Vu : La Belle au bois dormant ©Jean-Michel Rabeux

12 novembre 2015 /// Les retours
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Empruntant les codes qui font notre monde, Jean-Michel Rabeux signe une Belle au bois dormant étonnante, pour jeunes et vieux adultes. On en redemande.

Dire que toute une génération, alimentée aux images de la Walt Disney Corporation, a pris pour argent comptant ce que la firme racontait à travers le dessin-animé La Belle au bois dormant ! C’est peu d’écrire que tout se trouve à des lieux et des lieux du conte de Charles Perrault et de la presque vraie version qu’en livre Jean-Michel Rabeux et ses comédiens formidables (Morgane Arbez, Jacinthe Cappello, Corinne Cicolari, Renaud Triffault).

La Belle au bois dormant ©Ronan Thenadey

La Belle au bois dormant ©Ronan Thenadey

Dans cette adaptation, fort réussie, tous les protagonistes du conte originel sont présents. Ce qui peut les dissocier de chez Perrault, c’est le fait qu’ils parlent un langage claquant vrai. Imaginez que ce conte ait été écrit aujourd’hui, cela donnerait : une Belle qui serait toujours Belle, la vieille fée et la petite fée qui se livreraient un combat digne des dessins-animés mangas, le Prince arriverait de la cité et aurait un portable, et l’Ogresse, mère du Prince, serait une femme vénale et pas très recommandable, un peu comme les grands du monde des affaires !

Avec son écriture, Jean-Michel Rabeux donne la parole aux figures qui peuplent les contes. Il s’amuse à ouvrir des portes vers les autres histoires de nos enfances et invite, pour l’occasion, un lion et un loup pour réveiller la Belle endormie. La forêt est toujours présente et la marmite de la fin du conte aussi. La fantasmagorie est, elle aussi, de la partie lorsque la petite fée prend dans sa main le cœur du Prince pour voir qui il est vraiment. Belle métaphore des à-priori si seule l’apparence est prise en compte pour savoir qui se trouve en face de nous.

La Belle au bois dormant ©Ronan Thenadey

La Belle au bois dormant ©Ronan Thenadey

Alors que chez Disney, le baiser clôture l’histoire, ici, et comme chez Perrault, c’est par celui-ci que tout commence. Le Prince, fils de l’Ogresse de Mon Treust, désireux de couper les liens avec sa famille (et on comprend pourquoi !) trouve refuge auprès de Belle. Mariés l’un à l’autre, ils ont deux charmants enfants, Aurore et Crépuscule. L’Ogresse retrouve sa trace. Dans une rage folle, elle se fait commanditaire du meurtre de sa Belle-fille et de ses deux petits-enfants, pour se marier avec son fils le Prince, afin de s’ériger à la tête d’un empire avec une fortune colossale et de tordre le cou aux autres membres du clan Mon Treust. Avidité, cupidité, œdipe inversé, peuplent ce conte, allégorie du monde des puissants et des faibles.

Les enfants rient de bon cœur des facéties des personnages, les adultes aussi mais pour mieux digérer la couche de lecture saisie au vol, celle du monde actuel. Jean-Michel Rabeux pérennise l’idée même du conte dans sa réécriture et s’adresse aussi bien aux adultes de 6 ans qu’à ceux de 18, 40, 70 ans et plus. Il parvient à amuser les petits et [à] effrayer les grands comme il le souhaite. A découvrir sans plus attendre.

Pour lire et (re)découvrir le conte originel, cliquer ci-après : CHARLES PERRAULT : La belle au bois dormant-[Atramenta.net]

La Belle au bois dormant, vu au Théâtre d’Arles et à retrouver du 5 au 9 janvier 2016 au Théâtre de Nîmes.

Autre conte à découvrir par la Cie Rabeux : Peau d’Âne au Théâtre Joliette-Minoterie (Marseille), du 19 au 21 novembre 2015.

Laurent Bourbousson
Photo du début : La Belle au bois dormant ©Ronan Thenadey

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