ITW : Serge Barbuscia pour Marche

15 mars 2017 /// Les interviews

C’est au Centre socio culturel La Barbière (Avignon) que la compagnie Serge Barbuscia présentera, mercredi 15 mars, à 19h00, Marche de Christian Petr. Interview.

Il y a 2 ans, Serge Barbuscia créée Marche de Christian Petr, au Centre socio culturel de La Barbière. Ce texte d’une grande poésie relate la vie d’un homme qui vit dans la rue. 2 ans après, Marche se jouera, à nouveau, à La Barbière

Laurent Bourbousson : Vous reprenez Marche de Christian Petr, au Centre socio culturel de La Barbière. En amont de cette représentation, vous avez mené des ateliers au Centre Social La Fenêtre, au Centre Socio-Culturel La Barbière, et à la Maison Pour Tous de Champfleury. Pouvez-vous nous en parler ?
Serge Barbuscia
: Nous avons rencontré, dans ces 3 centres, des groupes avec lesquels nous avons travaillé sur les thèmes de la pièce. L’idée était de ne pas mener des ateliers mais plutôt des incursions, des rencontres sur les thématiques, notamment celle de la double culture, avec cette question : que vivent les habitants de ces quartiers ?, que nous avons pu mettre en relation avec ce spectacle.

L. B. : Comment avez-vous vécu ces rencontres ?
S. B.
: C’était très impressionnant, cela nous a beaucoup touché. Nous avions déjà mené ces actions avant la création de ce texte, il y a 3 ans, avec les communautés Emmaüs. Nous étions aidé par la Fondation Abbé Pierre. Cela nous avait enrichi de rencontrer, de parler et d’échanger avec les personnes que l’on ne voit pas, ou plutôt que l’on fait semblant de ne pas voir.
Ce qui était important pour moi, c’était de proposer mon travail dans les lieux où peu, ou pas de choses se passent.

L. B. : Cela doit nourrir les comédiens de cette proposition ?
S. B.
: Entièrement, mais ça nourrit l’humain également. Nous avons réfléchi aussi de savoir ce qu’est de vivre dans ces quartiers, de vivre entre deux cultures, avec une langue qui n’est pas la notre.

L. B. : Marche permet-il de découvrir l’humain que l’on ne voit plus ?
S. B.
: J’ai créé ce spectacle pour avoir une meilleure compréhension de l’humain. Ma double problématique dans mon travail est la recherche de l’universel et de l’humanisme.

L. B. : Marche replace-t-il le théâtre dans l’espace public ?
S. B.
: Nous sommes sur des tréteaux et nous nous retrouvons dans ce qu’a pu être le théâtre à son origine, un théâtre de citoyens, fait pour les citoyens, qui parle de l’Agora et qui pose un problème de société extrêmement important. Aujourd’hui, on croise des gens dans les rues, on essaie de rester aveugle à cela et nous les rendons invisibles à nos yeux.

L. B. : Est-ce que ce texte a changé votre regard sur ceux que l’on ne veut pas voir ?
S. B.
: Oui, car après avoir discuté avec des personnes qui vivaient dans la rue, on s’aperçoit que cela peut toucher n’importe qui.

L. B. : Comment vous est venu l’idée du sous titre rituel théâtral avant le coucher du soleil ?
S. B.
: Pietr (ndlr l’auteur) m’avait fait connaître ce texte, il y a presque 10 ans avant que je ne le crée. On cherchait des coproductions, on se posait beaucoup de questions et j’avais du mal à imaginer ce texte dans un théâtre habituel, dans la relation frontale avec le public. Nous avons eu l’idée du cercle. Nous avons rencontré la Fondation Abbé Pierre, et nous avons travaillé avec les communautés Emmaüs. Une des personnes qui avait vécu dans la rue m’avait dit ceci « Nous avons peur la nuit, car les réverbères nous éclairent et nous devenons fragiles. Nous n’avons rien pour nous protéger. » Donc, nous jouons avant le coucher du soleil car la lumière du soleil ne crée pas cette peur et que nous pouvons parler. C’est parti de là.

L. B. : Est-ce que les représentations amènent à se reposer des questions sur l’autre, sur le regard que la personne humaine, qu’est le comédien, pose sur ses semblables ?
S. B.
: Ce qui est important, lorsque l’on donne une représentation, est ce qui va nous échapper. Nous avons tout accepté ce texte, nous nous y sommes plongés pour faire surgir ce qui nous échappait du texte. Nous sommes une équipe très unie, très soudée autour de ce projet, car convaincus par ce que nous sommes entrain de défendre, autant sur la forme que sur le fond.

Laurent Bourbousson

Marche
Rituel théâtral d’avant le coucher du soleil, à découvrir le mercredi 15 mars à 19 h au Centre socioculturel de la Barbière à Avignon
D’après le texte de Christian Petr
Mise en scène : Serge Barbuscia | Composition musicale : Dominique Lièvre
Avec les comédiens : Camille Carraz, Aïni Iften, Tella Kpomahou, Fabrice Lebert, Serge Barbuscia
Renseignements : 04 90 85 00 80

Photo : Delphine Michelangeli