[ITW] Alain Ubaldi de la Compagnie Kit pour Au-dehors

3 avril 2019 /// Les interviews

Alain Ubaldi (Compagnie Kit) reprend Au-dehors, pièce créée il y a 11 ans. L’occasion de la découvrir ou redécouvrir les 5 et 6 avril à Artéphile – Avignon et pour nous celle d’échanger avec l’auteur et metteur en scène de cet objet. Interview.

La création d’Au-dehors

Alain Ubaldi

Vous êtes auteur et metteur en scène du texte Au-dehors. Vous avez créé la pièce en 2008. Elle a été jouée plus de 80 fois. Qu’est-ce qui vous pousse à la reprendre aujourd’hui ?
Parce qu’il est de plus en plus d’actualité. Il fait écho à l’environnement social dans lequel il s’insère, et cela plus qu’un 2008.

Quels sont les événements ou éléments qui vous ont poussé à écrire l’histoire de cet homme qui se retrouve face à lui-même, après un licenciement dû à un retard de 10 minutes ?
Il me semblait que dans l’ensemble de la société, il y avait une montée de la violence à différents niveaux : des individus contre eux-mêmes et des uns contre les autres. Je me suis demandé comment on pouvait traiter de cette violence qui montait dans la société.

Est-ce que vous avez modifié des parties du texte depuis 2008 ?
C’est une forme qui a évolué depuis 2008, pour trouver sa forme que l’on joue depuis 2014. J’ai cherché sa forme finale pendant longtemps. J’ai retravaillé la troisième partie du texte pour la relier aux deux autres, et c’est en 2014, lors du festival off au Théâtre des halles que je me suis dit que j’avais trouvé la fin.

La mise en scène

Comment avez-vous travaillé à la mise en scène, tout en étant dans le rapport auteur-metteur en scène ?
Le rapport de l’auteur à son écriture et à la mise au plateau est un processus lent. Il s’est élaboré au fur et à mesure de mon activité, que j’ai débutée il y a 15 ans. C’est une vraie gageure. C’est très difficile de sortir de l’imaginaire de l’écriture pour aller dans l’imaginaire de la mise en scène. Cela est faisable avec une équipe. Pour chaque spectacle, ce rapport-là est différent.

Il y a 3 temps dans Au-dehors. Comment cela se traduit sur le plateau ?
Le spectacle est en 3 parties distinctes avec 3 esthétiques différentes. C’est le cinéma qui m’a amené au théâtre. Parfois, je me demande si j’écris réellement du théâtre. Les images que j’avais en tête étaient plus des images de l’univers cinématographique et cela on le perçoit bien dans la première partie, qui est totalement visuelle. Avec les deux suivantes, on rentre plus dans un aspect théâtral. Le personnage s’incarne de plus en plus. Quand je pense mise en scène, je pense cinéma et mes deux repères sont David Lynch et Andreï Tarkovski.

Stéphane Schoukroun et Lionel Garcin

Stéphane Schoukroun dans Au-dehors

Ce qui est merveilleux dans l’histoire de la pièce, c’est que Stéphane Schoukroun incarne le personnage depuis 2008. Vous avez dû voir une certaine évolution dans son interprétation.
En 2008, c’était notre première collaboration. On a appris à se connaître. Stéphane est rentré dans mon écriture. Il la découvrait. Au fur et à mesure des années, il a pris de l’aisance. Il a apporté à l’écriture. Le tout a évolué dans une sorte de maîtrise et de lâcher-prise dans son jeu. Aujourd’hui, on serait dans la virtuosité. Je sais que les comédiens n’aiment pas ce mot, mais il y a ce paradoxe : nous sommes dans la virtuosité et dans le lâcher-prise extrême. Il devient très juste et très présent dans l’acte dramatique.

Vous avez passé commande au saxophoniste Lionel Garcin. Comment avez-vous travaillé avec lui ?
Avec Lionel, nous nous connaissions. Il n’avait jamais écrit de musique pour un spectacle et a été très surpris par cette demande. Je lui ai fait entièrement confiance pour l’écriture de sa partition. Nous avons beaucoup échangé et tout s’est fait naturellement étant donné qu’il y avait cette sensibilité commune à l’objet artistique.

Le rapport au public

Avec le recul, comment percevez-vous le positionnement du public avec votre œuvre ?
Le public est un peu dérouté par la forme. Il plonge dans l’univers et en ressort bouleversé. Les gens ne pensent pas, au début de la pièce, qu’ils seront bouleversés à sa sortie. Avec l’équipe de création, nous avons trouvé un objet inattendu qui parle de notre monde.

Quel plus beau souvenir d’un spectateur gardez-vous en tête, après près de 80 représentations d’Au-dehors ?
Il y en a plusieurs souvenirs qui me viennent en tête. Les retours du public et ils sont la raison du pourquoi nous le reprenons.
La première fois que nous avons rejoué Au-dehors, au Théâtre tremplin pour le Off 2010, un couple regardait l’affiche à la sortie du spectacle. Ils étaient bouleversés. Je leur ai demandé s’ils avaient aimé. L’homme m’a dit que ça avait fait écho à son vécu. L’émotion était belle, réelle.
Quand Charb et Patrick Pelloux sont venus voir le spectacle. Lorsque je sors du théâtre, j’entends Patrick qui demande à Charb qui est le mec qui a écrit cette pièce. Je lui ai tout simplement dit moi. Cette rencontre était formidable, de même ce qui s’est passé par la suite, également.
Enfin, lors du festival Off 2014 au Théâtre des Halles, j’étais avec Stéphane et un couple s’est approché pour nous dire : ce que vous avez fait est vraiment de l’art. Nous avons été bouleversés.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Photographies : Cie Kit

Générique et dates

Au-dehors, les 5 et 6 avril 2019 à 19h30, au Théâtre Artéphile – Avignon. Renseignements ici.
Texte et mise en scène Alain Ubaldi | Interprète Stéphane Schoukroun | Scénographie Wilfrid Roche | Lumières Thomas Falinower | Bande son Lionel Garcin | Vidéo Jean-Pierre Lenoir | Collaboration artistique Estelle Gapp
Site de la Compagnie Kit