ITW : Vincent Franchi pour Europe Connexion

27 janvier 2017 /// Les interviews

Vincent Franchi, compagnie Souricière, porte à la scène le texte d’Alexandra Badéa Europe Connexion, pièce radiophonique créée pour France Culture. Interview.

Qu’est-ce qui a déclenché l’envie porter à la scène ce texte d’Alexandra Badéa ?
Vincent Franchi : La première fois que j’ai lu la pièce, je me suis dit « voici une œuvre théâtrale qui est peu traité dans la littérature ». Ensuite, qu’il y avait là un vrai sujet de société pour comprendre les dérives anti-démocratiques des institutions. Ce texte est une vraie matière à réflexion sur les instances européennes, avec les décisions prises qui ont des implications sur notre santé.

Dès les premières paroles du personnage d’Europe Connexion, on découvre un homme avide de pouvoir.
V. F. : Absolument. Ce que j’ai trouvé intéressant est que le lobbying européen est traité par l’intermédiaire d’un personnage qui est, à mon sens, un vrai personnage romanesque de notre temps. C’est une espèce d’anti-héros de ce qu’est devenu notre monde. Au début de la pièce, Il est assistant parlementaire européen et il va accéder à un poste de lobbyiste pour l’industrie des pesticides alimentaires. Ce personnage est dévoré par l’ambition, celle de gagner de l’argent pour accéder à un statut social. C’est un homme qui a une intelligence hors norme. On assiste, à travers lui, à une tragédie moderne. Cette pièce raconte ce qu’est l’humain.

Comment avez-vous traité l’emploi du Tu dans la pièce ?
V. F. : Alexandra Badéa utilise pratiquement tout le temps la deuxième personne du singulier. Pour moi, cela évoque l’impossibilité de dire Je, la disparition de l’individu. Dire Tu, c’est dépersonnaliser le personnage. Ce qui est son histoire. Il est tellement pris dans le rouleau compresseur du système européen que d’une certaine il s’est oublié lui-même. Dans cet emploi du Tu, il y a également quelque chose qui vient impliquer le public, qui vient le responsabiliser vis à vis d’un fait. J’ai trouvé passionnant cette impossibilité du Je pour l’homme du XXIe siècle.

Quelles ont été les indications de direction de jeu que vous avez donné à Nicolas Violin ?
V. F. :Nous sommes passés par beaucoup de phases. La première a été l’idée d’une contrainte : il ne devait y avoir aucun déplacement. C’était une injonction formelle que je lui ai imposé. Inconsciemment, cela nous permettait de rester le plus proche et précis dans la pensée du personnage. Cette pièce est 1h30 de pensée organique. C’est un flot de parole qui peut parfois faire penser au slam. Une des difficultés que nous avons aussi rencontré résidait dans le fait, pour Nicolas Violin, à s’approprier le vocabulaire spécifique de ce lobbyiste afin que le spectateur ne sente pas le moindre écart entre le texte et le comédien.

Dans votre proposition, il y a l’apport de la vidéo de Guillaume Mika, déjà présent sur votre précédent spectacle Une femme non rééducable.
V. F. : Guillaume Mika est le vidéaste de la compagnie. Nous nous sommes racontés que la vidéo devait avoir une fonctionnalité bien précise. Nous avons voulu 3 écrans, imaginés comme des paperboard. On s’est inspiré de Steeve Jobs et de ses présentations. Ces images apportent du sens. C’est quelque chose d’assez précieux dans la compréhension du spectateur. Ensuite, dans la progression tragique, ces écrans quittent leur fonction utilitaire et créent un climat.

Comment définiriez-vous votre travail ?
V. F. : Le théâtre qui me fait vibrer est un théâtre qui arrive à capter quelque chose de notre époque. Cela peut être politique, humain. La vertu du théâtre est de parler de nous, de ce que nous sommes et de ce que nous pourrions devenir et non ce que nous avons été. Les auteurs contemporains ont des choses à dire et nous devons les écouter et créer leurs textes. Le théâtre nous amène à penser avec nos tripes, notre ventre, notre cœur. Je pense faire ce théâtre-là.

Europe Connexion
Mise en scène : Vincent Franchi
Assistante : Roxane Samperiz
Avec : Nicolas Violin
Vidéos : Guillaume Mika
Lumières : Léo Grosperrin

A découvrir le 27 janvier à l’Espace Comédia à Toulon et le 10 février au Théâtre Denis à Hyères.

Laurent Bourbousson

Photo : ©R. Samperiz

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