[ITW] Fouad Boussouf – Cie Massala : je pensais à Oüm depuis longtemps

22 février 2020 /// Les interviews
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Le chorégraphe Fouad Boussouf crée Oüm, ce soir, au Festival Les Hivernales. Interview.

Mystère des régions et des jeux de diffusion, il aura fallu attendre l’été dernier, durant le festival Off d’Avignon, pour découvrir Fouad Boussouf. Il présentait Näss, sa précédente pièce, au CDCN Les Hivernales. Aujourd’hui, le chorégraphe revient avec Oüm, et nous fait la primeur de sa création à Avignon.

Le langage chorégraphique de Fouad Boussouf

Comment définiriez-vous votre langage chorégraphique ?
Je différencie le vocabulaire de l’écriture. J’ai commencé en tant qu’autodidacte à faire de la danse hip-hop avec des personnes dans la rue. On se reconnaissait sous plein d’aspects : culturel, musical et aussi parce que c’était très tendance dans les années 90. Très vite, j’ai fait de la danse contemporaine, moderne également. L’idée était de parfaire ma technique de manière générale. Mon vocabulaire est hip-hop, parce que j’ai commencé avec, et mon écriture est complètement contemporaine.

Comment travaillez-vous avec vos danseurs ?
Il y a la matière que je transmets et celle que se transmettent les danseurs entre eux. Dans la distribution de Oüm, on retrouve trois danseurs de Näss. Eux ont transmis leur matière aux nouveaux.
Je dirai que c’est d’abord un travail de matière brute que l’on modifie jusqu’à obtenir une chorégraphie inclassable en technique de danse.

De Transe à Oüm

Le spectacle Oüm vient clore votre trilogie que vous avez débutée avec Transe, en 2013.
Je ne parlerai de trilogie à proprement parler. Oüm est une suite à Transe, à Näss, mais elle n’est pas une fin en soi. Elle fait partie de ma thématique sur le monde arabe.

Quel a été votre cheminement de pensée pour passer d’un spectacle à un autre ?
L’aspect géographique et les textes sont importants dans ce cheminement.
Je sus né au Maroc, pays africain, maghrébin et arabe. De ce fait, les influences sont multiples et arrivent de partout.
Par exemple, Transe se situait dans le Proche-Orient et du côté des poèmes de Mahmoud Darwich.
Pour Näss, nous étions dans quelque chose de plus africain, subsaharien, avec des textes très forts d’un groupe hippie, Nass el Ghiwane.
Je passe d’un univers à l’autre parce que c’est ce que j’écoute comme musique et ce que je lis comme poème. Cela me fait voyager dans ces régions-là.
Pour ce troisième chapitre, nous sommes en Egypte, en présence d’Oum Khalthoum, cette grande dame, chanteuse, musicienne et actrice. Je pensais à Oüm depuis longtemps, et peut-être que je n’étais pas prêt.

Sa musique a-t-elle bercé votre enfance ?
Oui. Tout le monde l’écoutait et mon père en particulier. Nous l’écoutions tellement que je croyais qu’il n’y avait qu’elle. [rires.] On l’appelait par ses différents surnoms : Astre Orient, la quatrième pyramide d’Égypte, la Dame…

Oum Khalthoum et Omar Khayyam

À partir de quels matériaux avez-vous travaillé ?
Il y a eu un gros travail de recherche sur sa vie et sur les poèmes qu’elle chantait. Cela m’a conduit au poète Omar Khayyam, un poète persan du XIème siècle, écrivain des Quatrains. Oum en avait repris un. Il est vrai que ce spectacle aurait pu s’intituler Oum et Omar car ce sont ces deux personnalités qui sont les clés de cette pièce. La recherche des textes à été conséquente.

Comment avez-vous transmis tout ce corpus aux danseuses et danseurs ?
De deux manières. Nous nous sommes rendus au Maroc et nous avons été accompagné par la dramaturge Mona El Yafi, qui avait travaillé sur Omar Khayyam.

Comment cela se traduit-il au plateau ?
Mettre du texte au plateau et parler d’Oum Khalthoum sans la trahir ne sont pas des choses évidentes à faire.
De manière générale, il y a un aspect de groupe important dans mon travail, un aspect communion entre les danseurs et musiciens. Ces derniers ont eu un impact fort sur ce qui se passe au plateau. Nous avons travailler sur la façon d’utiliser la voix.
Ensuite, il y a un aspect d’état de corps comme un état de transe qui permet de faire émerger la poésie nécessaire à l’évasion.
S’évader avec la voix et la musique, le texte, lui, permettant d’appuyer le propos.

La compagnie Massala

Ce soir, le public du festival Les Hivernales assistera à la première de Oüm, une coproduction du CDCN Les Hivernales. Vous créez en dehors de votre région d’appartenance. Est-ce important pour vous ?
Avec le CDCN Les Hivernales, nous nous sommes rencontrés avec Näss et nous avons fait connaissance. Leur soutien nous permet d’être visible ici. Nous en sommes très heureux.

Pour conclure, vous n’êtes pas au plateau et ce pour la seconde fois. Est-ce que l’envie d’y revenir est présente ?
Oui, et c’est toujours dans un coin de ma tête, mais le temps se contracte lorsque l’on est à des postes de chorégraphe, artistique et administratif. Aujourd’hui, je suis plus dans le fait d’asseoir la compagnie, mais j’y reviendrai.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel ©Charlotte Audureau

Dates et générique

Oüm sera créé le samedi 22 février 2020 au Festival Les Hivernales.
Chorégraphie Fouad Boussouf|Assistant chorégraphe Sami Blond|Interprétation Nadim Bahsoun, Sami Blond, Mathieu Bord, Loïc Elice, Filipa Correia Lescuyer, Mwendwa Marchand|Musique Live Mohanad Aljaramani (percussion, oud, chant), Lucien Zerrad (guitare, oud)|Dramaturgie Mona El Yafi|Scénographie Raymond Sarti|Lumière Fabrice Sarcy|Production et diffusion Petya Hristova|Administration Sylvie Nicolas|Manager de tournée Mathieu Morelle

Date à venir : 27 octobre 20 au Théâtre de l’Olivier (Istres)

Le site de la compagnie massala.fr

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