[VU] Erika Zueneli fait danser les éphémères avec Le Margherite
La chorégraphe italienne, basée à Bruxelles, développe des pièces qui s’inscrivent dans l’ici et maintenant. Cela se vérifie une fois de plus avec Le Margherite, sa dernière création qui allie sa finesse d’écriture au fantasque des situations plus hilarantes les unes que les autres. Un énorme coup de cœur.
L’hétérotopie, un concept théorisé par Michel Foucault
C’est dans sa conférence intitulée « Des espaces autres » (1967) que le philosophe français fonde le concept de l’hétérotopie, ces espaces d’où émerge l’utopie et qui hébergent l’imaginaire. En partant de ce concept, Erika Zueneli met en action 6 imaginaires qui vont se télescoper souvent quelques micro-secondes ou parfois quelques minutes. Les interprètes en mouvement, les formidables Charly Simon, Benjamin Gisaro, Matteo Renouf, Louis Aftergan et Charlotte Cétaire, et la performance musicale et vocale de Sébastien Jacobs, ont de quoi surprendre mais surtout amuser le public.
Y a d’la joie et du fond
Légèreté et joie vont bon train sur scène pourvu que la vie de l’instant soit pleine s’accordent-ils à dire. Le rectangle d’une feuille de papier ne suffirait pas à contenir toutes les scénettes de leurs imaginaires tellement ils sont féconds. Changeant de positions sans cesse, apparaissant et disparaissant à loisirs, ils et elles sont pourtant eux-mêmes dans les actions les plus incongrues les unes que les autres, que ce soit en autruche, en présentateur ou animateur de salle. Leur prise de risque anime leur vitalité, et c’est seul, à deux voir trois puis tous ensemble qu’ils construisent leur monde peuplé de ces espaces autres, refuges d’une humanité intacte.
Le Margherite des recommencements possibles
Le Margherite d’Erika Zueneli aiguise les sens et perceptions du public. Cette pièce est un échange constant entre le plateau et la salle, soit par l’adresse directe ou par le biais de chansons connues, telles que le tube populaire de Niagara, « Pendant que les champs brûlent » ou celui de Richard Cocciante, « Magherita » . Les départs et déviations des routes empruntées sont autant d’accidents heureux qu’une manière de déjouer la morosité d’une situation à venir. Ici, on déjoue et dénoue les liens de tous les possibles pour faire advenir l’éphémère qui embellit les instants de vie.
Si une certaine vitalité irradie la pièce de bout en bout impulsant l’étincelle, les recommencements possibles à toutes les situations traversées par les interprètes autorisent à croire en nos imaginaires enterrés. Et cela fait un bien fou. Vive Le Margherite !
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Oriane Trably
Le Margherite a été vu le mercredi 18 février dnas le cadre du Festival Les Hivernales
En tournée : du 4 au 7 mars Les Brigittines – Bruxelles, 16 et 17 octobre, Central – La Louvière
Générique
Conception chorégraphie : Erika Zueneli – Interprètes : Charly Simon, Benjamin Gisaro, Matteo Renouf, Louis Affergan, Charlotte Cétaire – Performer, compositeur, musicien live : Sébastien Jacobs – Création lumière : Sylvie Mélis – Scénographie et regard complice : Olivier Renouf – Costumes : Silvia Hasenclever – Regard dramaturgique : Louise de Bastier
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