Vu #OFF16 : Le mois de Marie précédé de L’Imitateur de Thomas Bernhard

28 juillet 2016 /// Les retours - VU #OFF

L’Autre Compagnie, basée à Toulon, présente deux textes de Thomas Bernhard, L’Imitateur et Le mois de Marie, au Théâtre des Halles. Retour.

L’imitateur et Le Mois de Marie de Thomas Bernhard sont mis en scène par Frédéric Garbe dans le chapiteau de la cour du Théâtre des Halles. Le lieu est tout trouvé pour prendre le pouls exacerbé des passions nationalistes.

Si la démonstration souhaitée par le texte L’imitateur (joué par Pascal Rozand) peut laisser de marbre, il en est tout autre avec la piécette Le Mois de Marie, tirée des Dramuscules (savoureux petits drames qui dépeignent l’étroitesse de l’esprit, englué dans le passé, de la société autrichienne). Interprétée par Frédéric Garbe et Gilbert Traïna, ils se présentent au public sous les traits de deux bavaroises veillant sur leur village, en costume traditionnel.

Le Mois de Marie © l'autre compagnie

Le Mois de Marie © l’autre compagnie

Le dispositif scénique est d’une ingéniosité absolue. En effet, telles des poupées gigognes surdimensionnées, ils sont inclus dans le décor de ce beau petit village de Bavière. Surplombant ainsi les âmes du village, leurs têtes, près des nuages, les placent en bonne position pour atteindre le royaume des morts sans encombre, lorsqu’elles seront appelées par Dieu.
On assiste, avec elles, à l’enterrement de ce « pauvre Monsieur Geissrathner », qui a trouvé la mort dans un accident causé par un turc. Sous couvert du Bon Dieu, les deux vieilles bigotes vont se laisser aller à la surenchère verbale, tombant dans la nauséabonde idéologie fascisante. Leurs gestes chorégraphiés, exécutées avec précision, rythme l’inévitable endormissement de l’esprit, causé par le regard du « c’était mieux avant ! », pour déboucher, en conclusion, sur un certain repli identitaire. La mécanique du geste accompagne la mécanique, inévitable, de la pensée unique. Sous couvert de bon Dieu, l’autre, celui qui fait figure d’étranger, de ce village bavarois (ou Bas Varois !) est ainsi mis au banc des accusés.

Thomas Bernhard, avec ses écrits, dénonçait et témoignait de l’embourbement de la pensée. L’autre Compagnie est présente pour nous rappeler que les deux vieilles bigotes sont toujours présentes et se sont multipliées depuis. C’est avec le rire que l’on peut dénoncer ceci. Mais après ? On peut se dire que le bon Dieu arrange tout

Le Mois de Marie précédé de L’imitateur, mes Frédéric Garbe, avec Frédéric Garbe, Pascal Rozand et Gilbert Traïna, jusqu’au 28 juillet, au Théâtre des Halles, à 16h30.

Laurent Bourbousson