Vu #OFF16 : 54 x 13, l’étape d’un coureur ordinaire dans le Tour de France

16 juillet 2016 /// Les retours - VU #OFF
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Guillaume Lecamus de la Cie Morbus Théâtre met en scène le texte de Jean-Bernard Pouy, 54 x 13, et ouvre ainsi son Grand cycle de l’endurance. Retour.

Guillaume Lecamus plonge directement son public dans l’ambiance de l’étape du Tour de France à laquelle il va assister. Le son diffusé, à son entrée, est celui du passage de la Caravane, objet marketing roulant, d’où des personnes jetent, à qui peut attraper, casquettes et autres objets publicitaires des partenaires.

C’est au kilomètre 85 de cette étape que le récit débute. Les regards se portent sur Lilian Fauger (interprété par Samuel Beck), jeune coureur dunkerquois, attaché à son honneur et amoureux de la noblesse de son sport. Il a reçu la promesse du peloton de coureurs, celle de le laisser s’échapper, de lui laisser assez d’avance pour lui permettre de s’arrêter faire la bise à ses parents venus de Dunkerque pour assister à cette étape. Lui s’est fait une autre promesse, celle de tenir la distance pour gagner.

Lilian Fauger doit tenir à tout prix et ainsi faire la démonstration, que le coureur ordinaire qu’il est, peut gagner.
S’engage ainsi une course contre lui-même. Il doit s’abandonner à la cadence de son 54 x 13, braquet idéal, cadence qu’il mène sur des airs de papamamanpapamaman, comme pour faire revivre ses moments doux d’enfance.
Son public est celui des bords de route, celui qui voit passer les couleurs des maillots à vive allure, celui qui voit aussi les coureurs tomber à terre et pour ne plus se relever, et celui qui met l’espoir d’une victoire dans un nom, pour faire partie des gagnants, pour une fois.

Le dispositif scènique de cette proposition met en selle l’imagination de chacun. Sur le centre d’une table en bois, une sculpture-marionnette transparente représente le coureur sur son vélo. Son corps fait de lignes de couleur renvoit à l’image des muscles dessinés sur des planches pour les cours d’anatomie.
Le travail du corps de Samuel Beck se doit d’être précis. L’exécution de ses gestes autour de la sculpture-marionnette donne vie à ce duo. Tout défile autour d’eux, les paysages, le public. Il joue avec cette table, la renverse, monte dessus, pour ne plus faire qu’un avec l’objet.

Guillaume Lecamus, l’entraîneur et metteur en scène, distille comme des respirations certains conseils du Code imaginaire Wegmüller. Il se tient là, assis, côté jardin. Il guide son coureur dans une mise en scène ingénieuse, mêlant vidéo et autres trouvailles qui donnent de l’ampleur à la proposition.

Quand au texte de Jean-Bernard Pouy, il est tout en finesse. Sans être donneur de leçon, il va jusqu’à montrer les dérives de ce sport populaire et fait de Lilian Fauger un héros ordinaire, celui qui venge ceux qui perdent, celui qui est trop honnête pour être le coureur qui gagne.

54×13 de Jean-Bernard Pouy, par la Compagnie Morbus Théâtre, jusqu’au 30 juillet au Théâtre du Centre, à 15h55. Tél.: 06 64 91 55 67

Laurent Bourbousson
Photo : Samuel Beck dans 54 x 13 ©ciemorbusthéâtre

À voir au Théâtre aux mains nues – Paris 20°. Renseignements ici

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