L’exposition Le Spleen-Les Origines, le précieux one-shot de Laetitia Mazzoleni

2 mai 2016 /// Arts plastiques

« Je ne m’entoure que des meilleurs », m’avait prévenu Laetitia Mazzoleni (Agence Perpétuelle de Fabrication), lors de notre rencontre au moment de la préparation de son exposition Le spleen-Les origines. Sa phrase s’est révélée vraie lors de la visite. Retour.

Pour les besoins de son exposition, Laetitia Mazzoleni a articulé les univers d’Alain Mouton et de Sébum autour du sien pour faire vivre, aux visiteurs, un moment unique. Elle a passé son week-end a les accueillir, un par un, en leur expliquant le dispositif. Il est vrai que pour tout un chacun, se dire que l’on va voir une exposition qui deviendra un spectacle n’est pas commun. Et pourtant, le pari a été réussi et aurait mérité une période d’ouverture plus étendue que deux journées.

3 artistes qui aiguisent la perception

Présenter ce que sera un projet théâtral sous forme d’une exposition protéiforme, dont le visiteur est placé au centre du dispositif, pouvait laisser perplexe et songeur. Mais cela aurait été vrai sans le grain de folie qui anime l’Agence Perpétuelle de Fabrication. Laetitia Mazzoleni qui, pour l’occasion, a orchestré le tout était ravie : « Certains ont visité l’exposition en 10 minutes, et d’autres en sont sortis au bout de 2 heures, mais je n’ai que des retours positifs. Je suis sur un nuage. »
Et elle ne pouvait pas si bien dire. Lorsque la porte de la chapelle des pénitents blancs s’ouvrait, était projetée sur les croisées d’ogives, une vidéo de nuages vous invitant à avancer, au rythme de la musique de Sébum, tout en regardant autour de vous. Des petits cadres accrochés, demandaient à vous approcher au plus près, comme pour vous hypnotiser.
Votre regard tombait alors sur les différents travaux de l’artiste Alain Mouton. La rétine s’imprimait de l’image, l’air de rien, pour mieux ressurgir à l’esprit par la suite.
Une première chaise vous attendait, au bout de l’allée, un casque posait sur son dossier. Elle disait que était le premier texte à écouter. Une fois le casque sur les oreilles, la voix posée de Paul Camus pesait les mots du texte écrit par Laetitia Mazzoleni, bercée par la musique de Sébum emplissant le chœur de la chapelle. Le reste de l’espace s’offrait au regard : quatre écrans suspendus sur lesquels était projetée l’image de Paul Camus, une table, des cadres et 3 autres chaises, prête à vous accueillir pour l’écoute de textes, sur le fond.

Une exposition kaléidoscopique

Vue de l'exposition Les Origines-Le Spleen

Vue de l’exposition Les Origines-Le Spleen

La découverte de tout cela agissait comme une excitation des sens. Il fallait lutter pour ne pas se laisser submerger par l’envie de tout découvrir d’un seul coup. C’est avec l’idée d’un moment précieux que cette exposition devait se vivre. La voix calme et posée de Paul Camus agissait tel quel. Certaines évocations du texte rappelaient au souvenir certains travaux vus précédemment. Le mécanisme des vases communicants était mis en place : un va-et-vient entre l’oralité et l’image était créé. Les variations musicales de Sébum agissaient pour parfaire les sensations, transformant le ressenti et donnant une musicalité au spleen. Les chaises positionnées, à différents endroits, permettaient de regarder les fameux écrans suspendus. Selon la direction, l’image devenait tremblante, s’effaçait de la vision ou réapparaissait. Elle était celle du souvenir qui peut s’échapper ou revenir avec force, à l’image de la série des travaux photographiques, liquid_PEAK (2015), dans laquelle l’artiste transforme les paysages pour mieux se jouer de la réalité, ou encore la photographie The Bird (2013) qui invite à retenir le moindre détail pour éviter une altération des sensations et des sentiments ressentis à sa vision.

Laetitia Mazzoneli a ainsi disséqué le spleen en grandeur nature afin de plonger le visiteur au centre d’un état, celui d’une tristesse latente qui mène à une mélancolie inexpliquée. Elle évite le piège, celui de prendre appui sur le recueil Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, et en livrer sa propre vision à travers les différents extraits que le visiteur a pu écouter.
Des travaux picturaux, on pourrait retenir la formidable série Sea[e]scape (2014) d’Alain Mouton, représentative de cet état, et la voix de Paul Camus annonçant que « c’était déjà fini depuis longtemps je crois. Je suis né fini.« . Le travail vidéo de Guillaume Sarrouy teintait le tout dans une atmosphère feutrée, propice à se laisser submerger par les vagues successives de mélancolies, grâce aux volutes musicales de Sébum.
La maîtrise parfaite de jouer avec l’ensemble de ces univers, de les superposer, de les faire s’entrechoquer, a permis la création d’un moment unique, un one-shot comme on dit dans le milieu du spectacle vivant, que l’on a hâte de découvrir sur scène. Laetitia Mazzoleni a gagné son pari, celui d’attiser l’attente d’un projet théâtral. Mais pour cela, il faudra être patient.

Laurent Bourbousson

Le site de l’Agence Perpétuelle de Fabrication : ici
Le site d’Alain Mouton (que je vous conseille vivement) :

Le spleen-Les Origines était visible les 15, 16 et 17 avril à la Chapelle des Pénitents Blancs (Avignon).