La fille de Don Quichotte, ainsi soit Clémence Rochefort

23 juillet 2026 /// Les retours
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« Être fils ou fille de » se révèle complexe à plus d’un titre. Faut-il tuer le père ou la mère pour exister ? Faut-il se servir du nom comme d’un passe-droit ? Ou faut-il évoluer aux côtés de celles et ceux qui ont donné la vie pour trouver sa place ?

Pour Clémence Rochefort, la dernière option est choisie.

Elle se présente au public telle une patiente qui entame une séance chez son psychiatre. Assise dans un fauteuil qui semble trop grand pour elle, la comédienne fait face à une psychanalyste dont la voix emplit l’espace. Elle évoque ses souvenirs des années 1999 et 2001, mais pas 2000. Une chose bloque. Habilement, elle fait ainsi entrer son auditoire dans son histoire en reliant ses propres souvenirs à des faits d’actualité — notamment la scène de l’éclipse totale de 1999, que nous avons tous vécue, lunettes du Journal de Mickey à l’appui.

On découvre ainsi Clémence, sa sœur et les parents Rochefort. La bonhomie de son père, que l’on a pu voir se déployer à l’écran, semble fidèle à ce qu’ont vécu les sœurs Rochefort.

Entre une mère pour qui rien n’est grave et un père qui doute, se dessine la figure d’un homme profondément amoureux du vivant — comme en témoigne une scène bouleversante évoquant le face-à-face avec un cheval affamé lors du tournage du Don Quichotte de Terry Gilliam (2000). En rapprochant trois réalités — le tournage, la vie professionnelle et la vie familiale — la comédienne tisse un lien ténu entre ces dimensions qui viennent percuter sa vie de petite fille.

On croyait Jean Rochefort sûr de lui ; il n’en est rien. On le croyait jovial — et il l’est — mais c’est ce portrait nuancé que dresse ici sa fille.
Fantasque avec les copains de sa fille, il est aussi celui que l’enfant ne veut pas voir apparaître à l’école, de peur d’entendre : « Ton grand-père est là. »
Comédien aux traits sympathiques, il fut et demeurera cet être qui faisait sourire le public à chacune de ses apparitions. On découvre ici un acteur manquant de confiance, malgré une vocation théâtrale affirmée.

Dans une mise en scène délicate de Valentin Morel – un canapé, un cheval en bois à bascule pour rappeler l’amoureux qu’était Jean Rochefort des chevaux -, Clémence Rochefort devient pleinement elle-même, sous une dernière image de son père. La voilà prête pour le grand saut scénique.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Gilbert Scotti

Jusqu’au 25 juillet au théâtre Au coin de la lune

Générique

De Clémence Rochefort
équipe artistique Valentin Morel – Mise en scène / Clémence Rochefort – Interprétation / Emmanuelle Phelippeau-Viallard – Lumière / Vincent Delerm – Musique / Charles Darnaud – Création son

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