Interview : Daniel Larrieu

25 février 2018 /// Les interviews

Il est le fil rouge de la 40e édition du festival Les Hivernales. Le chorégraphe Daniel Larrieu présente Emmy + Avenir, dimanche 25 février, et Littéral, mardi 27 février. Interview de celui qui danse et chorégraphie depuis 30 ans.

Vous êtes le fil rouge de la 40ème édition du festival Les Hivernales, festival qui a permis de faire émerger les chorégraphes de la Nouvelle danse française et de proposer les nouvelles écritures chorégraphiques tout au long de son existence afin d’élargir les différentes perceptions que l’on peut se faire de la danse. Quel parallèle peut faire le public entre cette histoire-ci et la vôtre ?
Si je suis issu de cette vague de nouveaux auteurs, qui ont ouvert les voies dans la danse contemporaine française, je suis aussi témoin de cette période. J’ai travaillé pour que l’élargissement de la perception soit possible. Le public, qui est très important pour accompagner les chemins de la création, s’est formé, j’ose dire, en même temps que nous, dans l’élaboration d’un regard curieux et ouvert.

Je n’ose pas le parallèle, ce serait prétentieux, disons que j’ai traversé Les Hivernales depuis assez longtemps pour être attaché à cette belle manifestation. J’espère qu’il en est de même pour le public.

Vous avez participé à l’évolution de la danse. Votre écriture, empreinte d’une forme de liberté dans le mouvement, est née dans les années 80, avec tout un ensemble de nouvelles écritures chorégraphiques. Qu’est-ce qui a permis de libérer les corps dansants et comment avez-vous alors vécu cela ?
Ce qui a été le plus fort est qu’avec cette vague de soutien de l’État, des collectivités territoriales, et du public, c’est la diversité, l’engouement et le non jugement dans lequel a émergé ce mouvement. Souvent et chacun à sa manière, les uns, les unes, les autres, nous avons construit des écritures qui n’étaient pas semblables.
Nous avons fait des expériences de micro-politique en gestes : depuis des écritures, où l’autorité de l’auteur se combinait dans un partage avec les interprètes, jusqu’aux expériences plus horizontales, voire de l’improvisation dirigée. Il y a également eu le grand mouvement qui s’est organisé autour des écritures corpographiques – je précise le lieu de l’écriture se déplaçant depuis le corps dansant traditionnel aux corps de la performance.

Tous ces auteurs ont formé un tissu très dense et fort de nouveaux espaces dramaturgiques qui étaient influencés par d’autres arts : les arts plastiques la musique, le cinéma, le théâtre…

En 1986, vous avez relu les collections du Musées d’Orsay dans Quai Bourbon en leur donnant mouvement. Votre source d’inspirations était les photographies de Charles Nègre. Qu’est-ce qui anime cette envie de décloisonner les différentes formes d’arts et de les relier ?
Ces projets vont avec l’époque, j’ai été comme d’autres, appelé à produire des pièces différentes, ici une commande du musée d’Orsay, avant pour une piscine « Waterproof », puis pour des paysages de glaces au Groenland, puis plus souvent vers le théâtre aussi. Ces déplacements sont la marque d’un intérêt et d’une curiosité de ma part. J’aime me déplacer d’un champ de la représentation à un autre ou encore travailler avec des amateurs.

Vous présenterez Emmy+Avenir le dimanche 25 février au Théâtre Golovine. Aujourd’hui, vous vous apprêtez à transmettre ce solo qui révèle le sensible de l’âme. Pourquoi proposer ce solo au centre de votre lecture performative ?
Il s’agit à la fois d’un concours de circonstance et d’une proposition qui s’est construite avec Isabelle Martin Bridot, nous parlions transmission et je trouvais intéressant de donner à voir le processus tout autant que le résultat de ce travail.
Il existe des manières de transmettre le mouvement dansé, il y a la notation, la vidéo, la mémoire individuelle ou collective autour d’un geste, sa précision, son intention, sa force. C’est un enjeu que de vouloir à la fois transmettre une danse et de trouver le point d’équilibre entre l’écriture et son interprétation. Ici, je donne Emmy à un jeune interprète de 20 ans, Enzo Pauchet, 40 ans nous sépare séparent, le temps des Hivernales.

Nous avons produit un livre chez Acte Sud qui s’appelle Mémento et qui fait le parcours en image et en textes de 30 années de travail. Je voulais travailler l’oralité de ce texte et ce projet s’appelle Avenir. Il s’agit de traverser ces textes en musique et en regardant des photos, un album peu historique, plutôt transversal qui raconte, dans lequel je raconte. Là aussi, il y a transmission directe.

Ces deux projets sont l’objet de la soirée du 25 février, dire au présent ce qui nous traverse et voir le résultat de cette transmisison transmission.

Littéral est un joyeux moment que vous vous apprêtez à faire vivre au public des Hivernales. Quel a été le déclenchement de l’écriture de cette pièce ?
Littéral a été écrite pour fêter mes 60 balais et revenir, après quelques années du côté du théâtre ou des installations, à un travail totalement chorégraphique. J’ai tissé trois pièces qui s’articulent avec trois univers musicaux, imaginé des costumes roses pour jouer avec le mot ballet. C’est un retour très fort vers la composition du geste dansé. Je suis très heureux d’avoir trouvé les moyens de travailler autour de 8 à 10 semaines alors que la plupart des pièces sont faites en 5 semaines.
Nous traversons une époque où l’évaluation d’un projet est commerciale et où les critères de soutient sont plutôt du côté de l’économie ou de la réputation que du côté du travail réel des équipes. Donc joie du travail et joie de venir montrer ce travail.

La transmission est un des points essentiels dans votre travail. On vous retrouvera en région PACA, dans le cadre de MP2018, à la Scène nationale du Merlan pour He loves and she loves. Cela fera suite à des ateliers de transmission autour de Maria La O et de LUX. Que recherchez-vous au travers des différentes transmissions que vous effectuez ?
C’est une demande précise, une commande du théâtre du Merlan : que nous puissions avec un large groupe d’amateur danser dans la rue, deux courtes pièces du répertoire. Maria La O, qui a été créée pour le Frankfurt Ballet, est une courte comédie musicale quel’on fait allongé au sol. Cette danse sera précédée des saluts de la pièce LUX qui a été une création qui traitait du paysage. Dans ces deux propositions simples, il s’agit de FAIRE ENSEMBLE.

Dans une société qui ne fête que l’individualisme, voire la compétition entre les êtres, il est temps de redire qu’il existe d’autres formes du faire ensemble, que l’on appelle suivant ses choix : le militantisme, l’engagement, la mixité, l’accueil, le soutien, l’entraide. Ici, c’est le sport collectif de la danse qui devient une affaire de toutes et de tous.

Propos reccueillis par Laurent Bourbousson

Photos : Littéral ©Benjamin Favrat

Emmy + Avenir est à découvrir dans le cadre du Festival Les Hivernales, dimanche 25 février 2018 à 18h00, au Théâtre Golovine. Renseignements : 04 28 70 21 82.
Chorégraphie et texte Daniel Larrieu / Interprétation Daniel Larrieu Alexandre Pauchet / Musique Antoine Herniotte / Scénographie Franck Jamin / Direction technique Christophe Poux

Littéral est à découvrir dans le cadre du Festival Les Hivernales, mardi 27 février 2018 à 20h30, salle Benoît XII (Avignon). Renseignements : 04 28 70 21 82.
Chorégraphie Daniel Larrieu / Interprétation Marie Barbottin Léa Lansade Marion Peuta Jérôme Andrieu Yan Giraldou Daniel Larrieu / Musique Jérôme Tuncer, arrangements (solo DL, 10 mn) Quentin Sirjacq, création (quintet, 30 mn) Karoline Rose, création (quintet, 20 mn) / Création lumière Marie-Christine Soma / Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy Les balais réalisés en paille de sorgho ont été fabriqués à l’ancienne par Didier Dussere à Saint Chaptes, France / Costumes Clément Vachelard (conception) et Brice Wilsius (réalisation) / Direction technique Christophe Poux