Vu #OFF16 : La religieuse ou l’annihilation au nom de Dieu

26 juillet 2016 /// Les retours - VU #OFF

Le Collectif 8 s’empare du texte de Diderot, La Religieuse, pour en livrer l’une des plus belles pièces de ce #OFF16. Retour.

La Religieuse © Meghann Stanley

La Religieuse © Meghann Stanley

Gaële Boghossian et Paulo Correia, à la tête du Collectif 8, mêlent théâtre et arts numériques dans leur création. Rencontrés l’année dernière pour leur très belle adaptation Alice de Lewis Carroll (leur Boudoir du OFF est à redécouvrir ici), leur retour se fait avec La Religieuse de Diderot. Cette proposition est d’une cuisante actualité.

Au début, il y a le texte de Diderot, qui raconte l’histoire de Suzanne Simonin, contrainte, par ses parents, de prononcer ses vœux religieux. Épreuves et souffrances jalonneront la vie de Suzanne, qui devient, malgré elle, objet de désir et souffre-douleur des supérieures qu’elle croisera dans sa vie de religieuse. Elle fera appel à la justice pour demander sa libération.
Diderot s’est inspiré de la religieuse Marguerite Delamarre, pour écrire son roman-mémoires. Celle-ci avait écrit à la justice, afin de demander sa libération du cloître où ses parents l’avaient enfermée. Il en reprend ainsi le canevas.

Dans son adaptation, Gaële Boghossian se fait tour à tour l’avocate et les supérieures de la Religieuse (Noémie Bianco). On suit cette histoire qui place au centre de son propos, l’annihilation au nom de la croyance. Suzanne Simonin est réduite à cela, s’extraire de la vie publique afin de vivre dans la foi. La soumission, l’obéissance et la perversion sont les barreaux des cellules dans lesquelles vivra Suzanne.
Gaële Boghossian et Noémie Bianco sont parfaites dans leurs interprétations. Sans excès et avec assurance, elles donnent la puissance aux mots de Diderot, qui résonnent jusque dans les moindres recoins de la triste actualité d’aujourd’hui.

La Religieuse © Meghann Stanley

La Religieuse © Meghann Stanley

La scénographie, du Collectif 8 et de Divine Quincaillerie, évolue tout au long du récit. Les cellules se transforment au gré des rapports qu’entretiennent les supérieures avec Suzanne. Se pose alors la question du pourquoi s’en remettre entièrement à Dieu, lorsque dans sa propre demeure, l’enfermement autorise tous les harcèlements et humiliations possibles ? Ici, la maigre consolation de trouver le repos psychologique est de faire partie des favorites. Mais, c’est alors se retrouver être réduite à objet de désir.
Les vidéos, très travaillées donnent un côté surnaturel au récit. Elles sont autant d’images pieuses de l’enfer que vit Suzanne au quotidien. Paulo Correia joue avec les symboles religieux (fameuse coupole d’eau bénite dont on voit les vibrations de l’eau s’amplifier sur les murs) et enferme; ainsi, le public dans les cellules de Suzanne.

Pour Diderot, La Religieuse était un roman anticlérical. Avec son adaptation, le Collectif 8, tout en respectant le récit, révèle alors la portée universelle de ce texte humaniste pour en faire une dénonciation de l’endoctrinement.
La Religieuse devient alors une ode à la liberté et à l’insoumission.

La Religieuse de Diderot, jusqu’au 30 juillet 2016, à 13h25 au Théâtre du Chêne Noir.

Laurent Bourbousson