[ITW] Rencontre avec Nicolas Heredia pour On fera mieux la prochaine fois
Le concepteur, metteur en scène, comédien et performeur Nicolas Heredia agite la création contemporaine théâtrale depuis 2011 avec La Vaste Entreprise. Après avoir présenté en début d’année L’Origine du monde (46×55) en tournée Nomade(s) ! à la Garance – scène nationale de Cavaillon, il présente ce soir avec la compagnie La Bulle Bleue sa création On fera mieux la prochaine fois, une plongée au cœur du métier d’acteur et d’actrice.
Nicolas Heredia, entre théâtre et art performatif
Avant de nous présenter La Vaste Entreprise, pourriez-vous nous en dire plus sur votre adn artisitque : théâtre ? performance ?
Nicolas Heredia : J’ai fait du théâtre très très jeune, enfant puis adolescent. Donc je savais que ce serait mon métier. Enfin, je savais que je n’envisageais pas d’autres options.
Donc le théâtre était présent très tôt. En même temps, j’ai aussi été très influencé par les arts plastiques, les arts visuels. Il y avait un peu ce double goût qui se retrouve très fort aujourd’hui autour des créations qui sont hybrides, entre forme de spectacle vivant et installation… Le projet de La Vaste Entreprise est toujours celui-là, quinze ans après, d’emprunter autant au monde du spectacle vivant que des arts visuels ou d’autres arts pour nos créations.
Pourriez-vous nous présenter votre double donc, La Vaste Entreprise ? Collectif ou compagnie ?
Nicolas Heredia : La Vaste Entreprise n’est pas exactement un collectif au sens où ce n’est pas une direction artistique partagée comme peuvent le faire les collectifs, étant le seul à la diriger. En revanche, c’est une équipe qui est très active et très impliquée, qui est la même depuis longtemps. Donc, c’est quand même un projet qui est très collectif, mais on ne peut pas considérer que c’est un collectif au sens artistique du terme. Je prends l’exemple de Gaël Rigaud, constructeur et régisseur général de La Vaste Entreprise, que l’on retrouve sur la pièce L’Origine du monde, qui est présent depuis les débuts de la compagnie, quinze ans maintenant !
Ensuite, il y a des contributeurs et contributrices, des collaborateurs et colaboratrices, mais c’est moi qui écrit, met en scène, signe les scénographies également. Je suis, en règle générale, quand même souvent au plateau. Par contre, ce n’est pas le cas, pour On fera mieux la prochaine fois qui est un projet un peu singulier.
Nicolas Heredia x La Vaste Entreprise x La Bulle Bleue
Justement, vous signez la conception, la scénographie et mise en scène pour les comédiens et comédiennes de la compagnie La Bulle Bleue (Montpellier). Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec eux…
C’est une longue histoire qui nous lie ! La Bulle Bleue est un lieu de fabrique artistique qui a ouvert en 2012 (ndlr La Bulle Bleue est une ESAT, un collectif artistique inclusif, un centre de formation et un lieu de diffusion créé à Montpellier – en savoir plus ici). Il se trouve que je connaissais bien les équipes et l’équipe de direction qui portaient ce projet-là, qui connaissaient aussi bien mon travail. J’ai été invité à faire un premier projet avec une partie de la troupe en 2013, Faux-plafond (ciel variable), et nous avons eu envie de parler du travail, sujet très prégnant dans l’établissement. Cette proposition a tourné pendant quelques années. Pratiquement dix ans après, La Bulle Bleue est revenue me voir et m’a, de nouveau, proposé de faire un nouveau projet. Mais, j’ai toujours été présent dans le lieu depuis notre première collaboration.
On fera mieux la prochaine fois traite de l’épineuse question de qu’est-ce que le travail de comédien/comédienne. C’est donc presque une suite logique au premier projet que vous avez créé pour eux ?
Nicolas Heredia : Puisque l’on avait créé autour de la question du travail au sens large avec Faux-plafond (ciel variable), ça m’intéressait de parler de leur travail d’acteurs et d’actrices. Il y a dix ans, ils débutaient, c’était leur début d’un parcours d’artiste. Et dix ans après, ils ont acquis une expérience qui n’est vraiment pas négligeable, qui est même solide. Ils sont vraiment au plateau tous les jours. Ils ont travaillé avec énormément de metteurs en scène, chorégraphes, musiciens, etc… Quand je parlais avec les comédiens et comédiennes, après un de leur spectacle, de leur travail, je trouvais que ce qu’ils et elles avaient à dire était très riche.

Vous partez de ce postulat. Comment travaillez-vous cette matière ?
Nicolas Heredia : Le principe, au départ, a été de s’appuyer sur des interviews d’archives, des interviews sonores d’acteurs et d’actrices mythiques et de leur faire reproduire à l’oreillette, mot pour mot, ces interviews. J’ai choisi cinq comédiens et comédiennes de La Bulle Bleue. Ils se sont entraîné à reproduire, à être traversé par la parole d’un autre, d’une autre, qui parle finalement de quelque chose qu’ils connaissent tous puique c’est le métier d’acteur. Cet exercice est extrêmement ludique et extrêmement troublant avec la superposition entre des figures connues et inconnues. Je me sus très vite dit qu’il fallait filmer nos répétitions, ce qui ne fonctionnait pas, là où il y a vait des échecs, des découragements… Puisque l’on parle du métier d’acteur, nous montrons vraiment les endroits que le public ne voit jamais, lorsque ça patauge. C’est l’idée première.
Puis, j’ai intégré à ces moments-là, au spectacle lui-même que l’on est entrain de voir, des entretiens avec les cinq acteurs et actrices du projet. Ils s’expriment sur comment ils engagent leur travail, quelles sont les difficultés, tout ce qu’ils peuvent avoir à dire de la richesse, à la fois sur un côté parfois très prosaïque du métier d’acteur et des fois beaucoup plus sensible, parfois presque un peu mystique de ce que ça peut être.
Nous tissons ensemble ces trois choses : les interviews d’archives, les interviews des acteurs qui sont sur le plateau et les moments de construction des spectacles.
Rendre le spectateur actif
Avec vos spectacles, vous aimez bien modifier le regard du spectateur. Avec vos créations, vous apportez un autre regard sur une situation, ce qui permet d’ouvrir la réflexion sur un sujet et de la pousser pour soi-même.
Nicolas Heredia : Oui, oui, c’est ça. C’est-à-dire que c’est toujours. En tout cas, je crois qu’il y a l’idée quand même du jeu qui me plaît car c’est une manière d’aborder la question : Comment est-ce qu’on rend le spectateur, la spectatrice actif, active ? Il y a un petit truc à travailler pour le public qui regarde et ça prend des formes très différentes pour chaque création. Il y a un côté effectivement un peu ludique ou souvent très expérimental au sens premier. C’est de l’expérimental au sens de ludique en fait. C’est la façon dont j’écris, pour que ce soit des expériences qui puissent être un peu quand même réjouissantes à regarder on va dire, avec une certaine complexité. C’est de donner une certaine complexité aux choses.
Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuels : Nicolas Heredia dans L’origine du monde – ©Musée Fabre-Montpellier – On fera mieux la prochaine fois – ©Nicolas Heredia
On fera mieux la prochaine fois, à voir le mercredi 29 avril 2026 à La Garance – scène nationale de Cavaillon – renseignements ICI, les 30 et 31 mai au Printemps des Comédiens (Montpellier) – voir les autres dates LÀ.
Le site de LA VASTE ENTREPRISE