Vu : L’île déboussolée, le conte dansé de La Locomotive

4 mai 2018 /// Les retours

La compagnie La Locomotive a trouvé une suite parfaite au merveilleux Imaginarium, leur précédente création. Dans un style poétique, qui leur sied bien, Amélie Port et Yan Giraldou interrogent les relations humaines avec L’îl(e) déboussolé(e), un spectacle pour les à partir de 5 ans et les plus grands. Retour.

Quelles sont les relations que les enfants construisent dans un monde pourvu d’écrans tactiles et de hashtags ?, pourrait être la question à se poser en amont du spectacle de la compagnie La Locomotive. Les chorégraphes, Amélie Port et Yan Giraldou, ont travaillé avec l’auteur Stéphane Bientz pour interroger la notion de communication.
Pour être au plus près des ressentis d’enfants, ils ont, tous trois, mené des ateliers auprès de classes de cycle 3, cycle qui rime avec moment charnière dans une vie, l’étape de la pré-adolescence de l’adolescent.e en construction. Riches de ces expériences, ils mettent en action un spectacle mêlant danse, mots d’enfants et théâtre.

Stéphane Bientz dans L'île déboussolée

Stéphane Bientz dans L’îl(e) déboussolé(e)

Tout commence par le visage de lui (Stéphane Bientz), éclairé par un écran d’ordinateur. Son allure juvénile renvoie à l’image de l’ado-enfant (mais aussi de l’adulte) qui vit au travers de ses relations virtuelles. Tout y passe : du rire à la lecture attentive de posts en passant par ses interrogations à voix hautes dues aux images qui défilent sur l’écran. C’est alors que des cris d’enfants viennent du dehors, comme un (r)appel à la vie. Ces bruits traduisent le jeu, le vent ressenti qui s’engouffre dans les cheveux lorsque l’on est à l’extérieur, la joie de partager des moments d’exaltation, et les vraies relations qui se vivent humainement et non virtuellement.
Il se lève, fait quelques pas et les lumières d’un contour s’allument. Les lumières de son île, celle de sa chambre, de son fort intérieur fortifié des attaques de l’extérieur. Il est bien ainsi Stéphane, à l’abri du regard, du rire de ses camarades. Il est au centre de sa vie 2.0 qu’il se construit et qui l’enferme.

Amélie Port et Stéphane Bientz @Agnès Melon

Amélie Port et Stéphane Bientz

Comme dans tous les esprits d’enfants, la construction imaginaire d’un double apparaît. Ici, il prend les traits d’elle (Amélie Port) qui guide les pas de ce jeune enfant vers un ailleurs. Le duo s’apprivoise et danse à bord d’une embarcation où le jeu retrouve sa place ainsi que le fait de (re)découvrir l’autre.

L’îl(e) déboussolé(e) s’apparente à un conte philosophique, voire initiatique, celui de se réapproprier son image et celle de l’autre dans un environnement réel. Le travail minutieux de la scénographie et la dramaturgie œuvrent pour un spectacle fort intelligent et délicat.

Ainsi, théâtre et danse s’entremêlent à loisir dans le nouvel opus de la Compagnie La locomotive qui balance entre la narration, l’abstrait, le figuratif et l’onirisme. Une belle approche de ce que doit être un spectacle jeune public à vivre et à partager entre humains bien réels.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Agnès Melon

L’îl(e) déboussolé(e) a été vu lors du festival Festo Pitcho au Théâtre Golovine à Avignon, le 21 avril 2018.
Conception, Chorégraphie : Amélie Port et Yan Giraldou – Texte : Stéphane Bientz – Costume: Eagan Karungi – Interprétation : Amélie Port – Stéphane Bientz
Le site de la compagnie ici.