[VU] NÔT de Marlene Monteiro Freitas

13 juillet 2025 /// Festival d'Avignon - IN - Les retours
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Avec NÔT, Marlene Monteiro Freitas contourne ses inspirations et amène son public vers un ailleurs lointain quitte à le perdre.

Où est passée la magnificence de Marlène ? Telle est la question qui émerge à la sortie de la cour d’honneur samedi, soir de première. Beaucoup de spectateurs rentrent frustrés de ne pas avoir retrouvé la Marlène adorée qui les avait tellement bouleversé et mis en transe d’émotions. Pour ceux qui n’avaient pas lu le programme, il n’était pas évident de trouver un contenu qui fasse sens . Quant à ceux qui s’étaient documentés, ils ont cherché, souvent en vain, la Sherazade des contes des Mille et une nuits . Le spectacle est pourtant traversé de trés beaux tableaux avec un début et une fin qui donne envie de croire à tous les contes de la terre.

On l’aime malgré tout

Cela avait très bien commencé avec un performeur, en jupette blanche, chaussettes montantes noires et débardeur noir nous mettant tous d’accord sur le merveilleux moment attendu qui allait forcémment se confirmer. Longiligne, affuté, méga sexy, captivant, un véritable chauffeur de salle, le public est unanimement conquis par ce déhanché sur l’introduction de Computer Blue de Prince. Puis se sont enchainné quelque faux départ. Un homme (Joãozinho da Costa) muet ou qui ne s’exprime que par sons, enléve son masque, il est en costume noir, moustache et fait des mimiques très cartoonesques, personnage par excellence des opus de la chorégraphe capverdienne.
Et vers la fin de la piéce, il y a ce moment de grâce libérateur, non parce que c’est la fin mais parce que la magie opère d’un coup. Un moment où sans savoir pourquoi nous nous surprenons à instantanément regarder vers le ciel comme si nous avions perçu une apparition d’un bonheur céleste retrouvé. Le bonheur de replonger dans l’univers de la Marlene que l’on aime et ce sentiment de plénitude soudaint. La douce évidence d’être enfin à sa place, là, dans cette époque. Et dans cette cour d’honneur, devant ces cages de sport, ces lits défaits tachés du sang des féminicides répétés matin après matin, devant ces musiciens qui se livrent dans un concert rock peuplés de sons en boucles comme des paroles. Un kart est garé dans une des entrées plateaux sous la voûte ancestrale, quand soudain dans ce bric à brac qui nous a parfois si ennuyé, la lumière explose, repeint chaque mur, enflamme nos imaginaires là où nous ne pouvions précédemment nous départir d’une quête de sens.  

Au bout du conte le spectateur s’est perdu

Le burlesque, le décalé, la performeuse Marlène Montero Freitas nous y a habitués parce que teinté de fulgurante beauté, de gestes neufs et de paroles à porter. Ici, le grotesque l’emporte, le geste devient gratuit puisqu’il n’est plus porté par une dramaturgie et finit par s’auto caricaturer avant de nous plonger dans l’ennui. Des messages trop subtils ou trop clair : « nous sommes dans la merde », « nous mangeons de la merde » qu’elle nous signifie pendant de longue minute avec ce pot de chambre qui circule dans les gradins. « Les bébés nourris crachent dans la soupe » et sur un public qui se demande s’il s’est trompé de salle, entré par erreur chez Angelica Liddell ou les chiens de Navarre. La subtilité n’est plus. Les allusions aux guerres, aux maux du monde s’affichent mais de façon anecdotique. Une femme tronc – incroyable extraordinaire Mariana Tembe, des hommes aux jambes de pantin mous, des prêtres pop tout de noir vêtus sont l’ensemble de cet oratorio d’un monde nouveau. À trop vouloir nous faire passer un message, qui reste confus, Marlène nous sert des séquences ultra longues, au point d’en devenir génantes.

Qu’avons-nous raté, nous les insatisfaits restés dans la nuit sans trouver la bonne Nôt ?
Est-ce que les spectateurs suivant, bénéficiant d’une version écourtée de trente minutes, il faut saluer la remise en question immédiate de l’artiste, ont pù capter ce qui nous a échappé?
Une artiste expérimente et là est son talent, dans cette constante prise de risques loin des dictats de programmation, Marlene Monteiro Freitas est de ceux-là. Nous continuerons à l’aimer dans sa liberté créative, qui ici à dû se conformer à une langue invitée qui ne l’a pas vraiment inspirée.

Marie Anezin
Crédit photo : ©Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Générique

Avec Marie Albert, Joãozinho da Costa, Miguel Filipe, Ben Green, Henri « Cookie » Lesguillier, Tomás Moital, Rui Paixão, Mariana Tembe / Chorégraphie Marlene Monteiro Freitas / Assistanat chorégraphique Francisco Rolo / Conseil artistique João Figueira, Martin Valdés-Stauber / Scénographie Yannick Fouassier, Marlene Monteiro Freitas / Lumières et direction technique Yannick Fouassier / Costumes Marlene Monteiro Freitas, Marisa Escaleira / Son Rui Antunes / Régie générale Ana Luísa Novais / Accessoire scénique spécial Cláudio Silva / Stagiaire scénographie Emma Ait-Kaci / Production P.OR.K / Administration, production Janine Lages / Diffusion Key Performance

Production

Production P.OR.K
Coproduction Festival d’Avignon, Berliner Festspiele, International Summer Festival Kampnagel (Hambourg), Culturgest – Lisbonne, MC2 : Maison de la Culture de Grenoble – Scène nationale, Le Quartz – Scène nationale de Brest, La Comédie de Clermont-Ferrand – Scène nationale, Maison de la danse – Pôle européen de création, La Villette – Paris, La Comédie de Genève & La Bâtie – Festival de Genève, Onassis STEGI (Athènes), Teatro Municipal do Porto, Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles), PACT Zollverein (Essen)
Diffusion Key Performance
Soutien en résidence O Espaço do Tempo (Montemor-o-Novo), Alkantara (Lisbonne), OPART, E.P.E. / Estúdios Victor Córdon (Lisbonne), Onassis AiR (Athènes), MC2 : Maison de la Culture de Grenoble – Scène nationale, International Summer Festival Kampnagel (Hambourg), La FabricA du Festival d’Avignon
Soutien institutionnel Dançando com a Diferença (Funchal)

Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès, Ammodo Art, la Fondation Calouste Gulbenkian – Délégation en France.
Remerciements Carlos Duarte, Ateliers MC2 Grenoble

La recherche dramaturgique autour de NÔT a été soutenue par Onassis AiR en 2025.

En tournée : 6 au 9 août 2025 International Summer Festival Kampnagel (Hambourg) / 14 et 15 août 2025 Berliner Festpiele / Tanz in August (Berlin) / 28 et 29 août 2025 La Bâtie Festival de Genève / 11 au 14 septembre 2025 Culturgest (Lisbonne) / 19 et 20 septembre 2025 Rivoli, Teatro Municipal do Porto / 6 au 8 février 2026 Onassis Stegi (Athènes) / 20 et 21 février 2026 PACT Zollverein (Essen) / 4 et 5 mars 2026 Le Quartz (Brest) / 25 au 28 mars 2026 Parc de la Villette (Paris) / 22 et 23 avril 2026 La Comédie (Clermont-Ferrand) / 28 et 29 avril 2026 MC2 (Grenoble) / 6 et 7 mai 2025 Maison de la Danse (Lyon) / 14 au 17 mai 2025 Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles)

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