[VU] Kill me : les corps meurtris de Marina Otero
Puissante, telle est l’œuvre chorégraphique de Marina Otero. La chorégraphe offre au public des récits de l’intime bordeline sur un plateau blanc comme neige, prêt à être fouler par des patins à roulettes et des talons.
Chez Marina, l’intime comme fiction
En guise de prologue, Marina Otero offre un cadre précis, celui qui a mené à la création de Kill me. Si cette création vient clore la trilogie Recordar para vivir (Se rappeler pour vivre) débutée avec Fuck Me et poursuivi avec Love Me, elle offre un moment d’une rare puissance que l’on a connu chez Pippo Delbono, Angélica Liddell, ou encore Jan Fabre quand ce dernier était encore fréquentable. Mais revenons au cadre.
Tout commence avec un film dans lequel Mariano Otero filme sa descente aux enfers de trop aimer. Elle fait état de sa dépendance affective liée à une paranoïa qui s’installe en elle par amour, alors qu’elle parcourt les scènes internationales devenant ainsi l’artiste que l’on connaît aujourd’hui.
Entre performance et écriture précise
Pour ce troisième volet, elle s’entoure de Ana Cotoré, Myriam Henne-Adda, Natalia Lopéz Godoy, diagnostiquées DSM, de Javiera Paz, fille de psychanalystes lacaniens, et de Tomás Pozzi, un Nijinski plus vrai que nature. Toutes vont se passer le relais pour raconter les méandres de leurs troubles liés à un amour trop grand, qu’il soit dédié à une personne ou à un art.
Les tableaux s’enchaînent entre performances, moments de grâce et de rupture, dans une poésie absolue. La parole se libère et les lient à jamais dans un même élan, celui vital qui leur permet de se présenter au public telles qu’elles sont.
Bouleversante humanité
Et c’est un kaléidoscope des maladies mentales qui s’offre au regard. Elles en sont bouleversantes d’humanité et font la démonstration de la fragilité et des fêlures humaines sur une bande son de tubes qui racontent de trop aimer.
Si rien ne prédisposait aucune à chuter, il y eut un élément cataclysmique venu tout engloutir sur son passage. Leur chute, elles la transforment en une force centrifuge venant dérégler les cadres établis. Le rugueux, l’âpreté et l’acidité s’invitent dans leur quotidien et se transforment en paroles et en actes joués pour les besoins de l’œuvre autofictionnelle que le public se prend en pleine face. Elles en sont encore plus fortes, plus belles et plus libres.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Marina Caputo
Kill me a été vu à La Garance dans le cadre du festival Les hivernales, le 13 février 2026.
Les textes de Fuck Me, Love Me et Kill Me sont parus aux Solitaires Intempestifs.
Générique
Écriture et mise en scène Marina Otero – Interprètes Ana Cotoré, Myriam Henne-Adda, Natalia Lopéz Godoy, Marina Otero, Javiera Paz, Tomás Pozzi – Musique originale live Myriam Henne-Adda – Assistanat à la mise en scène Lucrecia Pierpaoli – Lumière Victor Longás Vicente, David Seldes – Conception sonore et régie son Antonio Navarro – Costumes Andy Piffer – Couture Guadalupe Blanco Galé – Régie générale et régie lumière Victor Longás Vicente – Regard extérieur Martín Flores Cárdenas – Photographie Sofia Alazraki – Vidéo Florencia de Mugica
Coproduction
Teatros del Canal, Madrid, HAU Hebbel am Ufer, Berlin, Cité européenne du théâtre, Domaine d’O – Montpellier / PCM2024, Théâtre du Rond-Point – Paris, Célestins – Théâtre de Lyon, FITEI Festival Internacional de Teatro de expressão Iberica – Porto
Soutiens
Residencia artística de la Casa Velázquez du Ministère d’Education Supérieur, FITLO Festival Iberoamericano de Teatro de La Rioja, MAMBA: Museo de Arte Moderno de Buenos Aires: El Borde
de simismo
Ce projet a été bénéficiaire du Fonds IBERESCENA 2024