Itw : Claudine Pellé pour le festival De ses battements d’elles – Arles

7 novembre 2016 /// Les interviews
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A partir du 8 novembre, et pour un mois, La compagnie de l’ambre propose, à Arles, le festival De ses battements d’elles, 8ème du nom. 8 ans d’existence pour dire la place et raconter des histoires de parcours de femmes dans un monde toujours plus dur. Interview de Claudine Pellé à la veille de l’ouverture du festival.

visuel-de-ses-batt-2016Cette année est la 8ème année du festival De ses battements d’elles
Claudine Pellé : La compagnie de l’Ambre a créé ce festival en 2009. Nous avons réussi à tenir jusqu’à maintenant !

C’est un véritable combat que vous menez ?
Claudine Pellé : Oui, tout à fait, c’est un véritable combat. La compagnie travaille sur 3 axes : celui de la création artistique, avec des spectacles pluridisciplinaires autour de nos propres écritures ; le travail de terrain que je mène dans les quartiers d’Arles, auprès des femmes marocaines, algériennes ou harkis, depuis 2002 ; et enfin, le festival De ses battements d’elles.

Le festival est-il la continuité de votre travail de terrain ?
Claudine Pellé : En effet. Il a été créé également grâce à ma rencontre avec Claire Antognazza, alors adjointe à la culture, déléguée aux droits des femmes. De ses battements d’elles est une proposition pour faire découvrir des écritures féminines, qu’elles soient théâtrales, littéraires ou plastiques, mais aussi des parcours de femmes. A chaque fois, il y a un fil conducteur. Cette année, c’est parler de la place des femmes dans la guerre et comment parler de cette mise en guerre de nos vies d’aujourd’hui.

Ce thème sous-tend-il que la femme est devenue une arme de guerre ?
Claudine Pellé : Aujourd’hui dans les pays africains, maghrébins, mais aussi en Europe, les femmes sont en première ligne, les enfant aussi. Elles sont dans des situations d’isolement, d’inégalités sociales, de difficultés. Il y a le viol comme arme de guerre, l’esclavage sexuel, et tout ce qui se passe dans nos quartiers, avec l’isolement, la stigmatisation, etc… Je suis très en regard de tout cela et j’ai essayé de voir comment je pouvais trouver des propositions d’aujourd’hui, avec un regard sur le passé, et comment les propositions peuvent toucher tous les publics. Cette année, la compagnie va à la rencontre des collégiens, des lycéens, des femmes de quartier, avec des structures qui s’occupent des primo-arrivants. Il y a une vraie émulation autour du festival et c’est pour cela que nos propositions sont programmées en matinée et en soirée pour toucher un plus large public.

On sent l’urgence aujourd’hui autour de la question de la place de la femme dans le monde. Cette place vous semble-t-elle bafouée ?
Claudine Pellé : Complètement. Je suis de l’époque du Mouvement de libération des femmes (MLF) et c’est assez étonnant de voir qu’auprès des jeunes filles, il y a une certaine régression. On entend des phrases comme : mon mari a le droit de me frapper ou je suis un cadeau pour l’homme… Des phrases qui sont assez troublantes et qui me font dire qu’il faut continuer à parler et non apposer sa pensée à une autre pensée. Il faut présenter d’autres expériences pour qu’il y ait un peu plus d’esprit critique sur ce qui se passe aujourd’hui.

Vous effectuez un travail de fond autant sur le terrain que pour la programmation puisque on croisera du reportage, des rencontres, une exposition, du théâtre, des lectures. Est-ce que l’on peut parler d’un festival pluridisciplinaire ?
Claudine Pellé : Complètement. Il y a des propositions pour parler de certains sujets et certaines qui proposeront une réflexion par l’artistique. Les équipes de la médiathèque d’Arles et du Centre de la résistance et de la déportation du Pays d’Arles font aussi un travail de fond, indispensable au festival, et sont des personnes formidables.

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Est-ce que vous pouvez-nous parler du festival ?
Claudine Pellé : L’ouverture du festival se fera avec Rwanda l’art de se reconstruire, le 8 novembre à 14h et 18h. Florence Prudhomme a écrit ce livre après avoir suivi et aidé, depuis 10 ans, des femmes qui ont tout perdu après le génocide des Tutsi. Michelle Muller, réalisatrice, a filmé ces femmes dans le chemin de leur reconstruction intérieure, qui passe par la réappropriation de la technique de peinture de Imigongo. Michelle et Florence sont des personnes qui sont sur le terrain auprès des femmes depuis plusieurs années. Elles ont été présentes dans la jungle de Calais et sont très au fait de ce qui se passe là-bas. Là on est dans le documentaire et le reportage avec cette question : comment être à l’écoute de son intériorité ?
Ensuite, le 18 novembre, vous avez le spectacle Une vie bouleversée, d’après le journal intime de Etty Hillesum, véritable hymne à la joie. Ce journal retrace l’histoire de cette jeune femme juive qui se découvre intérieurement, qui souhaite devenir écrivain, alors que l’étau se referme sur les juifs. Cela se passe en Hollande et elle terminera mystique à Auschwitz. Ce qui m’a intéressé dans le texte, c’est l’actualité extraordinaire de l’écrit. La mise en scène de Jean-Claude Fall et l’interprétation et la conception de Roxanne Borgna en fait un spectacle pour les jeunes. C’est un spectacle visuel, et on peut à partir de ce texte questionner le racisme, l’antisémitisme, et la place des jeunes filles aujourd’hui.
Dans ce spectacle, il y avait des photos de Marie Rameau et c’est grâce à Roxanne Borgna et à Jean-Claude Fall que j’ai pu rencontrer Marie Rameau, qui proposera l’exposition Des françaises à Ravensbrück, le 28 novembre. A cette occasion, deux classes d’Arles viendront lire des témoignages de déportés.
On terminera avec un temps de lecture, Poésies secrètes en temps de guerre, le 9 décembre. Avec Marie Augereau, Claire Madelénat, Chris Voisard, nous présenterons des écritures d’une irakienne, d’une libanaise, de différentes poètes femmes qui ont écrit dans des camps de guerre.
Tous les spectacles sont en entrée libre, sur réservations, et certains jours, le public aura la possibilité de rencontrer Roxanne Borgne et Marie Rameau.
Il peut y avoir une certaine appréhension par rapport aux propositions, du style je n’ai pas envie de voir ça…
Claudine Pellé : On me le dit. C’est une édition qui a un sujet lourd et fort mais ce qui est présenté est très léger, plein de joie et d’espoir, et émouvant aussi. La question qui peut sous-tendre ce festival est : comment par un processus de création on peut continuer à résister ? Et c’est pour cela que j’ai choisi cette phrase de Florence Prudhomme « A l’intérieur de soi, toute l’humanité a été sauvegardée ».
Le festival continuera, ensuite, avec des échanges avec les lycéens, les collégiens. Je mène beaucoup de groupes de paroles, et l’important est de parler.

 

Festival De ses battements d’elles, du 8 novembre au 10 décembre 2016.
Rencontres avec Roxanne Borgna, du 10 au 16 novembre, et avec Marie Rameau, du 28 novembre au 2 décembre, sur réservations au 06 07 40 57 59.
Renseignements : desesbattements.canalblog.com

Laurent Bourbousson

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