[ITW] Vive l’humour avec Pascal Miralles

8 novembre 2019 /// Les interviews

Le public a été conquis par Pascal Miralles cet été, durant le festival off d’Avignon, avec Fake News, pièce co-écrite avec son frère, Jean Chris. Son jeu, proche de celui d’un Jacques Villeret, nous a poussés à en savoir plus. Interview.

Côté CV, Pascal Miralles a fait le Conservatoire de Nîmes, le Cours Florent et l’École de Théâtre du Bout, en 2000 (école que nous connaissons. Lire l’article ici). De formation classique et contemporaine, il a choisi de prendre le chemin de l’humour au théâtre, et le défend. On le retrouve également dans la série Un si grand soleil sur France 2 avec « un petit rôle qui lui [me] convient » comme il aime dire.

Vistemboirs, une compagnie de théâtre au drôle de nom

Votre compagnie de théâtre, basée à Montpellier, s’appelle la compagnie des Vistemboirs. Vous avez tiré ce terme de l’ouvrage de Jacques Perret Le Machin (publication originale en 1955), dans lequel l’auteur donne la définition suivante de ce mot : appareil à mesurer la connerie. Je trouve qu’il y a un côté Desproges dans le choix de ce terme ?

Desproges fait partie des gens avec lesquels j’ai grandi et qui m’ont donné envie de faire ce métier, au même titre que Coluche, Bedos, et plein de gens de cette génération que j’admirais quand j’étais adolescent. Ce qui m’a amusé dans Le machin de Jacques Perret, est que le Vistemboir est un objet qui n’existe et je trouvais que c’était un beau nom pour une compagnie de théâtre qui travaillait sur l’humour. Cela laisse le choix au public de mesurer s’il adhère ou pas à notre travail, si ça le fait rire ou pas. On a une façon particulière de traiter l’humour et c’est intéressant de voir cela à partir d’un baromètre.

Fake news

Vous avez présenté cet été, Fake News, au Festival Off d’Avignon. Votre pièce a rencontré un véritable succès. Elle fait suite à After work. Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet ?

Ma volonté est de faire un triptyque met au centre des sujets sociétaux. La première pièce, After work, qui continue de tourner encore aujourd’hui, met au centre la relation patron-salarié, la troisième traitera de la relation affective et Fake News parle d’éducation parentale et de la notoriété. 

Vous avez co-écrit cette pièce avec Jean Chris, l’auteur d’After Work. Comment est née cette envie ?

Je n’avais jamais écrit de pièces pour les produire sur scène, sauf pour mes ateliers de théâtre et quelques sketchs, lorsque je faisais du café-théâtre en bande. J’avais envie de cette expérience avec mon frère. J’ai une profonde admiration de ce qu’il arrive à faire en matière d’écriture. Ça me plaisait de faire cet exercice et de partager avec lui la construction d’une pièce. Nous avons mélangé nos univers, articulé les rythmes, les enjeux. C’était très intéressant.

Le sujet, tiré d’un fait réel

Et le résultat est plutôt réussi. Comment vous est venue l’idée de cette histoire, celle d’un cambrioleur, qui se retrouve face à sa victime, un présentateur de JT, et qui va finir par se mêler de sa vie en lui donnant des conseils ?

Je me suis inspiré d’une histoire vraie. Un ami s’est fait cambriolé et a surpris son cambrioleur dans son salon. Au lieu de paniquer, il lui a demandé pourquoi il faisait ça. Il s’est aperçu que l’homme était un peu perdu. Il lui a proposé de manger avec lui et ils ont passé la nuit à discuter. Ce n’est, certes, pas un exemple à suivre mais c’était une soirée plutôt agréable pour eux deux. 
Avec Jean Chris, nous sommes partis de cela. On ajouté cet enjeu social, qui était également dans After Work, celle de mettre en miroir deux niveaux sociaux différents, qui font que l’on aborde la culture de façon différente. Dans Fake News, on a cet homme qui ne regarde pas la télévision et qui va finir par s’intéresser à ce présentateur, qu’il ne connaît pas, et chez qui il trouve une certaine tendresse. Au fil de la pièce, il souhaite partager son expérience de papa pour que l’autre ait une meilleure relation avec sa fille. Et le présentateur, se retrouve confronté  à une personne qui s’intéresse à lui non pas parce qu’il est célèbre, mais pour d’autres raisons et ça révèle certains traits de caractère du personnage. La fake news qui est le fil rouge de tout le spectacle est positive, alors que le plus souvent elle est négative.

Sous le trait d’humour, vous croquez l’accès à la célébrité. Vous abordez également l’aspect déontologique du métier de journaliste.

C’est une mise en abîme. Ce présentateur sait très bien dans quel système il est, mais il continue, et va “servir la soupe” tous les jours, en faisant ce que l’on attend de lui.

Pascal Miralles, un côté Villeret

J’imagine que l’on a dû vous dire que vous aviez un côté Jacques Villeret dans cette pièce. C’est cette impression que j’ai eu.

[ rire. ] Ça me fait plaisir.

Pascal Miralles dans Fake News ©Frédéric Rouverand

Est-ce que vous l’ignoriez ? Est-ce que vous assumez cette comparaison ?

Je l’ignorais jusqu’à ce que l’on m’en parle et depuis, je l’assume de plus en plus. Il y a une référence, même si elle n’est pas volontaire, elle est intrinsèque, car nous avons grandi devant des films comme Le dîner de cons, par exemple. Et même si ce n’est pas le propos de la pièce, dans mon trait de jeu, ça me va très bien d’être comparé à Jacques Villeret, tout en étant pas à son niveau.

On vous retrouve également dans la série Un si grand soleil. Vous y jouez un rôle récurrent, celui d’un brigadier. 

J’ai la chance de participer à un projet comme celui-ci. Je me régale vraiment et ça n’a rien à voir avec ce que je fais au théâtre. C’est un petit rôle récurrent qui me convient.

L’humour au théâtre

Vous préférez jouer dans des rôles plutôt comiques ?

Oui, c’est ce que j’ai envie de défendre aujourd’hui. Maintenant, si je trouve à jouer des personnages classiques ou tragiques, je le ferai avec autant de plaisir. Ces dernières années, je suis plus attiré à faire rire les gens, en bande. Quand je dis en bande, c’est à partir de 2. Je ne me vois pas faire un one man show. Être seul ne m’attire pas.

Est-ce que vous pensez à l’après Fake News ?

Le troisième volet de la série des sujets sociétaux racontera la rencontre entre un personnage âgé et une personne plus jeune, l’un viendra fêter son célibat et l’autre attendra son être aimé. Il y a aura confrontation de points de vue. La pièce s’appellera Happy Hour

Vous serez sur le plateau ?

Oui, et nous sommes en attente de la confirmation d’un comédien connu pour un rôle. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Portrait : Pascal Miralles ©DR

Toutes les informations de la Compagnie des Vistemboirs est à retrouver sur compagniedesvistemboirs.com

Générique

Fake News
Une comédie de Jean Chris et Pascal Miralles
Avec Laura Charpentier, Didier Lagana, Pascal Miralles