ITW : Nicolas Mathis du Collectif Petit Travers

29 novembre 2016 /// Les interviews

Le Collectif Petit Travers offre un répertoire entre jonglage et danse. Programmé avec Nuit, dans le cadre de la tournée Nomade(s) de la scène nationale La Garance (Cavaillon), du 29 novembre au 2 décembre 2016, on découvre leur univers avec Nicolas Mathis, le fondateur du collectif.

L’histoire du Collectif Petit Travers débute en 2003, avec le duo Nicolas Mathis et Denis Fargeton pour Petit Travers. En 2005, Nicolas Mathis crée, avec un danseur et une danseuse, Le Parti-Pris des choses. Suivront Pan-Pot ou modérément chantant (2009), Les beaux orages qui nous étaient promis (2013), Nuit (2015), qui va fêter sa 100ème représentation, et Dans les plis du paysage (2016). Le Collectif a ainsi évolué et trouvé une codirection artistique avec Nicolas Mathis et Julien Clément.
Et cela fait 13 ans que l’histoire dure. 13 ans de recherches esthétiques au service de la poésie et surtout du spectacle vivant.

13 ans d’existence pour le collectif. Comment fait-on pour renouveler l’art du jonglage de création en création ? Qu’est-ce qui anime l’esprit du collectif ?

Pan-Pot ©Philippe Cibille

Pan-Pot ©Philippe Cibille

Nicolas Mathis : Quand on fait une pièce, on épuise une question qui en ouvre d’autres, et la nouvelle création se construit avec des pans de choses que l’on a laissé tomber ou pas exploité sur d’autres projets. Si je prends la première création du Collectif, on a mis tout ce que l’on voulait mettre dedans : de la musique, du jonglage, du burlesque. On ne s’est pas beaucoup posé de questions à ce moment là. Avec la pièce suivante, les corps étaient engagés très physiquement, c’était assez violent. On ne se posait pas la question de la présence sur scène. Lorsque l’on voit un jongleur sur un plateau, on voit soit sa relation aux objets qui l’efface du plateau, soit des figures virtuoses pour des numéros de 5 minutes. Or, nous cherchons à faire des pièces d’une heure. C’est réellement à partir de Pan-Pot que tout a changé. Nous avons essayé de dépersonnaliser les corps, de se dire que l’on avait une palette énorme pour montrer des jongleurs qui agissent dans un rapport rythmique et graphique. On s’est mis à utiliser les corps comme de simple masse graphique dans l’espace avec des trajectoires de balles qui les révèlent dans leur relation.
La construction de la durée et la composition sont très importantes aussi dans nos créations. On assemble des éléments et on trouve des rapports entre eux. Le rapport au temps est devenu essentiel. On crée des ruptures, on cherche à produire des attentes par des répétitions, et de frustrer ou de contenter ces attentes. On joue avec le désir du spectateur, avec des éléments simples.

Vous travaillez également sur le hors-champ ?

Nicolas Mathis : Le fait de pouvoir lancer des balles de l’extérieur du plateau sur la scène, sans savoir d’où elles viennent, ou de la scène vers l’extérieur, sans savoir où elles vont, ouvre un imaginaire très fort.

C’est ce qui se passe dans Nuit ?

Nicolas Mathis : La scène représente une pièce. Il y a des portes à cour et à jardin. On ne sait pas ce qui se passe derrière ces portes, mais il y a des balles qui entrent et qui sortent. Il y a l’utilisation de quelque chose que l’on ne voit pas mais où il y a de la vie qui s’organise. C’est assez intéressant poétiquement car ça laisse de la place pour le spectateur. Il construit sa propre pièce, sa propre histoire.

Quel prétexte artistique a servi à la création de Nuit ?

Nicolas Mathis : Nuit s’est construit autour des goûts rythmiques pour des actions et du travail de lumières afin de mettre en rapport des éléments du plateau entre eux. J’ai travaillé seul sur l’écriture puis j’ai été rejoint par Julien Clément et Remi Darbois, avec le regard extérieur de Gustaf Rosell (ndlr il a été le meilleur jongleur de 2012 à 2014 dans le top 40 des jongleurs). Nous avons questionné les présences que l’on souhaitait faire vivre et quel rapport au public nous voulions créer. Nous avons voulu que cette pièce soit mystérieuse, magique et légère.

Vous êtes dans la région avec 4 dates, dans 4 lieux différents. Comment cela va-t-il se passer techniquement ?

Les beaux orages qui nous étaient promis ©Moa Karlberg

Les beaux orages qui nous étaient promis ©Moa Karlberg

Nicolas Mathis : Après Les beaux orages, nous avions envie de faire une pièce plus petite. Nous avons un rapport plus intime au spectateur avec Nuit. Notre rapport à la tournée a également changé. Nous montons nous-mêmes le plateau. Nous sommes 3 jongleurs plus un technicien, qui a une partition rythmique assez folle. On retrouve réellement une vie de tournée avec cette proposition : on se déplace en camion, on fait les montages et démontages ensemble. Cela n’a rien à voir lorsque l’on est 11 en tournée ! Cette pièce a été créée pour la proximité et que ce soit très léger.
C’est aussi la première pièce qui a été finie le jour même où elle a été créée et depuis rien n’a bougé à l’intérieur, rien n’a été retouché.
C’est un spectacle facile et drôle à tourner.

Le spectateur associe souvent le terme jonglage à la magie. Est-ce que cet art est tout sauf magique pour celui qui l’exerce ?

Nicolas Mathis : On vient de l’école du Cirque Plume. Lân NGuyen enseignait la technique du jonglage comme des postures et des états d’esprit. On a travaillé le jonglage avec cet esprit de la magie, afin que tout un chacun se pose la question de savoir si il y a un truc ou pas. Pour Nuit, on trouve cette magie (ndlr Nicolas m’a révélé quelques effets du spectacle que je tairai ici). On souhaitait que les balles soit des personnages à part entière, une espèce de foule, de meute, une vermine qui se glisse partout et qui provoque un jeu entre les 3 personnages.

Vous êtes basés à Villeurbanne. Qu’est-ce que cela a changé pour le collectif ?

Nicolas Mathis : Nous venons de Toulouse. Alors que nous tournions à l’international, la région ne nous soutenait pas. Nous avons décidé de venir en région Rhône Alpes, il y a deux ans. Nous avons un lieu de 200 m2 qui abrite nos bureaux, un plateau, un atelier de décors. C’est un super lieu. On l’utilise pour nous et pour des compagnies de danse et de cirque de la région. On a une vie de résidence chez nous.
Nous avons été formidablement accueilli par la région. Leur réseau de théâtre est très professionnel. Nous avons un conventionnement Drac-Région-Département, et le lieu contribue au développement de la compagnie. Tout va bien.

Nuit
Une création collective de : Nicolas MATHIS, Julien CLÉMENT, Remi DARBOIS
avec la participation de Gustaf ROSELL
Conception/réalisation scénographique : Olivier FILIPUCCI
Direction technique/régie : Olivier FILIPUCCI et Martin BARRÉ
Développement numérique : ekito, sous la direction de Benjamin BÖHLE-ROITELET

Afin ne pas rater le travail du Collectif Petit Travers dans la région PACA, car non programmé dans notre région jusqu’à présent, voici les dates : le 29 novembre aux Taillades, le 30 à Caumont-sur-Durance, le 1er décembre à Oppède et le 2 à Noves.

Tous les renseignements sur le site de La Garance.

Pour en savoir plus sur le collectif, leur site.

Laurent Bourbousson