[ITW] Philippe Saire : déplacer le spectateur dans son rapport à la scène

20 février 2020 /// Les interviews

Philippe Saire est un chorégraphe rare dans notre région. Ether, l’une des pièces de sa série Dispositifs, est à retrouver le vendredi 21 février, au CNES – Villeneuve-les-Avignon, dans le cadre du Festival Les Hivernales. Nous avons hâte d’y être.

Nous avions enfin rencontrer le travail de Philippe Saire à l’occasion de la « Sélection Suisse en Avignon » durant le Festival d’Avignon 2018. Si le nom ne nous était pas inconnu, son travail souffrait du manque de visibilité dans notre région. Hocus Pocus, programmé alors à Totem – Scène conventionnée d’intérêt national art, enfance, jeunesse – Avignon, laissait son public enchanté de la découverte.

Si cette pièce, sa première à destination du jeune public avoisine à ce jour les 300 représentations, elle témoigne d’un « savoir-faire Philippe Saire » que le chorégraphe met au service de la danse depuis 1986, date de création de sa compagnie dans la région lausannoise.

Si vous le questionnez sur son savoir-faire, lui vous répondra en ces termes : « Les acquis existent et ce que j’essaie de faire, c’est de les requestionner afin de les mettre au service d’un projet. Mais attention, je ne cherche pas à être dans une pièce qui démontrerait mon savoir-faire. » Transition toute trouvée pour échanger sur la série Dispositifs dont le quatrième volet s’intitule Ether.

Ether

Ether fait suite à Black Out, NEONS, Vacuum de la série Dispositifs qui rassemble des pièces proches des arts visuels. Quels ont été les éléments déclencheurs pour la création ce quatrième volet ?
J’avais une envie assez lointaine de travailler sur un autre endroit de l’aspect visuel et de la disposition scénique. Il y avait deux idées distinctes, celle du point de fuite, et l’autre de tenter de contenir de la fumée. Je me suis dit que, peut-être, entre deux parois, explicitant cette notion de point de fuite, on pouvait contenir partiellement cette fumée. L’idée est née de cette façon.

Un couple de danseurs se partage le plateau. Il s’agit de Marthe Krummenacher, que le public a pu découvrir dans la pièce de Pierre Pontvianne, Janet on the roof, et David Zagari. Vous aviez précisément ce duo en tête pour cette création ?
Je cherchais un couple homme-femme. J’avais déjà travaillé avec David. Marthe, je l’ai découverte chez Pierre Pontvianne, dans Motifs, en 2014. Il y avait ce désir de travailler avec elle.
Tous deux sont des danseurs extraordinaires. Ils ne se connaissaient pas, mais ils se sont vraiment trouvé dans une belle symbiose.

Avec la série Dispositifs, souhaitez-vous ou avez-vous la volonté de déplacer le regard du spectateur ?
Il y a effectivement cette idée de déplacer le spectateur de ses habitudes de rapport scène/salle. Par exemple, Black out (2011) est une pièce qui se regardait par dessus. Vacuum a donné naissance à un castelet où l’espace est vraiment réduit. Avec Ether, je voulais donner un point de fuite à regarder. Oui, il y a la volonté de déplacer son regard. Actuellement, je travaille à des idées pour poursuivre la série en 2021.

Hocus Pocus

Vous avez créé Hocus Pocus, que l’on peut considérer comme le versant jeune public de Vacuum. Vous attendiez-vous au succès que vous rencontrez ?
Pas du tout ! C’est étonnant pour moi. Hocus Pocus est ma première pièce jeune public et j’ai eu très peu d’inquiétudes à son sujet durant sa création. J’ai pris conseils auprès de gens qui travaillaient avec ce public, et ça a marché très vite d’une manière incroyable. Je pense que le dispositif très particulier, mais également les danseurs qui l’ont créée, ont contribué à son succès. Nous nous sommes faits plaisir en tenant compte des enfants. Nous approchons de la 300ème représentation.

Théâtre et danse

En 2013, vous mettiez en scène La dérive des continents, votre première pièce théâtre-danse. Aujourd’hui, vous venez de créer Angels in America de Tony Kushner. Comment en êtes-vous arrivé à cette envie de mêler ces deux pratiques ?
Le théâtre existe depuis toujours dans ma vie et j’ai hésité longtemps entre ces deux pratiques. Dans mes pièces chorégraphiques, on retrouve toujours une forme de dramaturgie et une place pour l’interprétation.
Il se trouve que j’enseigne le mouvement, depuis 2003, à la Manufacture – Haute école des arts de la scène, à Lausanne. J’ai toujours travaillé sur le lien très fort entre le mouvement et le texte. Angels in America est la résultante de tout cela.

Angels in America est une pièce chorégraphique ou une pièce de théâtre ?
C’est une pièce de théâtre montait de manière différente. La pièce originale durait 6h. La nôtre fait 2h30, avec du mouvement par moment. Je me suis lancé dans ce domaine qui n’est pas le mien et l’accueil m’a fait un plaisir fou. Les retours positifs de la presse, du public et des professionnels me confortent à continuer dans cette voie.

Aurons-nous l’occasion de la découvrir en France ?
Nous sommes en plein pourparlers, mais il devrait y avoir des dates en France.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuels : ©Philippe Weissbrodt

Date et générique

Ether, à retrouver au CNES – Villeneuve-les-Avignon, le vendredi 21 février à 18h30. Renseignements hivernales-avignon.com
Conception et chorégraphie Philippe Saire|Chorégraphie en collaboration avec les danseurs Marthe Krummenacher, David Zagari|Création lumières et fumées Antoine Friderici|Création sonore Stéphane Vecchione|Costumes Tania D’Ambrogio|Construction Hervé Jabveneau|Direction technique Vincent Scalbert|Régie Vincent Scalbert, Basile Weber|Production et diffusion Émilie Tournaire