[ITW] Avec L’ImpruDanse, Théâtres en Dracénie entre en fête

10 mars 2026 /// Les interviews
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En 2017, Théâtres en Dracénie débutait son festival, prudemment, avec seulement 4 jours à son actif. Edition après édition, le festival s’est étoffé et aujourd’hui, il “dure trois semaines avec quatre samedis” et accueille un public toujours plus nombreux. “Nous sommes passés de 6 500 spectateurs en 2024 à 8 500 l’an dernier, avec un taux de remplissage de 97% dans une salle de plus de 700 places” souligne la directrice du lieu.

Le succès du festival est dû au mélange d’artistes de la région, nationaux et internationaux que l’on retrouve dans la programmation. Que vous réserve L’ImpruDanse 10 qui se déroule du 14 mars au 4 avril 2026 ? Maria Claverie-Ricard vous apporte des éléments de réponse.

L’ImpruDanse fête des créations régionales

Cette année, le festival souffle la bougie de sa 10ème édition et l’année prochaine, il fêtera ses 10 ans d’existence. Est-ce que cette édition revêt un caractère particulier ? 
Maria Claverie-Ricard : Forcément, oui. En plus, avec l’équipe, nous avons vraiment décidé assez tôt que ce serait la dixième édition que l’on mettrait en avant, plutôt que les fameux dix ans. Je dis ça, mais pour les dix ans, nous ferons une fête aussi. Ce qui est le plus important, c’est vraiment de donner la place à la création, notamment d’artistes de la région, mais également des artistes internationaux.

Pouvez-vous nous citer les artistes régionaux que l’on retrouvera dans cette programmation ? 
Maria Claverie-Ricard : Avec plaisir. On retrouve la jeune chorégraphe très talentueuse dont on dit d’elle qu’elle est l’avenir du flamenco contemporain, Ana Pérez. On la retrouve avec sa pièce, le duo Stans qui est déjà une réflexion sur le texte liturgique du poète franciscain Jacopone da Todi, « Stabat Mater ». Puis, sur sa nouvelle création Stabat Mater, dont nous sommes les coproducteurs. C’est une création qu’elle a écrit pour trois danseuses, un chanteur et une voix de flamenco. L’équipe et moi sommes très heureux de pouvoir faire cette traversée avec Ana. Il y a également Blossom de Sandrine Lescourant, sa pièce chorale écrite à la fois pour un groupe de danseurs professionnels auquel elle mêle un groupe d’amateurs du territoire (voir l’interview de Sandrine Lescourant ici).
On retrouve bien évidemment Nacim Batou, notre artiste associé avec lequel nous clôturons notre association au bout de cette saison après 4 années de compagnonnage. Le public retrouvera à cette occasion sa grande forme Un grand récit, dont nous sommes coproducteurs. C’est un projet avec un enjeu très important pour Nacim. Il propose une traversée chorégraphique sur le temps, avec un grand T, sur l’histoire avec un grand H. 
Puis, nous avons passé une commande inédite. Nous nous sommes un peu amusés avec Nacim et Julien Avril, un autre artiste associé, metteur en scène et dramaturge. Nacim et Julien se sont rencontrés tous les deux au détour d’ateliers variés que l’on donne sur le territoire. La rencontre s’est faite ainsi : ils étaient dans le même hôtel et chacun était dehors sur le balcon. Julien fumait sa cigarette, Nacim au téléphone. Ils ont commencé à converser. Comme ils le racontent, autour d’un café au départ, la discussion a duré toute la nuit. L’idée est venue de leur donner carte blanche pour la dixième édition. La proposition a pour titre Danse ma parole. Je trouve que le titre est assez joli. C’est une pièce inédite et c’est le récit de deux artistes, l’un qui parle à travers son corps, l’autre qui parle à travers ses mots et de comment cette rencontre va être possible avec leur identité et leur entité personnelle. 

Pouvez-vous nous dévoiler la compagnie qui succédera à la Cie Ayaghma de Nacim Battou ? 
Maria Claverie-Ricard : C’est la Compagnie Par-allèles de Jamal et Hosni M’hanna, qui sont deux danseurs chorégraphes qui sont assez connus dans le milieu de la danse urbaine, notamment en Île-de-France, mais pas que. Ils sont implantés dans le Var et je ne les connaissais pas. Ils tournent partout sauf dans leur proche territoire !
Le public les rencontrera lors de la double soirée avec Kader Attou. Ils présenteront Camus, entre misère et soleil, création dont nous sommes coproducteurs. Jamal et Hosni sont venus en résidence en juillet dernier. Ils ont travaillé durant trois semaines à la création lumière et création sonore.
Pour la petite histoire, ils m’ont raconté qu’il y a vingt ans de ça, ils ont fait leur premier stage de danse avec Kader à Draguignan, sur le plateau. 

L’ImpruDanse s’offre la danse venue d’ailleurs

Kader Attou, Rachid Ouramdane, Sidi Larbi Cherkoui, Paulo Azevedo et le duo Alfonso Baron et Luciano Rosso font partie de la programmation.
Maria Claverie-Ricard : Oui, et j’en suis ravie. Kader Attou présentera Prélude, en version plateau et en intégralité après sa tournée en extérieur qui a remporté un franc succès. Rachid Ouramdane, directeur du Théâtre de Chaillot, vient avec la compagnie de circassiens XY. Ils présenteront Contre-Nature. C’est une pièce magnifique dans laquelle les interprètes évoluent dans le sombre obscur. 
Depuis la création du festival, je souhaite inviter Sidi Larbi Cherkaoui. Chose faite enfin pour cette 10e édition. Il vient présenter une pièce qui a très peu tourné, 3S, comme trois solos, avec trois danseurs accompagnés de musiciens en live, d’interprètes, de chanteurs et chanteuses. Sidi a convoqué une australienne, un japonais et un mexicain. Tous les trois vont parler des douleurs que vivent leurs pays. C’est une pièce très percutante dont on ne sort pas indemne. 
Pour le dernier samedi, le 4 avril, à 19h00, le public croisera de la légèreté avec la performance des argentins Alfonso Baron et Luciano Rosso avec Un Poyo Rojo. En soirée, nous aurons un double plateau absolument tonitruant avec l’Amérique latine et l’Afrique du Sud réunis. Nous accueillons la dernière pièce des Via Katlehong Dance, la célèbre compagnie d’Afrique du Sud que le public connaît déjà. Leur particularité est d’inviter un chorégraphe différent à chaque création. Pour celle-ci, ils ont invité Paulo Azevedo, qui est un brésilien spécialiste de la danse urbaine au Brésil. Pour eux, c’est l’occasion de croiser  la danse urbaine brésilienne, le Passinho, et celle d’Afrique du Sud, le Pantsula. À cette occasion, pour notre flashmob géant traditionnel, nous serons en mode latino puisque l’on reçoit l’Argentine et le Brésil sont représentés. J’invite le plus grand monde à apprendre la chorégraphie mise en ligne à cette occasion pour être prêts à faire la fête !  

Les à-côtés de L’ImpruDanse

Nous avons évoqué les spectacles, mais le festival est bien plus.
Maria Claverie-Ricard : En effet, et cela est tout autant important. Pour cette édition, nous aurons une exposition de photos inédites des spectacles qui ont été prises sur le festival par les différents photographes qui sont venus. On essaime l’expo dans toute la ville. Il y a effectivement le hall du théâtre, mais il y a des totems dans la ville, les grilles du jardin anglais, celles du Musée des arts et traditions populaires, du conservatoire et à l’intérieur. Le public pourra voir les photos des spectacles qui ont marqué les 10 éditions. 
Puisque nous avons quatre samedis, nous avons quatre soirées qui se terminent avec un dance-floor. C’est notre tradition. En général, ce sont les créateurs sonores des compagnies. Ils viennent enflammer le dance-floor et on adore ça. 
Dans la programmation, on retrouve également des ateliers participatifs, et les jeudis Docu Danse. Cette année, on retrouvera un documentaire sur le flamenco avec Rocio Molina, Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch, et un assez rare sur la danse africaine. Tous les documentaires entrent en relation avec notre programmation. 
Pour la journée d’ouverture, un battle attend les plus aguerris au genre dès 14h, avec des prix très sympas. Il est animé par les frères M’hanna de Par-allèles. Ils sont vraiment habitués à faire ça. 

10 ans de théâtre

L’ImpruDanse en est à sa 10e édition et par répercussion à vos 10 années à la direction de Théâtres en Dracénie. Que retenez-vous de cette traversée ? 
Maria Claverie-Ricard : Je crois que j’ai tout vécu durant ces 10 ans. Entre deux ans de travaux avec une programmation Hors les Murs, le Covid, une inondation avec un mètre cinquante d’eau dans le théâtre… je pense que je suis armée. Mais si je repense à cela, le plus grand défi a été de poursuivre une programmation Hors les Murs durant les travaux. Nous occupions la ville. Pour faire la comparaison, Draguignan était un Avignon. Mes équipes techniques transformaient la moindre salle en une boîte noire. C’était un véritable challenge à chaque représentation.

Est-ce qu’après ces 10 ans, vous avez encore la flamme pour poursuivre l’aventure ? 
Maria Claverie-Ricard : La flamme se ravivera peut-être le 22 mars au soir. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédit photo : Prélude ©Carlos Fernandes – Contre-nature ©Patrick Imbert

Toute la programmation de la 10e édition du Festival L’ImpruDanse sur theatresendracenie.com

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