création, et était une excellente introduction pour notre projet.
Niveau organisation, on a vu plus loin. On a investi sur du matériel pour les prochaines éditions. Nous avions fait un retour avec un référent par compagnie l’année dernière, que nous avons pris en compte. Par exemple, créer plus de cohésion dès le début entre les compagnies. Pour ça on organise un grand jeu, un killer, et surtout nous avons Marie Zabukovec membre du jury qui viendra faire un échauffement collectif le samedi matin. De manière générale, le concept a rencontré un large succès, et intéresse à chaque fois qu’on en parle. On prend conscience qu’il va falloir voir grand, mais on a déjà plein d’idées !

Que représente pour vous cette aventure collective ?
Aventure collective est le bon mot (même s’ils sont deux). Cet événement à titre d’organisateurs, est déjà l’opportunité de mettre un pied dans l’univers de la scène, de manière autodidacte. Mais surtout il est l’image de ce que l’on veut comme théâtre : un art vivant, sincère, où la richesse artistique naît de la cohésion et de l’échange, l’occasion de porter une vraie réflexion sur notre monde et de partager nos valeurs, une effervescence créative et humaine pour ne jamais oublier que le théâtre comme la vie est une fête ! Tout simplement pour nous, c’est un projet formidable qui nous amuse vraiment, et en lequel on met de réelles convictions ! Et c’est ce qu’on veut transmettre.

Quelles sont les motivations des compagnies qui candidatent ?
Les motivations se jouent sur deux axes. Premièrement, l’optique tremplin que l’on essaie de mettre en avant. 48h en scène ! est pour eux l’occasion de présenter un travail vraiment réflexif et personnel devant près de 150 spectateurs, et un jury renommé de 5 professionnels. Cela aboutit à deux prix, celui du jury donc, et celui du public. L’un offre une date de représentation au théâtre El Duende à Ivry-sur-scène, belle salle de cent places. L’autre offre des répétitions, plus une date produite au Théâtre Par le Bas à Nanterre, plus petit mais pas moins intéressant, avec en plus l’inscription à un catalogue pour jouer dans des centres sociaux. Nous sommes fiers de ces partenaires. L’autre axe de motivation, c’est le concept. On rencontre chaque semaine des comédiens très curieux et excités à l’idée de participer à une résidence pareille dans de telles conditions de création. Les compagnies veulent s’amuser, tout en ayant l’occasion de montrer tout leur potentiel artistique. C’est un véritable défi, que beaucoup sont prêts à relever.

Comment sélectionnez-vous les compagnies ? Quel profil doivent-elles avoir ?
C’est un festival tremplin, mais les compagnies peuvent aussi bien être très récentes, étudiantes, que des troupes plus professionnelles ayant déjà joué à plusieurs reprises. Pour vous dire l’âge varie de 19 à 32 ans cette année. Deux choses essentielles : avoir un esprit jeune et une volonté de professionnalisation d’une part, et avoir monté au minimum un projet d’autre part.
Tout d’abord nous réalisons une grosse campagne de diffusion pour faire tourner le dossier de candidature et présenter le projet. Pour ça nous faisons jouer nos réseaux étudiants, les groupes Facebook qui réunissent jeunes artistes et compagnies de théâtre, notre propre page Facebook et Twitter bien évidemment, mais également une tournée dans les conservatoires d’arrondissement (dans lesquels deux d’entre nous sont inscrits) pour parler du projet à vive voix. Le dossier consiste en une présentation de la compagnie, son esprit et son histoire, ses motivations, plus quelques questions décalées pour tester leur créativité. Cette année comme l’année dernière, nous avons reçu 15 dossiers de candidatures.
Dans un second temps, nous passons un entretien, dans lequel on leur rappelle bien l’esprit, les contraintes et le concept. 48 heures avant, on leur transmet un thème, et ils ont ce temps imparti pour créer une simulation de ce qu’ils feraient pendant le weekend. Grâce à ça on peut se faire une idée de leur potentiel, mais surtout avoir un réel aperçu de leur univers. A partir de là on sélectionne les compagnies aux propositions originales et ambitieuses, qui dégagent une bonne cohésion de groupe, le tout en veillant à garder un bon équilibre de diversité entre chaque compagnie sélectionnée pour avoir un résultat artistique riche et complémentaire (texte, absurde, corporel, objet, engagé, etc…)

Quel est le programme type pour les compagnies ?
Le programme des compagnies c’est avant tout le programme du weekend, le même pour tout le monde. Tout est planifié : arrivée, révélation du thème, repas en roulement le midi, collectif le soir, révélation des décors et costumes le vendredi soir, réveil et échauffement collectifs le samedi matin, repas, dodo, réveil collectif, filage le dimanche, et représentations ! Les répétitions sont égales pour toutes les compagnies, dans cette optique d’équité des chances de création qui nous tient à cœur. Quand elles n’ont pas de salle de répétition (3 qui tournent), elles ont de nombreux espaces pour s’isoler, réfléchir, apprendre des textes, répéter, ou tout simplement se décontracter et se reposer. Chacune a son rythme et son mode de fonctionnement, plus ou moins intense, plus ou moins dans la pratique ou la théorisation. A elles de gérer. Mais elles n’ont que 48 heures, donc pas trop le temps de chômer ! Certaines répètent même une partie de la nuit, au risque de se fatiguer encore plus. C’’est un véritable week-end de survivor.

Que diriez-vous aux compagnies qui hésitent à participer à 48h en scène ! ?
N’hésitez pas ! Venez, regardez comme c’est génial, venez, on va s’amuser. Plus sérieusement, c’est une expérience unique que l’on ne regrette pas, toutes les compagnies de l’année dernière sont là pour en témoigner. Autant artistiquement qu’humainement. En ressortes de nombreuses rencontres et de véritables affinités. Pour les plus craintifs, n’ayez pas peur on est vraiment dans le partage, à la cool, et ouvert à tout type de jeune compagnie. Lâchez-vous tout simplement !

La composition des jurys de la première et de la seconde édition fait état de personnalités connues et reconnues (François Clavier, François Rancillac…). Est-ce que cela vous permet d’avoir une légitimité, une reconnaissance, vis-à-vis de la profession ?
On est content effectivement des professionnels que nous avons réussis à mobiliser. Ils nous permettent d’avoir une légitimité aux yeux du public, des compagnies, mais aussi pour nous ! Il nous donne confiance, et leurs retours très positifs nous encouragent à aller de l’avant. Pour l’événement, c’est donner une preuve que 48h en scène ! prend une place indiscutable dans la jeune création, et dans l’offre théâtrale de manière générale. Ils sont aussi une porte d’entrée vers d’autres structures, d’autres professionnels, et un bon moyen de se faire connaître. Pour autant on tient à préserver ce côté intime et familial, en désacralisant le jury. A l’issue des résultats, un temps de parole libre est organisé avec les professionnels, les compagnies et le public, où l’on garde une proximité et un naturel propre à ouvrir à la discussion.

Comment envisagez-vous le développement de ce concept ?
Nous avons plein d’idées ! Déjà, on aimerait se professionnaliser progressivement, et dans quelques années pouvoir se faire payer, car il s’agit d’un véritable investissement. Quant au concept, on expérimente peu à peu, cette année par exemple on teste les jeux et échauffement collectifs, et on a rajouté le même objet imposé à utiliser dans chaque spectacle. On a pour ambition de le faire dans des lieux pouvant accueillir encore plus de spectateurs. Le faire en province. Le faire plus roots, dans une ferme par exemple. Mais aussi le faire dans une grande institution, en venant apporter notre personnalité et notre chaleur dans ces lieux souvent très codifiés, et en même temps profiter du prestige. Faire une édition avec des compagnies étrangères, francophones ou internationales. En faire plusieurs à l’année. Décliner le format toujours avec la même identité. Cette année par exemple nous avons organisé Politique en scène ! au tiers lieu d’art et culture Le Vent se Lève ! dans le 19ème, un duel politico-théâtral où deux compagnies ont créé leur parti poétique, mené une campagne (teaser, programme, micro-trottoir,…) et présenté un duel artistique sur des questions politiques et citoyennes devant un public, avec un débat participatif et un vote. Diversifier les événements proposés par notre association, c’est dégager de nouveaux financement pour s’investir encore plus et améliorer sans limite les 48h en scène ! Il faut savoir rêver !

Propos recueillis par Laurent Bourbousson

48h en scène ! aura lieu du 2 au 4 juin 2017. Représentations publiques le dimanche 4 juin à 14h30.
Réservations : 48henscene@gmail.com
Le site de 48h en scène ! ici
Le site du Théâtre de Verre par

Photos : Lëah Cold

 

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